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Edy Reja chez le psy

La Lazio est quatrième, compte 17 points de plus que l'an dernier et vante la deuxième meilleure défense de Serie A. Pourtant, son coach est constamment conspué par les supporters. C'est grave docteur ?

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Allez y comprendre quelque chose. Dimanche, lors d'un match à domicile face au Chievo (1-1), Edy Reja, l'entraîneur de la Lazio, est copieusement sifflé lors de l'annonce des formations. Plus tard dans le match, le coach fait sortir Hernanes, visiblement fatigué. Bis repetita, le stadio Olimpico le hue à nouveau, puis récidive lors de la sortie de Zarate. Huit jours auparavant, face à la Fiorentina (2-0), même ritournelle. Mais que diable a bien pu faire Edy Reja pour qu'on lui réserve un tel traitement ? Simple : il a récolté 66 points depuis son arrivée à Rome en février dernier (sur la même période, seul Ranieri a fait mieux) et transcendé l'équipe de la 18ème place (le jour de son arrivée) à la 4ème (le jour de Lazio-Chievo). Il est également coupable d'avoir offert à la Lazio dix-sept points de plus que l'an dernier à la même époque. Et surtout, il compose depuis quelques semaines sans Rocchi et Floccari, blessés, ni Zarate, soit suspendu, soit fantomatique. La Lazio est devant la Roma (ça n'était pas arrivé depuis 2003), Palerme et la Juventus. Voilà, ça mérite bien sifflets, huées et autres insultes, hein ?

Dès le départ, le rapport entre Reja et les tifosi romains a été compliqué. En septembre dernier, alors que la Lazio, co-leader, reçoit le Milan AC, un tifoso de la Curva Nord se met à hurler : « Reja, dégage, tu nous emmerdes avec ton 3-5-2, ça fait vingt ans que tu joues en 3-5-2 » . En réalité, ce soir-là, la Lazio joue en 4-4-2. Cinq minutes plus tard, Floccari marque et le stade explose. Le tifoso est aux anges. « Reja, tu es un magicien ! Un magicien, mon pote » . C'est comme ça à Rome. Depuis ce jour-là, la Lazio a fait du chemin et a même, pendant quelques semaines, régné sur la Serie A. Reja, bien conscient de la véritable valeur de son équipe, l'a toujours jouée sincère. « Tout va bien en ce moment, tout nous réussit. Mais attention, cette Lazio n'a pas été construite pour le Scudetto. Notre objectif, c'est l'Europe » déclare-t-il en conférence de presse, après une victoire à Palerme (1-0). Vrai. La Lazio n'a ni l'effectif de l'Inter, ni même celui du Milan AC. Pourtant, les Biancocelesti enfoncent leurs concurrents directs lors des confrontations : le Napoli tombe à Rome (2-0), tout comme l'Inter (3-1). Quant à Milan, leader, il n'a pas réussi, par deux fois, à briser la muraille érigée par Reja (1-1, 0-0).

Mais alors merde, c'est quoi le problème avec Reja ? Ce pauvre entraîneur qui, pendant tout le mercato, a réclamé à son président un attaquant et un défenseur gauche, et qui s'est retrouvé avec Sculli, ni buteur, ni défenseur. En fait, ce que reprochent les tifosi à l'entraîneur frioulan, c'est son côté défensif, sa peur de gagner. Cette peur qui a fait perdre énormément de points aux Romains, notamment face aux petites équipes. Contre le Milan AC, Naples, l'Inter, Palerme et la Fiorentina, la Lazio a récolté dix-sept points sur vingt-deux. En revanche, contre Cesena, Lecce, Parme, Bologne et Catane, toutes des équipes qui luttent pour le maintien, les Biancocelesti n'ont pris que deux malheureux points, sur quinze possibles. Un ratio incompréhensible, inacceptable pour les supporters. Et c'est là que le bât blesse. « Quand il affronte des équipes de bas de tableau, Reja opte pour un schéma ultra-défensif et joue surtout pour ne pas perdre au lieu de se comporter en vainqueur. On dit que la Lazio n'a pas été construite pour le Scudetto. Certes. Mais Milan n'a que sept points d'avance. Ces sept points, nous les aurions largement si Reja avait su inculquer une autre mentalité à ses joueurs pour des matches qu'ils pensaient gagnés d'avance » , commente Guido de Angelis, voix officielle et icône de la Lazio.

L'analyse est juste. Reja, qui n'a jamais entraîné une grande équipe dans sa carrière (hormis le Napoli, qui était à l'époque en Serie C, puis B) n'arrive pas à se comporter en général d'une armée conquérante. Lui, c'est plutôt le sous-officier. Celui qui poussera sa gueulante quand il faudra la pousser, mais qui n'a pas l'ambition de devenir commandant. Et à Rome, symbole de l'empire romain, on a du mal à accepter qu'un entraîneur ne voie pas les choses en grand. « La Lazio n'est pas une petite équipe de province » peut-on lire et relire sur les forums du club. Reja, lui, reporte la faute. « A Naples, les tifosi te transcendent, ils peuvent te faire gagner un match. Ici, dès que tu es mené au score ou dès que tu perds un match, les gens sifflent » rétorque-t-il en conférence de presse. Flairant le mauvais coup, Lotito a proposé à Reja de prolonger son contrat. L'entraîneur, visiblement éreinté par la non-reconnaissance de ses efforts, l'a envoyé dans les choux. « Je ne signe rien avant le mois de juin » .

Cet après-midi, la Lazio se rendra à Brescia, une autre équipe luttant pour le maintien. Reja s'y présentera pour rompre le tabou des matches à l'extérieur (aucune victoire depuis le 31 octobre) et pour prouver que son équipe sait aussi s'imposer face à des petites équipes. Et quoi qu'il advienne, au moins, au stadio Rigamonti, il n'entendra aucun sifflet.

Brescia/Lazio, 15h

Eric Maggiori

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Sympa les articles comme ça, ça change des débats Barça/Real! Maintenant il faut voir si cette tactique payerait en LDC...
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