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  1. // Foot et politique

Édouard Philippe : le foot au centre

Le nouveau Premier ministre, Édouard Philippe, a présenté mercredi son gouvernement, dans lequel à la surprise générale un ministère des Sports a été confié à l'ancienne épéiste Laura Flessel. Certes, l’homme touche à tous les sports et notamment à la boxe, qu'il pratique avec assiduité. Toutefois, celui qui vient de changer de camp et de couleur affiche également un fort penchant pour le foot. D’une manière très calme et consensuelle qui raconte aussi un peu, à sa manière, l'histoire, et peut-être l'avenir de son parcours politique.

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Emmanuel Macron, président de la République, le plus jeune de la cinquième, ne cesse de mettre en avant sa volonté de favoriser un changement de génération. Édouard Philippe, maire LR du Havre, 46 ans et une jolie barbe, en est finalement emblématique. C’était utile, son gouvernement l’est nettement moins, mais la tête de gondole compte double. Surtout, pour ce qui nous intéresse directement, le personnage semble incarner le portrait-robot de l’amour des Français pour le foot depuis trente ans. Quand on lui demande ses joueurs préférés, il récite avec sincérité son catéchisme : « Platini » qui fit frissonner enfin le pays et « Zidane pour son élégance » , avant de confesser que « ce n'est pas très original je sais  » . Deux noms qui résument et qui dessinent une façon de penser le foot dans notre pays, celle de ceux qui ont moins de cinquante ans, et qui sont passés d'une enfance marquée du sceau du traumatisme de Séville en 1982, à la libération jubilatoire de 1998. Deux actes fondateurs qui ont transformé ce sport de populo en consensus national.


Édouard Philippe laisse percer avec tact ce rapport naturel au ballon rond, presque apaisé, débarrassé des complexes tricolores et des passions extrêmes. Il pose avec Rai sur les réseaux sociaux comme on poste une photo de ciel bleu en vacances et ses jeux de mots sur Blatter n'ont presque aucun fond de méchanceté. Toutefois, l'homme qui avance vers les Français avec le discours rassurant de l'intérêt supérieur de la nation sur les engagements partisans ne surjoue pas. Ce Normand d'origine (il est né à Rouen, comme François Hollande et David Trezeguet), canal ouvrier d'extraction, fut initié par son docker de grand-père – son père détestait le foot – qui l'emmena parfois au stade Jules-Deschaseaux. Le temps d'emmagasiner quelques images d'un HAC prestigieux, sans oublier les matchs à Grimonprez-Jooris à Lille avec des cousins.

Il dit « on » quand il parle du HAC


Comme tous ses camarades, le gamin s'imagine un petit moment héros des pelouses. «  J'ai toujours aimé le football. Quand j'étais petit, je me rêvais joueur de football professionnel. Je rêvais d'être milieu de terrain. J'étais fan de Platini, Giresse, Tigana et cette charnière de milieu de terrain à la française (...). J'aurais aimé avoir le talent pour faire une carrière, mais ce n'était pas le cas. » Pas de folie, la réalité s'impose vite, et la sagesse pousse vers les grandes écoles – sciences po, puis l'ENA – qui l'attendent plus sûrement que les fumigènes en tribunes. Le voilà qui participe à chiper Le Havre aux communistes, lui ancien Rocardien passé à droite, avec douceur, car l'amour du maillot n'est pas de son humeur. Aurélie Filippetti ne se trompe donc pas tellement quand elle cibla son arrivée à Matignon de cette belle sentence : « Ce sont des transferts, un peu comme en football...  »

Devenu maire de la ville, comme il l'avoue lui-même, il a « appris à aimer le HAC  » (il dit désormais « on » quand il parle du HAC), ce vénérable ancêtre qui patiente en L2 pour retrouver son lustre d'antan. Un club qu'il n'a jamais connu en L1 depuis qu'il a été élu premier édile. Entre-temps, notre homme tranquille, qui a besoin que «  le sport soit un jeu » , rechausse les crampons de temps en temps avec ses amis députés contre le Variétés Club, pour se prendre « en toute honnêteté une pâtée. C'est difficile de tenir une mi-temps avec en face des joueurs qui jouent bien. Quand vous vous retrouvez avec d'anciens joueurs professionnels, je peux vous dire que vous ne faites pas le malin. » Avant de se rendre sur les plateaux de 20h foot palabrer aimablement sur le ballon rond.


Voila un trait de caractère qui le distingue de son président. Alors que Macron utilise l’OM pour s'adresser au peuple, donner un peu de saveur partisane à une personnalité plutôt adepte du « il y a du bon chez tout le monde » , le Premier ministre parle foot pour rassurer, pas pour cliver. Il n'y file aucune métaphore politique ni encore moins de sur-interprétation idéologique. Il préfère se fier au noble art pour se préparer au combat politique : « Tous les sports permettent d'évacuer, mais la boxe donne confiance en soi, en ses capacités physiques. C'est très technique. Cela impose une maîtrise de soi exigeante. Tu gères mieux l'agressivité, la tienne, et celle des gens en face de toi. Cela m'a probablement rendu plus calme. » Nicolas Sarkozy faillit en faire les frais paraît-il, preuve qu'il n'y a vraiment plus de hooligan au PSG. Toutefois, son affection pour le poste de milieu de terrain en particulier permet d'entrevoir quel chef de gouvernement il sera. « Je n'étais pas assez rapide pour être avant-centre, pas assez physique pour être derrière, mais le milieu de terrain avec un bon fond qui organise le jeu et qui passe, ça, j'aimais bien. » Cela tombe bien, c'est exactement de cela dont Emmanuel Macron avait besoin. En attendant le prochain mercato.

Par Nicolas Kssis-Martov
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