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Edouard aux mains d’argent

« Il parle bien » , nous avait-on prévenus. Mieux, Édouard Mendy a une vie entière à raconter. Car avant d'être gardien titulaire à Reims dans la meilleure équipe de Ligue 2, ce Normand aux origines sénégalo-guinéennes est passé à une phalange d'arrêter sa carrière. Une histoire entrecoupée d'agent véreux, de fast-food et de bombes agricoles à Marseille.

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La question a fini par tomber, après quarante minutes du récit posé d’une histoire aussi rebondissante que l’affaire Seznec. Car au bout du compte, à quoi d’autre se raccrocher ? Jacques Chancel avait bien clos ainsi un entretien avec Georges Marchais un soir de février 1978, en lui posant une colle devenue au fil du temps bien plus mémorable que sa réponse. Ici, c’est l’inverse. Alors, Édouard Mendy, « et Dieu dans tout ça ? » Il jette un rapide regard à l’attaché de presse assis au fond de la salle vidéo du centre de vie Raymond-Kopa, recherche une approbation : « Oui. La foi en Dieu m’a beaucoup aidé. Ma période de chômage, etc. J’ai pris ça comme des épreuves que Dieu m’a envoyées. Et il fallait que j’y réponde de la meilleure façon. Et d’y avoir répondu, ça m’a permis de signer à Marseille, de venir à Reims et d’aujourd’hui jouer en Ligue 2. Il y a un côté intervention divine, on pourrait y croire. C’est incroyable. C’est incroyable. » L’incroyable, « dans tout ça » , c’est surtout cette ligne sur le CV à faire pâlir d’envie les déconfits du Pôle Emploi : Cherbourg – un an de chômage – Olympique de Marseille. Et s’il a fêté le 1er mars dernier son vingt-sixième anniversaire, le gamin qui tient les cages du Stade de Reims revient de loin. Un peu comme son club, à vrai dire. Comme quoi, Dieu fait bien les choses.

Beau bébé


1,97m, 86kg, et le regard doux comme un agneau : on a tous baigné dans le bain de l’enfance, comme le consacre la formule, mais Édouard Mendy est visiblement resté mouillé. Son œil est bienveillant, presque un brin innocent, comme celui qu’un homme tourmenté pourrait enfin poser sur un quotidien apaisé. Cette saison, pour la première fois, ce normand né à Montivilliers – à vingt minutes en voiture du Havre – n’a aucune emmerde. Mieux, il est titulaire dans un club qui compte déjà quatorze points d’avance sur son dauphin à onze matchs du terme et que la France du football promet à la Ligue 1 en juin prochain. Un club qui s’appuie surtout sur une défense de fer, avec seulement quinze buts encaissés depuis le début de saison – mieux que quiconque en deuxième division –, mais aussi moins que la meilleure défense de Ligue 1, celle du PSG, pour peu que cela veuille dire quelque chose.

Bourillon : « J’aime trop le foot pour rester sur un banc »

Agréable sensation, donc, que celle de rencontrer un homme qui marche sur des coussins d’air après avoir, toute sa vie durant, été lesté aux chevilles. Il reste d’ailleurs chez le bonhomme une appétence toute particulière pour les situations de galère, preuve en est au moment d’évoquer sourire en coin ce qu’il appelle « le bon vieux temps » : « Le coach (David Guion, ndlr) a tout misé sur la cohésion de groupe, c’est la base de son projet. Cet été par exemple, on a fait des stages "commandos" où on dormait sous la tente, à 22h30 on devait aller faire une course d’orientation, un truc à la boussole, à la lampe frontale, sous la pluie, dans la boue, sur les graviers... Moi, je pense qu’il n’y a rien de mieux pour souder une équipe. » On ne se défait pas de son passé d’un claquement de gant.

Chômage, bac pro commerce et Olympique de Marseille


Car avant d’écraser sa grande carcasse sur les pelouses de Ligue 1, celui qui est également le cousin de Ferland Mendy est passé à une semaine de voir sa carrière faire de même. À quoi ça se joue, un destin ? Un SMS de Ruth Elkrief pour Jérôme Lavrilleux, la corde déjà autour du cou. Un coup de fil d’un vieux pote qui connaît bien l’entraîneur des gardiens de l’OM pour d’autres. Été 2014, Édouard vient de se faire entuber par un agent véreux qui avait promis de lui ouvrir les portes de la troisième division anglaise. Le 30 août au soir, un SMS tombe : le poste de gardien qui devait se libérer ne se libérera pas. En fin de contrat à Cherbourg en CFA, le voilà sans emploi en septembre après trois saisons pleines de promesses. « Honnêtement, que ce soit pour un footballeur ou dans la vie de tous les jours, se retrouver au chômage, ça met une claque, remet-il. Échec après échec après échec, ça laisse des traces. Tu te dis : "Finalement, c’est peut-être pas fait pour moi ?" »


Alors le gamin répète ses gammes. Soutenu par sa femme et ses cousins, qu’il considère « comme des frères » , le portier retourne au Havre, au contact de Michel Courel – l’homme à l’origine de l’éclosion de Steve Mandanda –, Brice Samba et Zacharie Boucher, pour ne pas « (s)’enterrer dans un club de CFA » . Le projet de deux mois devient le projet d’un an, trois cents jours à plonger dans la boue pour la forme et se dire que, finalement, ce bac pro commerce n’était peut-être pas une mauvaise idée. Et puis, comme ces relations amoureuses qui vous happent lorsque vous aviez accepté l’idée de terminer vieux garçon, le téléphone sonne un jour à la maison. Au bout du fil depuis Bordeaux, Ted Lavie, un ancien coéquipier de Cherbourg :

« J’ai parlé avec l’entraîneur des gardiens de Marseille, ils cherchent un gardien, ton profil les intéresse, est-ce que tu as déjà signé dans un club ?

- Non. Marseille ? Bien sûr que ça m’intéresse.  »

Coup de pouce du destin


Retour dans la salle vidéo du centre de vie Raymond-Kopa, aux allures d’amphithéâtre de fac où les étudiants s’endorment après une soirée BDE trop arrosée : « Le club m’appelle, ils me disent que je dois être à Marseille dans deux jours. Honnêtement, je me dis qu’avec les galères que j’ai eues, si ça ne marche pas, j’irai travailler comme tout le monde. C’est soit Marseille, soit la vie active. » Gestion de boutique, c’est pas mal. Il y a des débouchés à la pelle, du boulot... Au pire c’est quoi ? La vente ? Bosser derrière une caisse permet au moins d’avoir l’argent pour financer l’essence de son propre modèle. Mais deux jours après son essai à Marseille, alors que l’OM était censé voir un dernier gardien en test, le club le rappelle. Il peut venir signer son contrat. « J’ai des idées pour ma reconversion, dit-il aujourd’hui, mais je préfère les garder pour moi pour l’instant. Sinon les lecteurs vont me copier. (Rires.) »

Le gardien débarque du calme des entraînements avec la réserve havraise et entre dans un nouveau monde : celui d’un Olympique de Marseille en crise. Mendy côtoie Marcelo Bielsa pendant une semaine avant que l’Argentin ne claque sa démission un soir de défaite contre Caen. Le reste de la saison sous la direction de Michel est chaotique, et l’OM termine treizième du championnat. « C’était vraiment chaud. J’étais avec les pros, alors je voyais les supporters venir au centre, ils ne rigolaient pas du tout. Ils jetaient des bombes agricoles au-dessus de la Commanderie. Je me souviens aussi que contre les Girondins de Bordeaux, ils avaient tenté d’envahir la tribune présidentielle... » À saison catastrophique, pourtant, souvenirs magiques, comme un gosse plongé dans le monde de ses songes. Une semaine après ses entraînements avec Dylan Louiserre ou Nathanel Julan, ses nouveaux coéquipiers s’appellent donc Lassana Diarra et Steve Mandanda.

« Tout seul avec ses McDos »


« Je ne sais plus quel gardien disait ça : "Un an à Marseille, c’est comme passer deux ans n’importe où dans le foot." Et honnêtement, l’année que j’ai perdue en étant au Havre, j’ai l’impression de l’avoir regagnée en étant à Marseille. » Sur la Canebière, il rencontre son premier modèle. Quelques années auparavant, Steve Mandanda explosait au Havre pendant qu’il faisait ses toutes premières armes au centre de formation. Et maintenant, il peut enfin lui parler et surtout l’observer de plus près. Pour apprendre. « Il m’a apporté pas mal de petites corrections, qui finalement changeaient beaucoup de choses. » Au-delà de conseils techniques, la belle surprise vient de Yohann Pelé, qui « se doutait que j’allais rejoindre le monde professionnel ailleurs qu’à Marseille, et de son vécu à lui, il ne voulait pas que je reproduise certaines erreurs qu’il a pu commettre » . Quand la montagne Pelé crache ses « conseils de vie » , on l’écoute.


Voilà maintenant le petiot marié, père de deux enfants. Avant d’arriver à Marseille, Edouard était bien loin, malgré lui, d’avoir les habitudes d’un futur joueur professionnel, seul dans les rues de Cherbourg à dix-neuf ans, « tout seul avec les McDos » , précise-t-il. « Cherbourg, ce n’est pas non plus la ville propice aux débordements ou aux écarts. (Rires.) Donc je ne faisais pas de grosses conneries, hormis pour l’alimentation. Quand tu as la flemme de faire à manger, que tu rentres crevé de l’entraînement, c’est dur de se motiver à faire un bon plat, surtout que ce n’était pas mon fort. Alors tu vas chercher un McDo ou un truc dans le genre.  » Une alimentation nocive pour la récupération, et qui coûte quelques petites blessures musculaires au Normand. « C’était une période compliquée à Cherbourg. J’étais vraiment tout seul, c’était la première fois que j’étais loin de mes parents et que je me débrouillais tout seul. » D’origine sénégalaise par sa mère et guinéenne par son père, l’enfant a plutôt été élevé dans le culte des grands rassemblements familiaux.

L’Afrique dans la peau


Une fois en Normandie, la famille Mendy perpétue les coutumes du village dont elle est originaire, « notamment des célébrations de morts, qui permettent de toujours nous rappeler de nos racines » . Et l’année dernière, lorsque la sélection nationale guinéenne lui fait des appels du pied, le voilà tiraillé entre les origines du père, alors très malade, et sa propre aspiration à évoluer sous le maillot du Sénégal. « (Mon père) m’a toujours dit qu’il aimerait que je porte le maillot de la Guinée un jour. Je me suis dit qu’il pourrait partir sans que je lui ait offert la joie de voir son fils dans une sélection nationale. Ça aurait pu être quelque chose d’inachevé pour lui. Alors j’ai sauté sur l’occasion. » Un coup d’un soir jamais renouvelé depuis la rémission du paternel, et une discussion comme l’ont parfois un père et son fils. « "Ne fais pas ce choix pour moi", qu’il m’a dit. J’ai pu lui offrir cette image de moi avec le maillot de la Guinée, ça lui a fait plaisir. Mais ce qui le rendrait fier, ce serait que je représente le maillot que j’ai envie de représenter, le Sénégal... »

La montre tourne, les souvenirs aussi, pêle-mêle : la maison familiale en Casamance, dans le sud du pays, les repas autour « d’un bon bol » , la mer, le soleil, et les matchs de foot avec les cousins. « Quand je vois ce que les petits peuvent faire sur des terrains comme ça, franchement c’est fort. Il y en a que j’ai vu faire des choses incroyables sans chaussures. » Il se tait un instant, regarde les siennes. « On a vraiment l’impression d’être à nu. Il y a ce côté... "Venez comme vous êtes." » Sourire et souvenir de Big Mac : chassez le naturel, il revient au McDo...



Par Kevin Charnay et Théo Denmat, à Reims
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