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  1. // Foot et sciences

e-Celsius, le doliprane du foot

Certaines entreprises ont parfois de drôles d’idées pour optimiser les performances des joueurs. BodyCap compte ainsi commercialiser e-Celsius, une pilule déjà testée par le FC Nantes et permettant de mesurer la température corporelle d’un footballeur. Sauf que l’intérêt semble limité.

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Le futur, c'est aujourd'hui. Dans le football, les joueurs évoluent, et les technologies avec. Chaque année, les recherches liées au sport représentent des millions d'investissement, tout ça pour que les petits protégés de chacun se sentent à l'aise et puissent optimiser leurs performances sur le carré vert. Mais le temps où Wayne Rooney récupérait dans une tente à oxygène est révolu. Aujourd'hui, pour que les joueurs puissent péter les records et retrouver la forme après un match, il existe des méthodes beaucoup plus sophistiquées. Exit les grosses machines et les capteurs posés sur le corps pour suivre les données de l’organisme de l’athlète. Désormais, il existe carrément une gélule capable de mesurer la température corporelle. Son nom ? La e-Celsius. Rien de plus qu’un cachet qui a la forme d’une aspirine, mais qui pourrait en fait devenir un vrai instrument médico-sportif. Alors, véritable révolution ou simple gadget technologique ? Si la babiole n’a pour l’instant pas forcément fait beaucoup de bruit, de plus en plus d’écuries sportives semblent s’intéresser à ce nouveau produit.

Une pilule électronique


e-Celsius, ça sert à quoi au juste ? « C’est comme un Doliprane, mais avec de l’électronique à l’intérieur, répond Sébastien Moussay, directeur général de BodyCap, entreprise caennaise qui imagine des « produits de santé connectés » , dont fait partie e-Celsius. Il y a un capteur qui calcule la température interne du corps au dixième près, le but étant de mesurer cette température avant, pendant, et après l’effort. » Les possibilités d’utilisation seraient multiples, puisque la gélule pourrait être utilisée à des fins médicales comme dans le domaine militaire. Mais pour l’instant, elle compte bien percer dans le monde du football. Concrètement, l’objectif de cette nouvelle technologie doit permettre d’optimiser le rendement des joueurs et d'obtenir une condition physique idéale, ce qui passe par une bonne température corporelle au bon moment. « La e-Celsius performance peut être utilisée lors d’un échauffement par exemple, continue Sébastien. Il faut savoir que la température corporelle optimale pendant l’effort se situe entre 38,5 et 39 degrés. Quand elle se trouve en dessous, ça signifie que le joueur n’a pas eu un échauffement adéquat. Quand elle est au-dessus, ses performances sont moindres, la qualité musculaire et la force diminuent, engendrant un plus gros risque de blessure. »

Cette petite gélule, qui s’annonce très prometteuse pour son concepteur, pourrait se résumer à un nombre incalculable de chiffres et de courbes statistiques. Mais en réalité, le projet semble aussi compliqué qu’utopiste. Compliqué d’abord, car d’après le directeur général, une fois les données de l’e-Celsius récupérées, il faudrait organiser des entraînements et des phases de récupération personnalisées, chaque joueur ne réagissant pas de la même manière à un effort ou une course. Sébastien, encore : « L'idée, c'est que le sportif soit chaud avant d’entrer sur le terrain, avec une température corporelle parfaite. Il faut donc individualiser les protocoles afin que chacun puisse entrer sur le terrain au top de sa forme, tout en limitant le risque de blessure. » Sauf que pour le moment, seul le FC Nantes s’est essayé à la e-Celsius performance, et le résultat ne semble pas être très concluant, puisque le club a décidé de stopper l’utilisation du produit. Plus inquiétant : alors que la Maison Jaune communiquait sans rechigner sur cette nouvelle technologie dans les médias locaux en début de saison, elle refuse depuis toute demande de la presse sur le sujet.

« Ce n'est qu'un gadget »


Utopiste ensuite, parce que si le projet est intellectuellement séduisant, il connaît quelques limites sur le plan humain. Ancien médecin des jeunes en équipe de France et aujourd’hui responsable médical de Clairefontaine, Pascal Maillé n’est absolument pas convaincu de l’aspect pratique de la chose : « Ce qui me semble toujours un peu délicat dans ce type de technologie, c'est comment on en fait un vrai outil plus qu’un gadget ? Parce que le joueur, vous lui faites bouffer sa pilule, il est en match ou en échauffement, vous observez que la température n’est pas exactement la bonne. Très bien, mais vous faites quoi ? Vous l'enlevez de la feuille de match ? » Un aspect moral non négligeable qui plus est, puisqu’il reviendrait en quelque sorte à faire davantage confiance à la technologie qu’au sportif lui-même. De même, scientifiquement parlant, vouloir gérer la température corporelle reste très ambitieux, surtout à des valeurs aussi précises. Enfin, l’aspect économique du bordel paraît également problématique, toujours selon Pascal Maillé : « Je n’imagine pas le coût financier si, à chaque fois qu’on fait gober une pilule à un joueur, on doit la jeter par la suite. » Le Doc’ ne s’arrête pas là : « D’autant plus qu’aujourd’hui, dans le métier, pas grand monde ne se préoccupe de la température corporelle. Il me semble que ça pourrait être intéressant dans certaines circonstances, notamment quand les joueurs sont exposés à la chaleur, mais les trois quarts de la saison se déroulent sous un climat tempéré. Pour moi, ce n'est qu'un gadget. » Ou quand l'ambition dépasse la technologie.

Par Benjamin Asseraf et Florian Cadu
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