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Dzagoev, une histoire contemporaine

Le plus désolant avec l'élimination de la Russie au premier tour, c'est qu'on ne reverra pas Alan Dzagoev. Le milieu de terrain du CSKA Moscou n'est pas un jeune comme les autres. Élevé par des parents protecteurs dans un des endroits les plus craignos du début de siècle, l’international russe est un joueur aussi intéressant que son histoire.

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La pinte à moins d’un euro, les jolies femmes, la culture locale… Partis à la découverte des mystères de l’Est, les intrépides spectateurs reviendront de l’Euro 2012 avec du rêve plein les mirettes. Explorateurs le jour - et tard la nuit, évidemment - mais fans de foot dès 18h, les supporters ayant fait le déplacement en Pologne ont, comme des milliers de spectateurs, fait la connaissance d’Alan Dzagoev. Meilleur buteur de la compétition aux côtés des deux Mario, Gómez et Mandžukić, le joueur du CSKA Moscou, 21 ans, n’est pourtant pas né de la dernière pluie.

Pion essentiel en club comme en sélection, où il compte déjà plus de vingt capes, le natif de Beslan n’est pas un footballeur comme les autres. Marqué par une enfance aux allures de véritable récit d’histoire contemporaine, l’international russe, hormis son étincelant niveau de jeu, n’a rien du footballeur moderne. Amoureux de son sport et couvé par des parents poules, la future star du football russe, loin du prototype du « petit con » , réconcilie le football et le peuple. La FFF en rêve toutes les nuits.

Beslan Breakdown

Fils d’immigrés géorgiens, Alan Dzagoev naît donc à Beslan, en Ossétie-du-Nord, un peu plus d’un an avant la dissolution de l’URSS. Trop jeune pour se rendre compte que Noël 1991 rimait avec la démission de Gorbatchev, il subit, en revanche, la seconde guerre de Tchétchénie de plein fouet. Le 1er septembre 2004, « jour de la connaissance  » en Russie, Tariel Dzagoev, père d’Alan, voit à la télévision que l’une des sept écoles de la ville est prise en otage par des séparatistes tchétchènes. Choqué et confus, il comprend que l'établissement touché est l’école numéro 4. Celle d’Alan. Il quitte son boulot, se rend sur place et se rend compte qu’il s’agissait en fait de la numéro 1. Il ramène Alan à la maison, de peur qu’une autre prise d’otage n’arrive. Au final, si le nombre de victimes et les responsabilités varient selon les sources, plus de 100 enfants auraient été tués. Un véritable tournant dans la vie d’Alan, 14 ans.



La prochaine fois, tu prendras le bus

Depuis, papa et maman veillent au grain. Encore récemment, des années après le cauchemar de 2004, Tariel se la joue papa poule. Pas décidé à ce que son fils risque l’accident dans l’incroyable trafic des artères moscovites, Dzagoev père a longtemps interdit à son fils de se rendre en voiture à l’entraînement. À une heure où les jeunes loups du football collectionnent les Ferrari à peine une décennie après avoir joué avec les miniatures, c’est donc en bus qu’Alan fait les quelques kilomètres qui séparent son appartement qu’il loue du centre d’entraînement du CSKA.

L’entraînement. Un truc que beaucoup de jeunes cracks négligent. Pas lui. Reconnu comme un éternel bosseur par ses coéquipiers, en club comme en sélection, le gamin de 21 ans avoue tranquillement ne «  pas avoir le temps pour s’amuser » . Un goût pour le travail bien fait et une envie d’être toujours plus fort qui ne doivent toutefois pas être confondus avec une prise à la légère du football en tant que passion. L’histoire d’Alan Dzagoev reste et restera avant tout celle d’un passionné. Ancien entraîneur du joueur, Igor Rodkin se souvient d’un joueur pas comme les autres : « Dzagoev ne joue pas au football pour la gloire et l’argent, mais par amour pour ce sport. De nos jours, rares sont les joueurs pour lesquels gagner est plus important que les bonus. Mais Alan est comme ça. »


Déclaré intransférable

Oui, il est comme ça, Alan. Pas du genre à se satisfaire de ce qu’il a et de ce qu’il fait, encore moins quand son équipe perd. En octobre 2008, il devient, à 18 ans, le plus jeune joueur de champ à avoir porté le maillot de la Russie en sélection. Entré en cours de rencontre face à l’Allemagne, il impressionne, frappe le poteau, mais ne peut empêcher la défaite 2 à 1 des siens. Aux micros des observateurs, il avoue que « cela aurait été une belle journée si ma frappe était rentrée et que nous avions fait match nul. Là… » Joueur complet, capable de dribbler, d’enfiler le bleu de chauffe et, donc, de marquer, il est considéré comme un « joueur à part, capable de prendre ses responsabilités  » par le grand Alexander Mostovoï. Un avis partagé par la plupart des grandes écuries européennes qui, déjà l’été dernier, s’étaient positionnées en vue d’un éventuel transfert. Manque de bol, le CSKA l’a déclaré intransférable, et il n’y a aucune raison que cela change cet été. Tariel peut souffler.



Par Swann Borsellino
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