Duel d'Afrique du Nord pour l'Afrique du Sud
Duel d’Afrique du Nord pour l’Afrique du Sud
Thierry Henry
D’entrée on aimerait parler de foot. Des cultures foot propres à l’Egypte et à l’Algérie : le jeu, la tactique et le style. Sauf qu’il est impossible de faire impasse sur les graves incidents de jeudi soir. Le caillassage du car de l’équipe d’Algérie à son arrivée au Caire et l’atteinte à l’intégrité physique de plusieurs joueurs, blessés par des projectiles assez mastoc. On a juste frôlé le pire, à savoir des blessures beaucoup plus graves qui auraient pu priver l’Algérie de joueurs essentiels avant ce match crucial…Disons le tout net : en Europe, pareils incidents auraient légitimement provoqué l’exclusion pure et simple de l’équipe accueillante. Imaginez le bus des Bleus attaqué à Dublin : le visage en sang de Thierry Henry, le bras ecchymosé de Lloris, la frayeur d’un Sagna… La FIFA n’aurait pas hésité : élimination sur tapis vert de l’Eire. Normal : les compétitions internationales de football existent depuis trop longtemps pour « oublier » que les nations qui accueillent sont tenues à un strict devoir de protection absolue des équipes visiteuses. Ce n’était pas le cas au Caire.
Pour ce choc Egypte-Algérie, la FIFA s’est défilée en épargnant l’Egypte. Il faut croire que ce genre d’incidents, ça fait toujours partie du « folklore africain » et que « the show must go on »… « The show must go on », c’était déjà la formule clairement explicite utilisée par Sepp Blatter, exhortant Français et Camerounais à disputer la finale de la Coupe de la Confédération 2003 après le décès tragique de Marc-Vivien Foé. On objectera évidemment qu’annuler la rencontre aurait provoqué des émeutes monstres en Egypte et que chaque nouvelle confrontation entre les deux pays aurait conduit à des graves tensions entre les deux peuples. Décidément, elle est encore cahoteuse la longue marche du football africain… Alors rendons hommage aux joueurs algériens, choqués et barricadés dans leur hôtel mais disposés à jouer quand même, à l’honneur et au courage.
Le foot, donc. Le géant égyptien, double vainqueur des CAN 2006 et 2008, va-t-il encore rater la dernière marche d’avant Coupe du Monde comme toujours depuis sa dernière participation au Mondiale italien 90 ? Avec l’Algérie en face, ça risque d’arriver. Les Fennecs étant les bêtes noires de ces Pharaons. Rappel : les Fennecs avaient barré la route aux Pharaons pour le Mondial 2002 (1-1 fatal à Alger) et pour les quarts de la CAN 2004 (2-1 à Sousse). Anecdote : avant le tirage au sort du Mondial 2010, les Algériens redoutaient moins de tomber sur l’Egypte que sur les ténors continentaux Cameroun, Côte d’Ivoire ou Nigeria… Un petit « plus » psychologique qui a pas mal joué lors du match aller à Blida, que des Algériens absolument pas impressionnés (à l’inverse d’autres grandes nations africaines) ont remporté 3-1, semant le doute chez les Champions continentaux. Essayer de deviner la physionomie de la manche retour, ce soir, c’est constater que l’Egypte ne fait pas naturellement le jeu, plus campée sur un solide 4-5-1, en contenant à merveille l’adversaire et jouant plutôt le contre. Même si elle sait marquer sur des bonnes attaques placées. A l’inverse, l’Algérie aime prendre le jeu à son compte en se portant rapidement vers l’avant. D’où le paradoxe d’une Egypte obligée de forcer un peu sa nature en étant obligée d’attaquer et d’une Algérie attirée par l’avant mais tenue de « rester d’abord en place »… L’Algérie aura des bons contres à jouer, un domaine où elle excelle aussi, avec une rapidité foudroyante. Reste la longue expérience des Egyptiens, faite de patience, d’emprise progressive et étouffante sur le jeu, sans jamais perde la tête : cette Egypte-là, froidement conquérante, en mode « CAN » pourrait faire la décision…
On le rappelle une dernière fois : un nul ou une défaite avec un seul but d’écart suffit à l’Algérie. Une défaite avec deux buts d’écart enverrait les deux équipes en match d’appui au Soudan, le mercredi 18 novembre. Tout autre défaite avec trois buts d’écart éliminerait l’Algérie et enverrait l’Egypte en Terre Promise. Faîtes vos jeux…
Ce soir à 18 h 30, au Cairo Stadium :
Egypte : El Hadary – Ahmed Fethi, Shabaan, Hani Saïd, Oka – Shawky, Homas, Abou Treika, Ahmed Hassan (cap) – Motaab, Zaki. Entraîneur : H. Shehata
Algérie : Gaouaoui – Bougerra, Halliche, A. Yahia, Belhadj – Ziani, Mansouri (cap), Lamouchia, Matmour – Saïfi, Ghezzal. Entyraîneur : R. Saadane.




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