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Du Superclásico et de l'immortalité des rivalités

Depuis le début du XXe siècle, les grandes rivalités du ballon rond ont survécu aux époques et aux crises. Aujourd'hui, certaines se montrent en pleine forme, comme le Clásico espagnol, lancé dans une irrésistible conquête du monde. D'autres se montrent un peu malades, comme le derby milanais cette saison ou le derby éternel de Belgrade, dont le prestige international semble déjà appartenir à l'histoire. Mais peu importent les obstacles, cette histoire a montré que les rivalités finissent toujours par survivre, sur la pelouse ou dans les tribunes. Et le meilleur exemple reste le Superclásico, qui s'apprête à vivre trois actes en dix jours à Buenos Aires. Boca-River le 3 mai, River-Boca le 7 mai et Boca-River le 14 mai.

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En 1995, l'arrêt Bosman libère les frontières du football européen, force un regroupement des meilleurs joueurs dans un petit nombre de grands clubs et fait entrer dans l'histoire la compétitivité des petits championnats de la communauté européenne, pourtant experts en formation. À plus de dix mille kilomètres de Liège, une autre terre de football voit son sort bouleversé par ricochet : l'Argentine. Au début du siècle, Italiens, Espagnols, Allemands, Anglais et Français avaient quitté l'Europe à la recherche d'un nouveau souffle. En 1995, l'histoire les rattrape et leurs racines les condamnent. C'est au tour de leurs petits-fils de ne plus respirer, ou plutôt au tour de leur football : les joueurs argentins, dont la majorité possède ou peut facilement obtenir un passeport européen, deviennent la cible préférée des riches recruteurs du Vieux Continent. À partir de la crise économique de 2001, le peso ne vaut plus rien, et le talent s'exporte de plus en plus vite.

De la gloire des années 1990 aux sursauts d'orgueil des années 2000


Pourtant, à l'époque le niveau des championnats sud-américains n'avait rien à envier au spectacle du Vieux Continent. À l'époque, dans l'histoire de la Coupe intercontinentale, la seule qui oppose les deux continents de 1960 à 2004, la CONMEBOL l'a remportée vingt fois contre quatorze victoires pour l'UEFA. En 1995, comme un symbole, c'est l'Ajax de la formation qui l'emporte une dernière fois. À la mort de la compétition en 2004, c'est encore l'Argentine qui dirige le monde, avec neuf trophées contre sept pour l'Italie. Même le championnat uruguayen l'a alors gagnée deux fois plus souvent que la Bundesliga (six fois contre trois). En 1996, le River Plate champion de la Copa Libertadores est peut-être l'une des plus belles équipes de l'histoire : Enzo Francescoli, Hernán Crespo, Ariel Ortega, Marcelo Gallardo, les jeunes Sorín et Almeyda… Et puis, peu à peu, le football argentin s'est vidé de ses talents…

Coupe intercontinentale 2000 à Tokyo. Juan Roman Riquelme fait danser Geremi et Makelele, envoie le titan Palermo dans les étoiles et Boca sur le toit du monde. Coupe intercontinentale 2003 à Yokohama. Shevchenko, Kaká, Seedorf, Pirlo, Maldini et Cafu ne peuvent rien face au Boca de Carlos Bianchi, et s'inclinent aux tirs au but. Riquelme est parti, Carlos Tévez n'a que 19 ans, mais un but de Matias Donnet suffit. Boca est à nouveau champion du monde des clubs, au-dessus du Milan d'Ancelotti, du Real des Galactiques, de la Juve de Lippi ou encore du Manchester United de Van Nistelrooy. Un an plus tard, en 2004, Boca et River s'affrontent en demi-finale de la Copa Libertadores. River est porté par Cavenaghi, Maxi López, Salas, Mascherano, Lucho González. Boca est représenté par Tévez, Burdisso, le Flaco Schiavi. Ce n'est déjà plus les années 90, mais la double confrontation reste spectaculaire. De la tension, toujours, du morbo, encore plus, mais aussi du talent et de l'inspiration. Et aujourd'hui ?

« 1000 euros pour voir Osvaldo »


En toute logique, la rivalité aurait dû perdre de l'intérêt et se morfondre dans une lente dégénérescence. Moins d'argent, plus de ventes, moins de grands noms, moins de médiatisation, moins de jeu, moins de spectacle et moins d'intérêt ? On aurait pu y croire en 2011. River est descendu au plus bas de son histoire, tout en bas, sous terre, dans la B. Et la saison dernière, en 2014, la rivalité a même touché ce qui aurait pu être le fond. Dans les tribunes, du fait de l'absence de supporters visiteurs. Dans l'enjeu, du fait de la triste saison de Boca. Dans le prestige, aussi, car l'apogée de la rivalité des deux « géants » a fini par être une demi-finale de Sudamericana (Ligue Europa locale). Mais surtout dans l'esprit, avec trois Superclásicos à la dimension très terre-à-terre : de la pluie, des erreurs administratives, arbitrales et footballistiques, beaucoup de nerfs et de tension, peu de jeu, et encore moins de virtuosité à l'argentine. Mais six mois plus tard, la « plus grande rivalité au monde » a une nouvelle fois démontré qu'elle ne finirait jamais de se régénérer. Si les feuilles sont toutes tombées en cet automne à Buenos Aires, c'est peut-être bien parce que l'hystérie médiatique accompagnant l'arrivée du mois de mai a eu raison de tous les platanes des beaux quartiers.

Il a suffi d'un mercato pour que Boca revienne aux sommets, avec six victoires sur six matchs dans sa poule de Libertadores, et un bon début de championnat : Boca et River comptent 24 points, 7 victoires, 3 nuls et 0 défaite après 10 journées. Leaders ex-aequo et invaincus. Le Superclásico se vend donc partout et par tous les moyens. En papier, où le quotidien Olé lance tous les jours plusieurs Unes différentes. À la télévision, où les plateaux semblent être devenus des huis clos faisant tourner incessamment la même musique « super » classique. À la radio, évidemment, où toutes les questions possibles et imaginables ont été posées. Depuis maintenant plusieurs semaines et la qualification inespérée de River Plate en huitièmes de finale de la Copa Libertadores, les médias ne se sont pas arrêtés de pédaler, courir, ramer, ramper, en apnée, sous l'eau, sous terre, souvent sans respirer. Surproduction, surrégime et donc superficialité ? Ce climat de tension rappelle forcément celui des Clásicos de 2011 en Espagne, cette époque hystérique où Guardiola et Mourinho s'étaient affrontés quatre fois en une poignée de semaines. Mais il faut dire que le public et la passion répondent encore présent. Pour venir assister au match de dimanche, les hinchas provinciaux se sont montrés prêts à venir de Mendoza, Córdoba et Salta et payer jusqu'à 10 000 pesos (plus de 1 000 euros) pour voir Osvaldo et ses copains.

Le dédain de l'Europe ne tue pas


Toutefois, peu de chaînes du Vieux Continent se battent pour les droits TV du plus grand spectacle de football sud-américain. D'ailleurs, lorsque l'Europe analyse les meilleures formations des Superclásicos sur les vingt dernières années, elle ne peut s'empêcher de les juger en perspective des futurs succès européens des joueurs locaux. Vu de l'Europe, le championnat argentin semble aujourd'hui exister a posteriori, comme s'il était déjà entré dans l'histoire. Comme si c'était le transfert galactique de James Rodríguez qui donnait du crédit au titre de Banfield en 2009. Et si le football argentin pouvait survivre à l'Europe ? Près de vingt ans après l'arrêt Bosman, même les meilleurs joueurs de Boca et River ne sont plus destinés aux succès européens. Côté River, Teo Gutiérrez et Mora ont perdu l'espoir de séduire le Vieux Continent, mais ça ne les empêche pas de vendre plus de maillots qu'un grand nombre de joueurs des meilleurs clubs européens. Côté Boca, il a fallu seulement quelques semaines à Gago et Osvaldo pour retrouver un niveau d'idolâtrie réservé seulement à Totti et Zanetti en Italie. Enfin, le phénomène Lodeiro s'est montré incapable de s'imposer dans une Eredevisie déjà déclassée, mais a mis toute l'Argentine d'accord en deux ou trois matchs.

En fait, la Bombonera n'a jamais eu besoin de la Premier League ou de la Juventus pour savoir que Carlitos Tévez était un crack. Le Monumental n'a pas eu besoin de l'observer jouer la Ligue des champions pour voir que Lucho González avait de la magie dans les yeux. Si la crise économique n'était pas passée par là, ces joueurs n'auraient pas eu besoin de l'Europe pour vivre des carrières glorieuses. L'Argentine n'aurait pas été un trampoline, et serait encore un beau jardin. Malgré le dédain de l'Europe et les crises économiques, malgré les excès de la médiatisation d'Osvaldo, malgré les aléas du football local, les problèmes des tribunes et le mauvais niveau de jeu, le Superclásico semble immortel. Même quand la planète sera mourante et que les couleurs ne seront plus que digitales et synthétiques, il y aura toujours deux types, au fin fond de la Patagonie, pour débattre de la grandeur du mariage du bleu et du jaune face à celle d'une bande rouge.



Par Markus Kaufmann, à Buenos Aires À visiter :

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Encore des paires de fesses pour attirer la souris du lecteur, pas bien sofoot.
Excellent article, du So Foot comme je l'aime!
Note : 6
Très bel article, j'aime le constat du dédain de l'Europe vis à vis du football américain.

Ca me rappelle que Pierre Menes a déclaré cette semaine que Riquelme n'était pas un grand joueur parce qu'il n'a rien gagné en Europe. Si t'ajoutes ça à la sortie de Praud sur Bielsa j'ai vraiment des envies meurtrières à cause des ces connards sans culture foot, alors que leur avis est malheureusement le plus influent car ce sont les plus exposés...
Alain Proviste Niveau : Ligue 2
Note : 1
Merci pour ce superbe article et cet hommage au plus beau derby du monde !
D'ailleurs, l'article fait bien de rappeler une réalité souvent méconnue des incultes du football : jusqu'à l'arrêt Bosman et même jusqu'au début des années 2000, à l'époque où les championnats sud-américains arrivaient encore à retenir quelques années leurs meilleurs joueurs, les plus grands clubs argentins et brésiliens (et à un degré moindre uruguayens) n'avaient pas grand chose à envier aux cadors européens - l'historique des confrontations en Coupe Intercontinentale est là pour en témoigner.
Certaines équipes mythiques comme l'Independiente de Bocchini, le Flamengo de Zico, le Sao Paulo FC de Tele Santana et Rai, le River de Francescoli ou le Boca de Bianchi et Riquelme faisaient même partie des meilleures au monde à leur apogée ! En général, je suis pas trop adepte du "c'était mieux avant" mais en football, oui c'est clairement le cas ! Nostalgie...
Alain Proviste Niveau : Ligue 2
Message posté par Peewow
Ca me rappelle que Pierre Menes a déclaré cette semaine que Riquelme n'était pas un grand joueur parce qu'il n'a rien gagné en Europe.

Putain, on en a fusillé pour moins que ça !!!
Je pense que le mieux est d'ignorer tout ce que peut dire Menès sur le football, rarement vu un "journaliste" sportif aussi partisan et aussi peu calé sur le sujet...
Note : 1
Message posté par Alain Proviste
Merci pour ce superbe article et cet hommage au plus beau derby du monde !
D'ailleurs, l'article fait bien de rappeler une réalité souvent méconnue des incultes du football : jusqu'à l'arrêt Bosman et même jusqu'au début des années 2000, à l'époque où les championnats sud-américains arrivaient encore à retenir quelques années leurs meilleurs joueurs, les plus grands clubs argentins et brésiliens (et à un degré moindre uruguayens) n'avaient pas grand chose à envier aux cadors européens - l'historique des confrontations en Coupe Intercontinentale est là pour en témoigner.
Certaines équipes mythiques comme l'Independiente de Bocchini, le Flamengo de Zico, le Sao Paulo FC de Tele Santana et Rai, le River de Francescoli ou le Boca de Bianchi et Riquelme faisaient même partie des meilleures au monde à leur apogée ! En général, je suis pas trop adepte du "c'était mieux avant" mais en football, oui c'est clairement le cas ! Nostalgie...


on peut ussi incriminer les baras bravas veritable repoussoir à carrière locale pour les joueurs argentins...tant que ces pauvrs cons auront de l'importance, le championnat argentin continuera de décliner
Alain Proviste Niveau : Ligue 2
Message posté par pezronf


on peut ussi incriminer les baras bravas veritable repoussoir à carrière locale pour les joueurs argentins...tant que ces pauvrs cons auront de l'importance, le championnat argentin continuera de décliner


C'est pas faux mais j'ai l'impression qu'ils existent depuis un moment, non ?
D'ailleurs, quelqu'un qui connait bien le sujet saurait-il à quelle période ont émergé les barra bravas ?
J'ai retrouvé la prose de Ménès. Désolé mais c'est difficilement soutenable. Je vais mettre du Miles Davis pour m'apaiser https://pbs.twimg.com/media/CEAHrlXXIAE2OjM.png:large
Alain Proviste Niveau : Ligue 2
Je préfère pas voir ça...
Milan_forza18 Niveau : CFA
Un match a ne pas louper ! 23h bein1 pour les gens que ca intéresse
Ahmed-Gooner Niveau : CFA
Excellent article qui donne grandement envie de mater la triple confrontation.

Ce que j'aime chez les joueurs argentins, c'est qu'ils sont fidèles, ils reviennent tout le temps dans leur club de cœur même lorsqu'ils sont au top de leurs carrière (Riquelme à Boca alors qu'il venait d'écraser la Liga avec Villareal, et l'a emmené en 1/2 de LdC), le foot c'est une passion en Argentine, une religion et cela se voit, l'amour du maillot compte avant tout.
Message posté par Alain Proviste
Merci pour ce superbe article et cet hommage au plus beau derby du monde !
D'ailleurs, l'article fait bien de rappeler une réalité souvent méconnue des incultes du football : jusqu'à l'arrêt Bosman et même jusqu'au début des années 2000, à l'époque où les championnats sud-américains arrivaient encore à retenir quelques années leurs meilleurs joueurs, les plus grands clubs argentins et brésiliens (et à un degré moindre uruguayens) n'avaient pas grand chose à envier aux cadors européens - l'historique des confrontations en Coupe Intercontinentale est là pour en témoigner.
Certaines équipes mythiques comme l'Independiente de Bocchini, le Flamengo de Zico, le Sao Paulo FC de Tele Santana et Rai, le River de Francescoli ou le Boca de Bianchi et Riquelme faisaient même partie des meilleures au monde à leur apogée ! En général, je suis pas trop adepte du "c'était mieux avant" mais en football, oui c'est clairement le cas ! Nostalgie...



Merci pour ton post. Je me souviens qu'à l'époque du grand Milan de Sacchi, le Sao Paulo de Raï de Tele Santana était considéré par certains comme la meilleure équipe du monde vu qu'ils battaient le Milan AC. Ceci dit je me souviens aussi qu'il se disait que les Européens n'accordaient pas une grande importance à ce trophée , à la différence de SudAms.
Alain Proviste Niveau : Ligue 2
Note : 1
Le Sao Paulo FC de 92-93 était vraiment énorme (pour moi, l'une des 3 meilleures équipes au monde à l'époque, si ce n'est la meilleure) ! Ils gagnent deux Coupes Intercontinentales de suite, face au Barça de Cruyff puis contre le Milan de Capello.
Si t'as l'occase, mate sur youtube le match de 92 face au Barça, Sao Paulo avait donné une leçon de jeu collectif à la "Dream Team" de Cruyff !
Y avait eu un bon article de So Foot là-dessus : http://www.sofoot.com/rai-et-santana-ab … 78475.html
Alain Proviste Niveau : Ligue 2
Télé Santana a eu en club les succès qu'il n'a malheureusement pas décrochés avec son sublime Brésil 82...
Message posté par aerton


Ceci dit je me souviens aussi qu'il se disait que les Européens n'accordaient pas une grande importance à ce trophée , à la différence de SudAms.


Le pire c'est que c'est exact, il faut voir les Corinthianos un matin de décembre 2012 lorsqu'ils sont devenus "champion du monde"... D'ailleurs il la ramène encore 3 ans près les faits!
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