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  3. // Manchester City-Manchester United

Down by Law

C'est l'histoire d'un affamé qui s'appelait Denis Law. Un homme qui aimait la gloire, les buts et les sourires. Un roi qui courait en rouge, souvent, et en bleu, parfois. Jusqu'à sa dernière danse. Un dernier ballet à Old Trafford avec le maillot de Manchester City sur le dos. Et un dernier but, le plus dur, pour faire tomber Manchester United en deuxième division. Denis la tristesse.

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Un enfant court. Une femme court aussi. Puis, un homme. C'est une vague humaine. La pelouse est piétinée, Old Trafford est envahi. Les mains sur les hanches, Mike Doyle ne bouge pas, immobile face à la scène qui se joue sous ses yeux de joueur de foot. Il expliquera plus tard : « La plupart des joueurs couraient vers le tunnel. Moi, non, je marchais calmement. On ne me chasse pas. » Le défenseur de Manchester City était comme ça. C'était une tête de con. Une tête de con qui s'appliquait à le rester. Quelques semaines plus tôt, lors de la première manche de la saison contre Manchester United à Maine Road (0-0), Doyle avait dessiné l'un des plus beaux tableaux de l'histoire du derby de Manchester. Avec Lou Macari, le diable, et Clive Thomas, arbitre gâchette reconnu dans le Royaume. Pour son premier derby avec United, Macari le savait : « C'était une des choses les plus prévisibles de ces derbys de l'époque : que Mike te descende. » La suite est connue, un tacle appuyé, deux expulsions, la police dans le vestiaire et deux joueurs qui estiment la sanction trop sévère. Résultat ? Doyle appelle Macari, Macari va voir Doyle et les deux hommes se retrouvent dans le tunnel pour insulter Thomas. Sympa. Alors le match retour, à Old Trafford, était attendu. Pour rire déjà, mais pas que. Car ce jour-là, Manchester United a la tête qui pendouille au-dessus de la deuxième division. Et qu'il va finir par y tomber. Rattrapé par son passé.

Refuser le but


Matt Busby est angoissé. Son empire construit sur les cicatrices du passé menace de s'effondrer, sous ses yeux de directeur technique. Nous sommes le 27 avril 1974. George Best s'est fait virer de Manchester United quelques mois plus tôt. Bobby Charlton en est parti un an auparavant. Il ne reste plus grand-chose du champion d'Europe 1968 face à Benfica et plus rien du tout de son trio magique qui a été effrité. Car Denis Law a rejoint Manchester City, lâché par son ancien sélectionneur Tommy Docherty que Law a aidé à installer sur le banc de United. Comme une dernière pige avant de quitter définitivement les pelouses. Law est encore un magicien, celui qu'il était plus que nulle part ailleurs à Old Trafford où il décrocha son Ballon d’or en 64. L'occasion est terrible : pourquoi voudrait-il couler la tête de sa belle ? Les images sont parlantes. Denis Law ne parle pas, il ne sourit pas, joue à peine. C'est la dernière journée de championnat, l'un de ses derniers matchs de foot, mais il ne peut pas. Il ne veut pas. Et pourtant, à huit minutes de la fin, il enverra une talonnade devant la Stretford End.

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On lui saute dessus, on lui tapote la joue, on veut le voir sourire. Mais c'est impossible. Tommy Docherty s'enfonce dans son banc, Old Trafford implose. La pelouse est envahie, les supporters de United n'ayant qu'un seul objectif : que le match soit arrêté et rejoué. Le hooliganisme commence sa lente gangrène, et le match ne reprendra jamais. Pour la première fois de l'histoire, une rencontre de football est complètement arrêtée à cause d'une invasion de terrain. Le contraste est terrible entre le désamour pour le jeu des supporters de United et l'amour perdu de Denis Law. On touche au drame du sport, à son essence. Toute sa vie, Law a aimé le but, les buts. Mais celui-ci, il ne l'aime pas malgré sa beauté. Il n'est pas le sien, ce n'est pas son tir, il préférera quitter le foot en partie à cause de lui. C'est dire l'ampleur d'un coup de talon. Car plus que la conséquence sportive, Law vient de se faire tomber lui-même dans une profonde dépression. « Après dix-neuf ans à essayer de marquer les buts les plus difficiles, je venais de rencontrer le but que je ne voulais pas marquer. J'étais inconsolable. (…) Combien de temps ce sentiment va rester en moi ? C'est une honte pour toute ma vie. (…) J'ai joué avec tous ces mecs. C'étaient mes potes. Je ne voulais pas qu'ils descendent » , raconta Law au Daily Mail en 2012.

United Trinity


La légende a écrit l'histoire. Dans la haine et la foule autour d'un héros contrarié. Ce Manchester United-Manchester City reste encore aujourd'hui l'un des plus importants de l'histoire des deux clubs. Par sa force, sa portée et ses symboles. Manchester United remontera immédiatement en première division la saison suivante grâce au gamin Steve Coppell et remportera la FA Cup en 1977 contre Liverpool. Malgré sa popularité, Docherty sera découpé sur l'autel du succès après avoir entretenu une relation avec la femme du physiothérapeute de United. Law retrouva le sourire, loin de la foule et du foot. Loin de la haine, proche de la douleur d'un souvenir qu'il ne cesse d'inexpliquer. Il est devenu éternel, en bronze, avec Charlton et Best. C'était la United Trinity, celle de la gloire d'un passé déséquilibré un temps par ses propres enfants. En rouge.

Par Maxime Brigand
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Dans cet article

I scream, you scream, we all scream for ice cream!
Superbe article sur une histoire que je ne connaissais pas.
Hölderlin Niveau : DHR
Magnifique article. C'est pour ca que je viens sur So Foot merci à l'auteur.
This is the law !
 //  17:32  //  Amoureux de Laval
Mon film culte, nom de dieu.
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