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Dominic Adiyiah, en ce temps-là, j'avais 20 ans…

L'édition 2015 du Mondial U20 se termine aujourd'hui. Que ceux qui y ont brillé se méfient : ce n'est pas forcément un gage de réussite pour la suite. La preuve avec la jurisprudence Adiyiah, la grande star de la compétition il y a 6 ans et qui s'est complètement planté depuis, entre mauvais choix de carrière, malchance et suspicion sur son âge… L'ancien Milanais évolue aujourd'hui en Thaïlande.

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Il faut le reconnaître, succéder à Lionel Messi et Sergio Agüero, c'est la grande classe. Et la quasi-assurance de devenir une grosse star du ballon rond. En 2009, la Coupe du monde des moins de 20 ans s'achève sur le sacre surprise du Ghana, qui dispose du Brésil en finale (0-0, 4-3 tab). S'il ne marque pas dans le jeu lors de cet ultime match (il réussit sa tentative lors de la séance de tirs au but), Dominic Adiyiah termine néanmoins large meilleur buteur de la compétition, avec huit buts marqués. Il reçoit aussi une honorifique distinction individuelle en étant logiquement désigné comme le meilleur joueur du tournoi, succédant donc aux deux Argentins Messi, élu en 2005, et Agüero, lauréat deux ans plus tard. Adiyiah n'a pas encore 20 ans et le monde est à ses pieds. Il évolue alors en club dans le championnat norvégien, sous les couleurs de Fredrikstad qui l'a récupéré dès 2008 en provenance de son pays natal. Dans la foulée de son Mondial, forcément, il est dragué par des formations plus huppées et c'est le Milan AC qui se montre le plus convaincant en l'accueillant au mercato d'hiver, en janvier 2010.

Trop tôt au Milan AC


Dans la foulée, la nouvelle pépite des Black Stars est sélectionnée avec la A pour participer à la Coupe d'Afrique des nations en Angola. Le Ghana termine finaliste (défaite face à l'Égypte), avec un Adiyiah remplaçant parvenant à gratter quelques bouts de match et un peu d'expérience. Mais le retour en Italie est difficile, avec un entraîneur, Leonardo, qui ne lui offre aucune minute de jeu. Un simple contretemps, croit-on alors. En fait, déjà le début du déclin pour un joueur qui va ensuite multiplier les prêts sans jamais réussir à s'imposer comme titulaire, partant chaque fois un peu plus loin de l'objectif de réussir dans un grand championnat : Reggina tout d'abord, puis le Partizan Belgrade, Karsiyaka en D2 turque et l'Arsenal Kiev, un club qui finit par l'acquérir définitivement en 2012. « Partir à Milan a été une grosse erreur, dit-il alors, mais quand on est jeune et qu'un aussi gros club vous demande, c'est impossible de dire non.  »

En Ukraine, un président qui s'interroge


Mais même en Ukraine, à un niveau bien inférieur aux exigences du Calcio, l'ancien crack ghanéen peine à enchaîner les performances, avec de fréquents aller-retour à l'infirmerie qui interpellent et agacent, à tel point que le président de l'Arsenal Kiev finit par mettre les pieds dans le plat en alertant la FIFA par le biais d'un courrier dans lequel il écrit : « Dominic est tout le temps blessé. C'est étrange pour un joueur qui est supposé avoir la vingtaine… Je crois que son âge devrait être vérifié dès que possible. » Étonnamment, dans la foulée de cette missive, Adiyiah quitte l'Ukraine et son contrat de trois ans est prématurément rompu. On perd alors sa trace plusieurs mois, jusqu'à ce qu'il réapparaisse en juin dernier comme nouvelle recrue de l'obscur FC Atyrau, au Kazakhstan. Une expérience exotique qui ne dure que jusque cet hiver et un nouveau départ, plus loin encore : direction la Thaïlande et le club de Nakhon Ratchasima. Il aurait eu des touches en Belgique et en Suède, mais rien ne s'est concrétisé jusqu'à ce transfert en forme de fuite pour un joueur de 25 ans en perdition.

Le Ghana et la triche sur l'âge


Dès lors, une première question se pose : Adiyiah était-il surcoté lorsque la planète foot s'est enflammée à son sujet en 2009 ? C'est l'avis de Claude Le Roy, ancien sélectionneur des Black Stars entre 2006 et 2008 : « À l'époque déjà, on m'avait reproché de ne pas l'avoir retenu pour la CAN 2008, alors que j'avais pris André Ayew, qui est de la même génération. La suite m'a donné raison : Adiyiah n'avait peut-être tout simplement pas le talent pour prétendre à la carrière que certains imaginaient. Comme malheureusement beaucoup d'autres, il est parti trop tôt de son pays, sans pouvoir mûrir. L'Europe s'est transformée en centre de déformation pour lui. »

L'actuel sélectionneur du Congo, sans vouloir se prononcer sur la question de l'âge d'Adiyiah ( « Je ne le connais pas assez pour savoir ce qu'il en est réellement » ), reconnaît en revanche que la triche sur l'état civil des joueurs dans certains pays est un « fléau qu'il faut combattre. Il faut se pencher sur les chiffres : chez les U17 et U20, 30% des podiums dans les grandes compétitions sont occupés par des sélections africaines. Aux JO en U23, ça tombe à 11%, et 0% chez les seniors à la Coupe du monde… Récemment, je me suis fâché, car, à l'occasion d'un match des U23 entre le Congo et le Ghana, j'ai retrouvé dans les rangs d'en face un Ghanéen que j'avais sélectionné fin 2008 pour la CHAN (la Coupe d'Afrique des nations réservée aux joueurs évoluant sur le continent, ndlr). On me dit qu'à l'époque, il était jeune. Mais alors quoi, il avait 14 ans ? »

Ce maudit Luis Suárez


Enfin, comment ne pas parler de malchance aussi s'agissant de Dominic Adiyiah ? Retour à l'été 2010, à une époque où le Ghanéen était encore un jeune espoir bankable. Retenu en sélection pour disputer la Coupe du monde en Afrique du Sud, il est, comme quelques mois plus tôt durant la CAN, un joker qui ne sort qu'épisodiquement du banc. C'est le cas le 2 juillet à Johannesburg, à l'occasion du quart de finale face à l'Uruguay. Entré en jeu à la 88e, il dispute la prolongation et c'est lui qui, à la 120e minute, place une tête rageuse qui aurait dû qualifier les siens sans l'arrêt illicite de la main de Luis Suárez. La suite est connue : expulsion du fautif, penalty manqué par Asamoah Gyan et l'Uruguay qui se qualifie aux tirs au but, avec la tentative d'Adiyiah sauvée par Muslera pour le dernier penalty des Ghanéens… En ce 2 juillet 2010, Adiyiah a 20 ans, encore le monde devant lui, est joueur du grand Milan AC et aurait dû être le héros d'une nation pour avoir offert une qualification historique en demi-finale au Ghana. Tout ça à un Luis Suárez près.

Par Régis Delanoë
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TsouinTsouin Niveau : Ligue 1
Pas seulement le héros d'une nation, le héros d'un continent entier !

Enfin, assez étrange cette histoire...
Docteur Maboul Niveau : District
Je fais un dessin: En 2008 je me suis présenté dans un centre de formation au cameroun avec mon acte de naissance, à l'epoque j'avais 15 ans. le responsable m'a dit que j'etais trop jeune pour evoluer avec les u15, et que je parte chercher un autre acte de naissance. je reviens avec l'acte de mon petit frère qui a 12 ans, il me renvoit une seconde fois, il a fallu que je revienne avec celui de mon cousin qui a 9 ans, et je vous assure que dans cette categorie ce sont mes superieures qui y jouent. Depuis je ne suis plus dans le centre faute d'argent. Mais il y a aussi un point dont j'ai aussi noté; si un joueur fait du sur place, il change constamment d'acte de naissance et dans notre jargon on les appelles actes de renaissance. tout ça pour vous dire que 99,99% des footballeurs camerounais n'evoluent pas avec leurs actes de naissance. Oui même Minala; même Apoula Edel; même Eto'o, vous pouvez verifier.
J'ai été le voir jouer il y a 2 mois avec les Swat Cats de Nakhon Ratchasima, un peu beaucoup pour le voir évoluer.
Un avis : il a pas 25 ans ... pendant 70 minutes (il est sorti) il évolue comme un attaquant trentenaire avec peu de vivacité.
Un mythe qui s'effondre
Etrangement, pour moi, le meilleur joueur de cette coupe du monde était incontestablement André Ayew. Oui, Adiyah enfilait des buts comme des perles, mais ce n'était pas lui le vrai meneur de l'équipe. Je ne le voyais pas faire une grande carrière à l'époque.
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