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Djibril Cissé, l’histoire d’un échec

Six mois après avoir été accueilli en héros, Djibril Cissé quitte déjà la Lazio et s’engage pour 5 millions d’euros avec QPR. Retour sur une histoire d’amour trop passionnelle pour durer.

C’était dans l’air depuis hier. Dimanche. 17h. La Lazio s’impose à Vérone, face au Chievo, sur le score de 3-0. Tout le monde est heureux, et tout particulièrement Miroslav Klose, auteur d’un doublé en fin de rencontre. Seul Djibril Cissé n’a pas l’air dans son assiette. En zone mixte, son regard est hagard. Un journaliste du site lalaziosiamonoi.it l’interpelle. « Djibril, tu t’en vas ? » lui lance-t-il. Cissé le regarde. « Je ne sais pas si je m’en vais… Peut-être » répond-il. Le « peut-être » de trop. La supposition sonne comme un adieu. Djibril Cissé vient de disputer ses dernières minutes sous le maillot de la Lazio. Dix petites minutes seulement, où il aura vu à nouveau que Klose était un monstre, capable de décider le match en deux accélérations, tandis que lui, non. Hier soir, la rumeur d’un accord avec QPR commence à se répandre. Personne ne confirme, mais au fond, tout le monde a compris. Le Djib passe sa dernière nuit romaine. Ce matin, nouveau jour, et nouvelle vie. Après l’aveu d’Igli Tare, directeur sportif romain ( « QPR nous a demandé Cissé » ), la confirmation. Les deux clubs ont trouvé un accord, sur une base de 5 millions d’euros. Soit 800 000 euros de moins que ce que le président Lotito avait déboursé cet été pour le faire venir du Panathinaikos. L'officialisation devrait être donnée dans les prochaines heures, mais tout est déjà écrit. L’attaquant français rejoint donc cette Premier League qu’il aime tant, deux ans et demi après avoir quitté Sunderland. Sa femme, Jude, qui vit là-bas, s’en réjouit d’avance. L’aventure romaine est déjà terminée. Pourtant, tout avait si bien commencé.

Des débuts idylliques

Retour en arrière. 12 juillet 2011. Après de longs jours de tractations, Djibril Cissé s’engage avec la Lazio pour 5,8 millions d’euros. Il quitte un Panathinaikos qu’il a beaucoup aimé, mais où il a connu trop de problèmes. A Rome, il veut découvrir un nouveau football, une nouvelle culture. Lors de l’annonce de son transfert, les tifosi biancocelesti deviennent fous. Pourquoi ? Parce que un an auparavant, Cissé, avec le maillot du Pana, avait éliminé à lui-seul la Roma de l’Europa League, inscrivant même un doublé au stadio Olimpico. Lorsqu’il débarque à l’aéroport de Fiumincino, 300 supporters sont là pour accueillir celui qu’ils ont déjà surnommé « le Lion Noir » , l’embrasser, le prendre en photo. La Cissé mania a déjà débuté. L’ancien Auxerrois débarque au stage d’Auronzo di Cadore, où il est acclamé à chacune de ses apparitions par les fans et les curieux. On lui demande même de se faire une crête bleu ciel. Déclarations d’amour réciproques, bisous bisous : la vie en rose, en somme.

Lors des matches amicaux estivaux, Cissé score pratiquement à chaque rencontre, et son entente naissante avec Miroslav Klose fait rêver les supporters. Premier match officiel. La Lazio reçoit Rabotnicki en tour préliminaire de l’Europa League. Les Romains s’imposent 6-0. Cissé marque deux fois, et offre tout autant de saltos à une Curva Nord en délire pour son nouveau chouchou. Le 9 septembre, Djibril fait ses premiers pas en Serie A. Et non des moindres : à San Siro, face au Milan AC, champion d’Italie. Après 21 minutes de jeu, Mauri lui délivre un centre parfait que l’attaquant convertit en but d’un magnifique coup de casque. Le premier but dans le championnat d'Italie n’aura pas tardé à arriver. Le scénario est tellement beau que personne, à ce moment là, ne peut s’imaginer qu’il s’agira là du dernier.

« Ne m’appelez plus le Lion Noir  »


Cinq jours plus tard, Cissé marque encore, cette fois-ci en Ligue Europa contre Vaslui (2-2). Quatre buts en trois apparitions. Des stats qui lui rouvrent même les portes de l’Equipe de France. Et puis, tout à coup, le doute. Lors des matches suivants, le buteur se créé des occasions, mais n’arrive pas à la mettre au fond. Pire, au fil des matches, il semble peiner à trouver sa place sur le terrain et à se positionner par rapport aux solides défenses italiennes. « Laissez-lui le temps de s’adapter  » défend son coach, Edy Reja. Mais l’adaptation tarde. Le 16 octobre, le derby de Rome va offrir l’un des tournants de l’aventure de Cissé à Rome. Face à l'AS Roma, l’ennemie jurée, l’avant-centre est tout proche d’offrir la victoire à son équipe à quelques minutes de la fin, d’une sublime reprise de volée qui vient s’écraser sur le poteau. Cela aurait pu tout changer. Quelques minutes plus tard, Miro Klose inscrit le but décisif et devient l’idole de tout un peuple, laissant le Djib se morfondre sur ce poteau maudit. A partir de là débute une traversée du désert. Reja tente de le repositionner sur l’aile. Cissé offre bien des passes décisives, mais rien à faire, il ne marque plus.

A la fin du match retour d’Europa League contre Vaslui (0-0), il déverse sa rage et sa frustration sur Twitter, notamment en insultant « ceux qui le critiquent » . Les propos sont mal interprétés par les tifosi, qui se sentent visés. Djibril a beau se justifier et aller s’excuser au pied de la Curva Nord quelques jours plus tard, avant un match contre Novara (au cours duquel il touchera encore le poteau) quelque chose s’est brisé. A la fin de l’année 2011, il perd petit à petit sa place au profit du vieux Tommaso Rocchi, qui vient épauler un Klose toujours aussi décisif. On commence alors à évoquer un départ au mercato. Auxerre y croit, Marseille aussi. Cissé dément. Il veut rester, et combattre pour prouver sa juste valeur. Mais Reja ne lui en donne presque plus la possibilité. Ah si, une fois, en Coupe d’Italie, contre le Milan AC. L’attaquant, à l’improviste, sort de sa torpeur après quatre mois, et score à nouveau contre les rossoneri. Un dernier sursaut de lucidité avant de s’éteindre définitivement. Djibril Cissé abandonne, et préfère rentrer en Angleterre, un championnat qu’il connaît déjà bien pour y avoir disputé 84 matches (et 23 buts). La Lazio, quant à elle, se consolera dans les bras de Keisuke Honda, qui débarque du CSKA Moscou. C'est bien. Mais ils ne seront probablement pas 300 à l’accueillir à l’aéroport.

Eric Maggiori
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