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Djezon Boutoille : « J’ai l’impression d’avoir été fait pour le LOSC »

Figure mythique de Grimonprez-Jooris et du LOSC de Vahid Halilhodžić, Djezon Boutoille n’a rien perdu de son aura dans le Nord de la France. Treize ans après son départ du club, l’attaquant reste un gars du cru, un symbole de l’état d’esprit des Dogues, un joueur capable de défier David Beckham sur ses terres et à jamais dans le cœur des supporters pour services rendus.

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Tu es né à Calais. Jouer au LOSC, c’était une évidence pour toi ?
Le truc, c’est que j’avais signé à Lens à la base... Pendant un an, j’avais une clause de non-sollicitation, sans pour autant être enregistré officiellement dans l’effectif. Aucun membre de ma famille n’avait conscience de cela. Jusqu’au jour où un représentant du LOSC débarque chez moi pour dire que le club aimerait me recruter et faire comprendre à mon père que Lens ne m’avait toujours pas signé. Dès lors, mon père a décidé de prendre les choses en main et a conclu un accord avec le LOSC. En une journée, tout était bouclé.

Ta première fois au stade Grimonprez-Jooris, tu t’en souviens ?
C’était juste avant les fêtes de fin d’année en 1993. J’avais 18 ans, on jouait face à Cannes, et Pierre Mankowski me fait entrer un peu moins de dix minutes avant la mi-temps à la suite de la blessure de Clément Garcia. À la 75e minute, je pique le ballon à Vieira, avec qui je jouais en sélection Espoirs, je sollicite Thierry Bonalair, et ce dernier finit par marquer. C’était impressionnant, surtout pour un gamin de 18 ans issu du centre de formation. Il faut quand même préciser que l’on surnommait le stade « le petit Parc des Princes » à l’époque et que, dans la foulée, le gardien de Cannes repousse in extremis une de mes frappes... Je n’avais pas joué tout le match, mais j’ai l’impression que la rencontre a duré au moins deux heures, tant l’intensité et l’émotion étaient fortes.

Tu avais 18 ans à l’époque. Tu sentais que tu pouvais réussir et t’imposer en tant que footballeur pro ?
Dès le début, je sentais que l’on m’accordait beaucoup de confiance et que l’on plaçait pas mal d’espoir en moi. Après tout, j’ai toujours été surclassé et je faisais partie de la sélection Espoirs, donc ça devait jouer en ma faveur pour intégrer le groupe pro. Ce qui est marrant, c’est que je ne pensais pas nécessairement devenir pro quand j’étais jeune. Ce n’est qu’à partir de ce premier match que j’ai pris conscience que je pouvais potentiellement en faire mon métier.


Il y avait des footballeurs qui t’impressionnaient dans le club à l’époque ?
Il y avait beaucoup de joueurs charismatiques au LOSC à l’époque, et notamment Éric Assadourian qui était la vraie star du club, jusqu’à son départ à Lyon. Ça a forcément été un modèle pour moi, d’autant que l’on jouait au même poste. Bon, ça n’a pas été facile de m’imposer, mais j’ai l’impression d’avoir beaucoup appris à ses côtés. Pareil avec Kennet Anderson, qui a fini par quitter le club après la Coupe du monde 1994.


En 1993, le LOSC entame une nouvelle ère avec le départ de Buisine ou Friard et l’intégration de plusieurs jeunes joueurs. Tu as l’impression d’avoir contribué à ça ?
Clairement, oui ! En 1993, une génération laissait place à une autre et les supporters étaient très fiers de voir des jeunes du coin émerger et se faire un nom au club. Il n’y avait pas que moi, mais aussi Fabien Leclercq et Antoine Sibierski. Ça a contribué à un nouveau départ pour le LOSC avec beaucoup de joueurs issus du centre de formation.

L’arrivée de Vahid Halilhodžić en 1998, ça a changé quoi pour le LOSC ?
C’est clairement quelqu’un qui a redynamisé et refondé le club aux côtés de Francis Graille. Ça a été fondamental pour la suite, les bases étaient posées. Que ce soit à l’entraînement ou en match, il amenait systématiquement quelque chose de différent. Pour l’équipe, mais aussi pour moi. Quand il est arrivé, je sortais de plusieurs saisons compliquées, j’étais trop vieux pour l’équipe de France Espoirs et ne parvenait pas à m’imposer chez les A, et j’avais un peu de mal à retrouver mon meilleur niveau. Tout ça pour dire que je suis ressorti grandi de travailler à ses côtés. Pareil pour le club, même si Claude Puel a lui aussi amené un peu plus tard son expertise du point de vue de la formation. Mais cette nouvelle ère, on peut clairement l’acter à l’arrivée de Vahid.

Tu dirais que c’est l’entraîneur qui t’a le plus appris ?
Puel a également été important pour moi, même si j’aurais aimé travailler un peu plus avec lui. Vahid, de son côté, m’a clairement appris le métier. Avant qu’il n’arrive, je pensais que l’entraînement se suffisait à lui-même, mais il a tout de suite remis en cause cette croyance. Avec lui, j’ai compris que le foot demandait beaucoup de rigueur, qu’il faut savoir en faire plus que ce qui est demandé. En clair, il m’a permis de devenir le joueur que je suis devenu.

Ça se passait comment au quotidien avec lui ?
C’était un travailleur, mais surtout un homme entier et attachant. De toute façon, on ne se serait pas donné tant de mal si on ne l’avait pas autant respecté. Ça, il faut le savoir : un footballeur ne se bougera pas le cul pour un con. Là, les séances étaient extrêmement lourdes, mais elles nous étaient bénéfiques. On le ressentait au quotidien. Surtout, tout ce travail à l’entraînement était parfaitement géré par Philippe Lambert, sans doute l’un des meilleurs préparateurs de France. Ce sont Vahid et lui qui nous ont permis d’être à 100% de nos capacités physiques à chaque match. Ça nous a permis d’être compétitif et de compenser notre manque de technique par notre état d’esprit combatif et généreux. Honnêtement, je n’ai jamais évolué au sein d’une équipe aussi disciplinée, rigoureuse et prête physiquement. Grâce à des gars comme Dagui Bakari ou D’Amico, qui avaient le goût de l’effort, on était bien supérieurs athlétiquement aux autres équipes.


Et avec les supporters, ça se passait comment ? Dans les 90’s, le LOSC avait quand même la réputation d’abriter quelques groupes de skinhead...
Il y a eu quelques débordements, mais jamais rien de grave ou de plus extrême qu’ailleurs. En tout cas, il n’y a jamais eu d’agressivité vis-à-vis des joueurs à l’époque. Pour tout dire, je n’ai que de très bons souvenirs à Grimonprez-Jooris.

Tu es resté douze saisons au LOSC. Tu n’as jamais eu la possibilité d’aller jouer ailleurs ?
Entre 1999 et 2002, j’aurais pu signer dans d’autres clubs français, mais j’étais trop attaché à la région, au club, à mes amis et à mes parents. Quand tu es dans le même club depuis tes 13 ou 15 ans, c’est quand même compliqué de bouger. On m’avait bien conseillé de partir quand le club est descendu en 1997, j’avais d’ailleurs quelques possibilités, mais j’ai toujours été trop attaché au LOSC. Et ce sera toujours le cas.

Qu’est-ce qu’il te manquait selon toi pour attirer l’attention de plus gros clubs ?
Un peu plus de régularité, probablement. J’étais souvent blessé, et ça m’a coûté. Cela dit, je pense que si j’avais connu un peu plus tôt dans ma carrière un coach comme Vahid, j’aurais été plus performant et plus compétitif.

Malgré ta cote de popularité, tu n’as jamais trop fait la Une des journaux régionaux. Cette discrétion, ça te convenait ?

C’est vrai que j’ai été très tôt capitaine. À 20 ans, Vahid m’avait filé le brassard alors que j’étais l’un des plus jeunes joueurs de l’effectif. Bon, ça n’a jamais posé de souci en interne, dans le sens où tout le monde pensait au bien du collectif avant tout, mais ça m’incitait à vouloir me protéger en public, à ne pas trop me montrer. C’est sans doute pour ça que je n’ai jamais trop pris la parole dans les médias. Ça n’a jamais été mon truc, et certains joueurs aimaient plutôt ça... Il fallait laisser de la place à tout le monde. (Rires.)

Tu aurais imaginé un jour jouer devant Manchester United en Ligue des champions ?
Honnêtement, je ne pense pas. Quand je suis arrivé, on était un club moyen de D1 qui a fini par redescendre en D2 avant de créer la surprise en première division. La Ligue des champions, ce n’était pas censé être pour nous. Pour nous, jouer le troisième tour préliminaire face à Parme, c’était déjà une chance de dingue. On était tous impressionnés.


Ce match face à Parme, ça a servi de déclic, non ?
Le but de Johnny Ecker lors du match aller, ça a clairement été un élément déclencheur lors de notre campagne européenne. Marquer d’une frappe de 35 mètres face à Buffon, ça en dit long sur notre réussite du moment. Tout nous réussissait et ça nous a mis en confiance pour la suite, même si le match retour s’est déroulé dans des conditions plus difficiles. On venait d’apprendre la maladie de notre pote Christophe Pignol et on avait la lourde tâche de confirmer le bon résultat du match aller et de la saison précédente. À Parme, on perd rapidement 1-0, mais on arrive à se reprendre et à se qualifier. Dès lors, le club a basculé dans une autre dimension, toute la presse nationale s’est mise à nous suivre.


La leucémie de Pignol, vous l’avez vécue comment au sein de l’effectif ?
Ça a été difficile à gérer, tant il occupait une grande place dans le vestiaire. Heureusement, son histoire se termine bien, mais on ne pouvait l’aider qu’en se donnant sur le terrain. Quelque part, ça nous a motivés à nous bouger encore plus. D’ailleurs, on n’a même pas fêté la qualification ce soir-là, on était tous carbonisés. On est rentrés chez nous, complètement cuits.

Aujourd’hui, Lille a complètement changé. C’est un truc qui te fait mal ?
La finalité reste la même : s’appuyer sur les jeunes et le centre de formation. Et c’est important de garder cette identité pour le club, qui a prouvé ces dernières années qu’il savait former de très bons joueurs. La saison est bien sûr compliquée, mais Lille doit avant tout garder ses valeurs humaines, c’est vraiment ça qui caractérise le LOSC. C’est ce qui faisait la force de ma génération, par exemple. On pouvait s’appuyer les uns sur les autres et on avait tous noués des liens solides entre nous. Je continue d’ailleurs de voir Collot ou Wimbée, je pense sincèrement que l’on symbolisait une certaine idée du LOSC.

C’est difficile de se détacher du LOSC ? Tu aimerais y entraîner ?
Après toutes ces années au club, ça a forcément été très difficile de le quitter. D’ailleurs, ça a marqué un peu ma fin de carrière. J’ai certes fait un an et demi à Amiens, mais ça s’est vite arrêté... Quelque part, je suis sans doute lié au LOSC, mais ce n’est pas pour autant un regret de ne pas faire partie du staff à l’heure actuelle. De toute façon, je ne pense pas avoir les qualités ni l’envie pour participer à ce projet.

Propos recueillis par Maxime Delcourt
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