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Dirar de rue

Souvent utilisé comme joueur de rotation cette saison, Nabil Dirar était pourtant titulaire face à la Juventus mercredi dernier et a une nouvelle fois été aligné samedi à Nancy. Comme un nouveau repère sur la route d'un homme de 31 ans, première recrue de l'ère Rybolovlev, enfin apaisé par le poids des années.

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Tout a commencé comme ça, par une soirée qui avait la gueule d’un meeting et où le taux de participation, à Louis-II, dépassait à peine les 30%. Alors que la France des amoureux se prépare à souffler l’édition 2012 de la Saint-Valentin, celle des sièges jaunes, des Bentley et des Rolls a la tête en vrac. Le vingt-troisième épisode de la saison de Ligue 2 vient de se terminer et le générique est, cette fois encore, assez difficile à regarder pour les supporters de Munegu. Le Sporting Club de Bastia, leader du championnat quelques mois à peine après son titre de champion de National, vient alors de marcher sur les espoirs d’un groupe dirigé par l’inexpérience de Marco Simone. Une victoire en fin de match (1-0) et une soirée gâchée, donc, pour les premières semaines de l’ère Rybolovlev, débutée au moment des fêtes de décembre 2011. Les premières pierres viennent pourtant d’être posées et le premier défilé de la nouvelle AS Monaco a eu lieu lors d’un mercato hivernal où huit nouvelles recrues ont débarqué : Danijel Subašić, Georgios Tzavellas, Aléxandros Tziólis, Vladimir Koman, Nacer Barazite, Andreas Wolf, Gary Kagelmacher et un certain Nabil Dirar, arraché au Club Bruges contre un chèque de 7,5 millions d’euros.

Les clés de Juventus-Monaco

De ce groupe, il ne reste aujourd’hui que le gardien croate et le pari marocain qui avait rendu sa première copie face à Bastia lors de cette défaite du 13 février 2012. Une époque où Dirar avouait récemment « s’être posé trop de questions sur [sa] capacité à réussir ici ou pas » . Puis, Simone est parti en fin de saison, Claudio Ranieri est arrivé, l’ASM est remontée en Ligue 1, les recrues ont continué à s’empiler et Jardim, Arsenal, les rêves d’un premier titre de champion de France pour le club depuis 2000... Mais Nabil « l’enfant terrible » est encore là, dans un rôle plus ombragé, mais assez important pour se retrouver titulaire mercredi dernier en demi-finale aller de Ligue des champions face à la Juventus (0-2). Voilà comment il voit la chose : « Quand j’ai signé à Monaco, c’était pour évoluer en Ligue 1, je ne pensais pas jouer en Coupe d’Europe. (...) Aujourd’hui, ce sont de grands joueurs qui évoluent à ma place. Thomas Lemar joue en équipe de France, ce n’est pas n’importe qui, Bernardo Silva aussi. Je ne suis pas frustré, surtout quand on gagne. (...) J’ai bien travaillé de mon côté, et quand je vois mes coéquipiers jouer de la sorte, cela me donne la force de les accompagner. »

« Avant, j'étais très très faible mentalement »


Un virage à 360°. Que reste-t-il de l’enfant terrible débarqué de Bruges à l’hiver 2012 ? Rien, ou pas grand-chose. Il y a le joueur, d’abord. En Belgique, le fantasque dribbleur était souvent surnommé « Cristiano Marrakech » . « Joueur de ballon » , Dirar était devenu en quelques années l’un des footballeurs les plus complets, les plus doués du championnat belge. Un esprit libre sous une attitude nonchalante, un mélange de talents, un ailier imprévisible, déroutant lorsqu'il avait le ballon entre les pattes et un artiste né. Mais, au-delà, le gamin était surtout assez irrégulier, même s’il avait expliqué un jour dans les colonnes de La Dernière Heure avoir « été béni par les dieux du foot » . Puis, Nabil Dirar a un jour été mis entre les mains de Claudio Ranieri. L’entraîneur italien l’a alors fait grandir, lui a appris à simplifier son jeu, à développer une science tactique et un sens du sacrifice pour le groupe, là où il évoluait souvent pour sa gueule jusqu’alors. Voilà comment Jardim a récupéré l’international marocain à l’été 2014 pour en parler aujourd’hui comme d’un élément encore « important » de son groupe. Un couteau suisse prêt à dépanner désormais au poste de latéral droit, comme il l’a fait avec grande justesse face à la Juve. Et puis il y a l’homme. C’est certainement sur ce point que l’évolution est la plus belle. Dirar est arrivé en Belgique à vingt ans en provenance de Casablanca et s’est d’abord perdu en troisième division nationale à Diegem.

Problème, le souvenir laissé par le joueur en Jupiler Pro League est avant tout résumé par ses frasques : un comportement déviant, un refus de l’ordre, les sifflets de son propre public, des renvois en équipe réserve, une morsure lâchée sur le bras de Sébastien Pocognoli, un crachat sur Yoni Buyens et la désignation assumée de Bruges comme « un simple tremplin sportif » , entre autres. Un joyeux bordel et l’étiquette d’un mercenaire au moment de son départ pour Monaco. Depuis, Dirar s’est calmé malgré un sursaut de nervosité au moment de coller son front contre celui de Tony Chapron lors d’un Monaco-Nice l’an passé. Quand il reparle de tout ça, le bonhomme avoue avoir été « très très faible mentalement » à une époque et cite sa responsabilité nouvelle de père de famille comme bascule. Résultat, depuis ce repère, Nabil Dirar s’est séparé de son coach mental et s’est apaisé pour enfiler un nouveau rôle de tampon dans un effectif limité, mais imbibé de talents. Face à la Vieille Dame mercredi dernier, celui qui est surnommé « Monsieur Ligue des champions » , depuis qu'il a enfilé le brassard lors de la victoire historique de l'ASM à l'Emirates en 2015, a probablement été le Monégasque le plus intéressant (avec Kylian Mbappé) et pourrait retrouver une place de titulaire mardi au Juventus Stadium. Il est pourtant clair : « Quand je regarde en arrière, je n’y crois pas, c’est un rêve. » Non, c’est la maturité.





Par Maxime Brigand Propos de Nabil Dirar tirés d'un entretien accordé à L'Équipe.
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