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Didier Deschamps, né pour gagner

Il n'a jamais été le plus talentueux ni le plus glamour. Pourtant, il a quasiment tout réussi comme joueur, et commence à le faire comme entraîneur. Didier Deschamps a un talent discret mais précieux : il sait comment gagner.

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Une Coupe du monde, un Euro, deux Ligues des champions, une floppée de championnats et quelques coupes nationales. Didier Deschamps a construit l'un des palmarès les plus impressionnants du football français, et mondial. Sans la virtuosité de Zidane, le sens du but de Platini ou même la technique insolente de Paul Pogba. Avec autre chose. Une volonté plus forte, et la certitude que le travail paie si l'on entre sur le terrain pour gagner. D'où cette carrière prodigieuse, sublimée par 103 sélections en équipe de France dont 52 comme capitaine. La première base de cette réussite ? Avoir su regarder la réalité en face : « Je n’étais pas un joueur spectaculaire, j’ai dû compenser par d’autres choses. » Ces autres choses, c'est entre autres de se mettre au service du collectif. « À partir du moment où je n'avais pas de problèmes sur mon jeu ou sur moi-même, mon temps je le consacrais aux autres.  » Un profil psychologique qui fait rêver le technicien à la retraite Daniel Jeandupeux, car « autant Zinédine Zidane, on pouvait se demander où le positionner pour l'utiliser au mieux sans perturber l'équilibre de l'équipe, autant un entraîneur ne doit pas s'occuper du 6, c'est lui qui doit s'occuper de l'équipe, avoir une vision de ce qu'il faut faire et de ce que ses partenaires doivent faire. Souvent, c'est le cœur, mais aussi le cerveau de l'équipe. Et dans ce rôle, Deschamps était exceptionnel même s'il ne régalait pas forcément à regarder jouer. » Ce que Landry Chauvin, directeur de la formation à Rennes, résume d'une autre manière : « Zidane n'a besoin de personne pour être Ballon d'or, réaliser des gestes exceptionnels, mais il a besoin de Didier Deschamps pour gagner des titres.  » Tout simplement parce que « si plein de joueurs ont les qualités techniques de Didier Deschamps, très peu ont pu avoir la même énergie dans les tripes et cette faculté à œuvrer pour l'équipe et la faire gagner » , estime Mathieu Bideau, directeur du recrutement pour le centre de formation de Nantes.

« Cela n'a pas toujours marché pour lui »


Des aptitudes mentales donnent aujourd'hui à la Dèche l'image d'un vainqueur perpétuel. Champion du monde comme joueur, champion de France comme entraîneur, et sauveur de la nation comme sélectionneur lors de France-Ukraine, après lequel c'est lui qui est porté en triomphe par ses joueurs. Mais pour Bernard Casoni, il ne faut pas se tromper sur les origines du mythe. « Cela n'a pas toujours marché pour lui. Il a connu l'échec de l'Euro 92, l'élimination contre la Bulgarie de novembre 1993... Mais il a su à chaque fois utiliser ces échecs pour être plus fort. » Notamment à Monaco comme entraîneur, lorsque sa première saison s'achève non loin de la zone de relégation. Deux ans plus tard, il échoue en finale de Ligue des champions avec la même équipe après avoir explosé le Deportivo La Corogne, surpris le Real Madrid et terrassé Chelsea. À Marseille quelques années plus tard, il efface un démarrage poussif à la faveur d'un finish en trombe, juste après avoir brisé la pénurie de titres de l'OM pendant 17 ans. « Il a su faire les bons choix, ce qui lui semblait logique, pour retourner les situations et profiter des coups de pouce du destin comme Bordeaux qui s'écroule en 2010 » , souligne Casoni, qui a perdu sa place de capitaine à l'OM lors de la saison 1992-1993 au profit du Basque. «  Ce n'était pas forcément le boss à Marseille, mais il avait du caractère et savait se faire une place. D'ailleurs, quand il est revenu de son prêt à Bordeaux, il a clairement annoncé la couleur en nous disant qu'il allait s'imposer à l'OM. »

« Cela ne sent pas mauvais »


On pourrait parler de méthode Coué, mais ceux qui côtoient Deschamps évoquent la fameuse «  culture de la gagne  » . Lors du Mondial 2014, Mathieu Valbuena estimait qu'elle était contagieuse : « Il arrive à concerner tout le monde, il tire le meilleur de chaque joueur, c’est super important. On sait très bien ce qu’il nous a inculqué depuis pas mal de temps, cette culture de la gagne, le fait de mordre nos adversaires.  » Une mentalité qui part de postulats simples mais infaillibles, comme le technicien l'expliquait avant de lancer sa campagne éliminatoire pour la Coupe du monde brésilienne, en terres finlandaises : « L'objectif, pour commencer idéalement, c'est de s'imposer vendredi en Finlande. Commencer idéalement, c'est gagner. Quand vous gagnez le premier, il faut gagner le deuxième. » S'ajoute à cela un pragmatisme dans le jeu et dans le vestiaire - Valbuena comme Gignac ou Payet peuvent témoigner du fait qu'il ne ferme jamais définitivement une porte si l'intérêt de son équipe en dépend -, ainsi qu'une vraie prudence dans la communication. Alors que son équipe est en passe de gagner le championnat de France 2010 et qu'un journaliste lui demande si « cela commence à sentir bon » , il dégage la pression d'un revers de la main : « Cela ne sent pas mauvais. » Un savoir-faire que beaucoup pensent développé de l'autre côté des Alpes, quand DD faisait le bonheur de Marcello Lippi et de la Juventus Turin. Pour l'intéressé, l'expérience dans le Piémont n'a fait qu'étoffer un esprit de gagnant. « On ne devient pas leader du jour au lendemain. Ça se développe. Mon passage ici à l'OM en tant que joueur m'a aidé, tout comme mes cinq ans de l'autre côté des Alpes où c'est le pain quotidien ! Il faut contaminer ceux qui l'ont un peu moins. À qualités égales, le mental est fondamental dans le foot de haut niveau.  » Une mentalité qui permet de renverser des montagnes, comme l'Ukraine en novembre 2013. Battue 2-0 au match aller, la France est virtuellement éliminée du Mondial 2014, et Deschamps au bord du gouffre, un premier vrai fiasco comme entraîneur. Jamais aucune équipe dans une situation identique n'a réussi à inverser la tendance en éliminatoires internationales, alors qu'il faut marquer au moins trois fois, la défense adverse cumule plus de 700 minutes d'invincibilité. Et pourtant, la France arrache son billet pour le Brésil, grâce à une préparation mentale maîtrisée. Bernard Casoni est ferme : «  il n'y a pas de chance, même France-Ukraine en 2013, c'est parce que lui y croit que ses joueurs y croient. Il y a forcément une dose de réussite, mais si la réussite lui sourit aussi souvent, c'est qu'il a quelque chose...  » Un petit quelque chose qui sera bien utile en juin.

Par Nicolas Jucha Propos de Didier Deschamps extraits du So Foot n°69 en octobre 2009 et de conférences de presse, propos de Mathieu Valbuena extrait d'une conférence de presse. Tous les autres propos recueillis par Nicolas Jucha.
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Cafu crème Niveau : DHR
Donc Deschamps, qui a tout gagné, fait une belle carrière de coach, terminera donc derrière Papin.

Toujours plus.
Max_Payne Niveau : CFA2
Note : 4
Arrêtez de pleurer et lisez les articles, ils sont cools !
PAP1 sera devant Deschamps, et alors ?
Le numéro 1 italien est Roberto Baggio alors qu'il n'est ni champion d'Europe et n'a jamais soulevé la LDC.

Le palmarès c'est important, mais franchement quel kiff les papinades !
Ce qu'il a fait avec Monaco et l'OM en tant qu'entraineur est quand même impressionnant. ... Et je me souviens de son speech à la mi-temps contre le Brésil en 98, pour garder l'équipe mobilisée.
Une ou deux places plus haut n'auraient pas été volées.
Note : 2
Message posté par Bota67
Ceci proposé sans conviction aucune, ni surtout sans vouloir retirer quoi que ce soit à la grandeur particulière de Séville..

De manière générale, je trouve qu'il existe un goût singulier de la défaite en France, pourvu qu'investie d'un certain panache (si fantasmé soit-il parfois)..

Ce mythe, absurde, selon lequel les Oranjes méritassent de l'emporter en 1974 : c'est en tout cas la France encore qui le propagea..


Oui, et ce culte du loser héroïque - poteaux carrés, Schumacher, Poulidor, les auteurs, peintres et cinéastes maudits, les films qui finissent mal, où le héros est le méchant, le voyou - c'est peut-être ce que mon pays fait de mieux. Astérix plutôt que Superman, De Gaulle plutôt que Eisenhower. Cannes plutôt que les Oscars. Piaf plutôt que Sinatra. L'une des causes du (triste) antiaméricanisme primaire des Français c'est le rejet du culte US des winners. Et c'est aussi ce qui fait la fascination qu'exerce la France sur certains Amerloques, ceux qu'on aime d'ailleurs, les cultivés, les intelligents. Pas les rednecks ni les cow-boys.

La manière plutôt que le bilan. Papin devant DD. Moi ça me botte. C'est ça la France!
Message posté par Brice_I
Pau importe comment est construit le mythe, l'important est que le mythe existe, et qu'il est puissant.

D'ailleurs, 98 a aussi son mythe du black-blanc-beur, et ce mythe a été largement poussé, notamment politiquement. mais il a vécu et il est arrivé à bout de souffle, contrairement à celui de Séville 82.

Donc peu importe la construction duy mythe, il me semble qu'aujourd'hui le mythe de Séville 82 est plus puissant que celui de France 98.


Se satisfaire de l'existence du mythe, et de sa puissance.. Pourquoi pas, ces histoires sont souvent jolies..

Mais moi cette puissance tendrait plutôt à m'effrayer, tandis que les mythes m'inclinent surtout à les interroger, ils ne naissent jamais par volonté du saint-esprit et valent je crois de s'en défier..

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