Diarra s'en sort bien

La sanction et tombée avant-hier, jeudi : ce sera 6 matchs de suspension pour le capitaine des Bleus et de Bordeaux. Un verdict plutôt clément... Sans doute parce que Alou est bon gars. Et ça, ça a beaucoup joué.

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Rappel des faits : le 21 octobre dernier, Alou Diarra avait bousculé l'arbitre M. Bien lors du déplacement des Girondins à Auxerre (0-1). Un geste d'énervement pour celui que l'homme en noir venait d'avertir d'un jaune. Rouge direct et expulsion pour le capitaine bordelais. Se ravisant aussitôt, le joueur est revenu s'excuser auprès de Mr Bien et du juge de touche. Un comportement repentant qui jouera favorablement lors de la délibération de la Commission de discipline réunie jeudi après-midi. Alou Diarra est fixé. Suspendu à titre conservatoire depuis le 21 octobre dernier, le capitaine de Bordeaux a été suspendu six matches fermes par la Commission de discipline de la Ligue. Soit deux de plus que ce qu'il espérait. Suspendu, donc, depuis ce 21 octobre, Alou Diarra avait manqué trois matchs : Bordeaux-Brest (0-2) et le déplacement à Monaco (2-2) en championnat, ainsi que le match de Coupe de la Ligue à Saint-Etienne (0-1). Le joueur et son club espéraient qu'il n'écope que de quatre matchs maxi. Alors ? Alors, on peut dire qu'Alou s'en est très, très bien tiré.


C'est quoi l'exemplarité ?

On rappelle que dans les textes la pénalité qui sanctionne les « mauvais gestes ou insultes graves » à l'arbitre sont passibles de 6 mois sec de suspension. La faute était caractérisée. Et très grave. Au-delà de la petite « poussette » , c'est un geste inqualifiable dont s'est rendu coupable un joueur investi à triple titre d'un devoir supérieur d'exemplarité : son âge (29 ans) et son statut de capitaine de l'équipe de France et de Bordeaux. On ne touche pas aux arbitres, point barre. Nul joueur ne peut l'ignorer. Mais au fait, de quelle « exemplarité » parle-t-on ? C'est quoi au juste ce truc de Bisounours, ce « mauvais exemple à ne pas donner aux plus jeunes » ? C'est une triste réalité, hélas. Le mimétisme des enfants, qui calquent leurs attitudes sur celles des joueurs pros, est total : pour le meilleur et pour le pire. Parlez-en à nos amis de Foot-Citoyen dirigé et animé par ce bon vieux Didier Roustan : dans les jours qui suivent un exploit de Ronaldo ou Messi, ou bien une protestation ou insultes envers l'arbitre par des bad boys du foot et vus à la télé, les mômes s'empressent d'en « faire autant » . Pour qui a déjà travaillé avec des enfants (enseignant, éducateur, animateur, moniteur) l'imitation des « grands » dans le mauvais sens du terme est ravageuse... Qui n'a pas vu sous ses yeux un gamin se rouler et hurler comme Pippo Inzaghi quand il a reçu juste un petit coup de genou à la cuisse ne peut pas comprendre. Alors, oui, Alou a déconné et il méritait sanction plus lourde.

La sanction : l'esprit plus que la lettre...

Alou le savait. D'ailleurs Jean-Louis Triaud a indiqué au nom du club que Bordeaux ne ferait pas appel. Tu m'étonnes ! Six matchs (dont trois de purgés) au lieu de six mois, c'est pas trop cher payé. Même profil bas pour Lolo Blanc qui, lui, n'a pas commenté pour l'instant une affaire où il s'était étonnamment beaucoup impliqué. On rappelle que Lol était carrément sorti de son rôle de simple sélectionneur en intervenant à deux reprises pour disculper son capitaine au maximum (on n'a pas dit « innocenter » , hein !). Quelque part, le plaidoyer du coach des Bleus a sûrement beaucoup joué. Injuste, au regard du favoritisme dont a bénéficié Diarra. On le rappelle : est-ce que Lol serait intervenu de la sorte en faveur d'un autre joueur lambda ? Pas sûr du tout. Heureusement, Alou s'était excusé direct puis avait poursuivi dans la voie de la contrition, notamment lors de son audition auprès de la Commission de Discipline : « J'ai pu m'expliquer. Mr Bien sait que je me suis excusé. J'ai eu le réflexe de trop. Je ne l'avais jamais fait de ma carrière. Je ne le ferai plus, c'est sûr. » Des mots qui tombent à pic. « Si la bousculade est caractérisée, nous avons pris en compte le comportement de Mr Diarra et ses excuses instantanées à l'arbitre ; c'est un joueur équilibré qui a réalisé tout de suite que ce n'était pas un geste à faire » , dixit Pascal Garibian, président de ladite Commission. «  Un joueur équilibré » , ça rejoint «  l'homme droit et honnête » présenté par Lolo Blanc au cours de ses interventions récentes. En clair : il a été tenu compte du côté « bon gars jamais méchant » qui n'a fauté qu'une seule fois. Du point de vue « humain » et non plus spécialement « juridique » , la Commission a alors plutôt bien jugé.

Alou Diarra, un « cœur impatient » ...

A l'heure où les fantômes de Knysna planent encore et au moment où Ray Strange saisit les prud'hommes pour réclamer son chèque de licenciement, l'opinion publique et la France du Foot n'étaient pas enclines à pardonner encore les écarts de conduite d'un footballeur. Pourtant la sanction plutôt « douce » ne suscite pas de grands remous. Parce que Alou Diarra est un bon gars, encore une fois. A Knysna, il était plutôt « suiveur forcé » , comme beaucoup d'autres. Et puis il y a ce que dégage l'homme : professionnalisme et droiture, malgré un jeu parfois bien « viril » ... En fait, le mauvais geste de Alou n'a rien à voir avec un comportement agressif de voyou (de « caillera » ?). Non... Aucune violence là-dedans. Alors, quoi ? Alors de l'impatience tout simplement. Et de la lassitude. Le climat à Bordeaux, d'abord : l'équipe autrefois géniale et championne de France ne s'est toujours pas sortie de la crise psychologique qui plombe un groupe délesté de Chamakh et Gourcuff, et plombé par les blessures. « Abandonnée » aussi par le coach, Laurent Blanc...D'où le soutien appuyé du coach de l'EdF, sûrement empreint de culpabilité envers une équipe et son capitaine qu'il a lâchés pour les Bleus. Alou Diarra est impatient parce qu'à 29 ans il aspire tout simplement a rattraper le temps perdu et évoluer à nouveau au sein d'une équipe bordelaise redevenue plus conquérante. Déjà dépasser et oublier au plus vite cette horrible année 2010 : saison galère avec Bordeaux, donc, plus implosion des Bleus en Afrique du Sud. Dur à avaler ce Mondial africain : c'était peut-être la dernière coupe du Monde pour Alou. A la prochaine, il aura 33 ans, à un poste où une concurrence acharnée (Diaby, M'Vila, Toulalan, Matuidi, etc.) pourrait l'écarter de Mundial 2014 au Brésil.

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Un sacré parcours...

Rien n'a été facile pour Alou... Fils d'immigrés maliens pauvres (père ouvrier 3X8 chez Citroën). Les lettres de motivations et les CV envoyés à pleins de clubs et restés sans réponses alors qu'il évolue chez les jeunes d'Aulnay. Les blessures graves aux tibias à 7 et 9 ans qui l'immobilisent des mois d'été entiers à marcher avec des béquilles quand les potes s'éclatent dans des parties endiablées et interminables (voir le remarquable article dans l'Equipe du vendredi 5 novembre sur Aulnay-sous-Bois, « Champions béton » ). Il lui a fallu un mental hors du commun pour parvenir à une carrière pro débutée en dents de scie, longtemps jalonnée d'épreuves et d'échecs. Des débuts pro en L2 à Louhans Cuiseaux (18 ans), ensuite deux saisons en stand-by au Bayern B, puis échec au Liverpool d'Houllier, et prêté au Havre, Bastia et Lens... Gros échec à l'OL (2006-2007) avant de s'imposer définitivement à Bordeaux ensuite. Alou devait rejoindre l'OM Cet été, ardemment désiré par Dédé Deschamps. Le transfert ne s'est pas fait pour motifs financiers, bien sûr, faute d'accord entre les clubs Marseille et Bordeaux. Mais aussi de par la volonté du joueur de demeurer quand même fidèle à une ville où sa famille vit bien : « mercenaire » , mais pas trop, Alou...

Marine et France : Bleu avant tout !

Alou est impatient, pas brutal. Impatient avec les Bleus. Il n'a qu'un vrai Mondial à son actif, celui de 2006 (entré face au Togo et en finale contre l'Italie). Aucun Euro et un Mondial 2010 à 100 % pourri. Alou en veut, il voudrait que tout rigole pour lui, pour Bordeaux et les Bleus. Ca repart pour les Bleus France, mais pas trop avec les Bleus Marine. D'où l'énervement... La bousculade... Les choses qui n'évoluent pas assez favorablement alors que le temps presse et que la trentaine approche. A 29 ans, il vit tout ce qui lui arrive à la fois avec passion et avec grand sens des responsabilités. Il n'y a qu'à se souvenir de sa joie extatique après son but marqué au parc contre Paris (2-1) et y compris sur celui inscrit par Ciani : une explosion de joie rare chez ce grand réservé. Et puis il y a l'équipe de France : on sent qu'il veut renouer avec le comportement des ex-capitaines exemplaires comme Thuram ou Makélélé. A ce propos, sa suspension ne s'applique pas aux Bleus et il devrait être du groupe qui jouera à Wembley contre l'Angleterre le mercredi 17 novembre prochain. Bien sûr, il sera à court de forme. Mais Lol a trop besoin d'un des rares joueurs qui figurent actuellement dans son « noyau » (l'expression est de Blanc). Alors, voilà... La Commission a très certainement tenu compte du parcours, des valeurs et des excuses sincères du « bon gars » . Par « valeurs » , on entend celles inculquées par ses éducateurs successifs tout au long de sa formation et celles des principes parentaux africains : c'est son père qui a accompagné sa jeune carrière, le recadrant sans cesse et durement dans l'attitude et dans le jeu. Sur ce coup, la Commission a donc eu raison de ne pas l'avoir sanctionné trop durement. A Alou de lui donner aussi raison pour l'avenir... Sans regarder l'horloge et sans flipper du temps qui passe.

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Je trouve la sanction très sévère.
Apres Cherif, il y a le texte et l'esprit du texte.
Je ne pense pas qu'une poussette immediatement suivie d'excuses valent 6 mois de suspension faut arreter.

Quand tu vois qu'Hadji apres avoir bouscule, poursuivi et insulte l'arbitre prends quasiment la meme sanction, ca fait egalement reflechir.
Seulement Diarra n'a pas menace d'arreter sa carriere si il etait suspendu 6 mois lui, Triaud a pas non plus chiale comme le gerant de supermarche nanceen en disant que y avait une cabale contre le club etc. (J'ai le plus grand respect pour l'ASNL attention).

Apres, tu pourrais nous epargner ton couplet larmoyant sur l'exemplarite et le role des pros qui soit disant deteindrait sur le comportement des gosses. Jamais eu un gosse qui a colle un crane a un adversaire apres 2006, ni un mioche qui a colle un coup de saton facon kung fu apres que Canto ait fume le type de Palace. Les gosses sont bien plus influences par les idiots du bord de touche ou par leur pere qui se prend pour Mourinho a la maison que par les pros faut arreter.
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