1. // Rétro – Coupe du Monde 1974

Deutschland über alles

Printemps/été 1974 : Bjorn Borg gagne à dix-huit ans son premier Roland-Garros ; Eddy Merckx va bientôt remporter son cinquième et dernier Tour de France ; A Kinshasa, Mohammad Ali va redevenir champion du monde des lourds face à George Foreman...

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Pendant ce temps-là, la France vient d'élire un inspecteur des finances quadragénaire comme Président de la République, Valéry Giscard d'Estaing. Richard Nixon et Willy Brandt sont contraints de démissionner. Au Portugal, fin avril, la Révolution des Œillets met fin à quarante-huit ans de dictature tandis qu'en Éthiopie un putsch militaire met fin au règne d'Haïlé Selassié. Au même moment, les Stones tentent de donner une suite crédible à “Exile in main street”, leur sommet discographique. Ce sera “It's only rock'n'roll”. Lou Reed fait de même avec “Rock'n'roll animal”, un live possédé pour se remettre de l'échec commercial de “Berlin”. A Cannes, Coppola rafle sa première Palme avec “Conversation secrète”, juin approche, et même le football connaît sa jouvence beat, son printemps rock'n'roll. La planète du ballon rond vit sa révolution copernicienne à rebours. Corps d'athlètes et chevelures hirsutes, insouciance de gouape et jeunesse éclatante, les effluves de 68 sont partout. Incarnation du big-bang, les Oranje mécaniques séduisent, dans la foulée immédiate du “football total” de l'Ajax d'Amsterdam, la meilleure équipe de club de tous les temps. Dans la foulée des Bataves, Polonais, Suédois, Yougoslaves intègrent la farandole. Le monde entier se réjouit à l'avance de déguster cette dixième coupe du monde. La première en Technicolor... La civilisation des loisirs est en marche, la démocratisation des téléviseurs couleur également...

Un Mondial haut en couleurs


Le Mondial 74 s'annonce torride, dehors il pleut des cordes. Au deuxième jour, le Chilien Caszely prend le premier carton rouge de l'Histoire. Au troisième, le Haïtien Sanon met fin à l'invincibilité de Dino Zoff. 1143 minutes sans prendre un but. Bad news pour la Squadra. Dans ce groupe D, ce sont les champions olympiques polonais qui marchent sur le ventre de leurs adversaires haïtiens, italiens et argentins. Douze buts en trois matchs et la Nazionale, finaliste sortant, qui rentre chez elle. Au sixième jour, les champions d'Afrique zaïrois faussent la donne en laissant filer le score contre des Yougoslaves virevoltants. Des comptes à régler avec Mobutu, trop occupé à organiser le Ali-Foreman, Rumble in the jungle... Dans cette poule qui comprend également un Brésil falot et une Écosse aussi généreuse que naïve, ce sont les boys de Dalglish qui rentrent chez eux après le premier tour. Comme d'habitude...

Ossies Vs. Wessies


Championne d'Europe sortante, la Mannschaft s'annonce comme l'incontestable favorite de l'épreuve, d'autant plus que le Bayern Munich, qui constitue l'ossature de l'équipe, vient juste de remporter la C1, le mois précédent. Le RFA-RDA (0-1) du dixième jour, dernier match du 1er tour, exhalait des relents de grande Allemagne et un parfum d'antagonisme aigu entre ‘Ossies' et ‘Wessies'. Alors que les deux équipes sont qualifiées avant la rencontre, l'équipe est-allemande, sur-motivée, joue le contre à merveille et s'impose sur une rapine de Sparwasser. Ironie de l'affaire : cette défaite va s'avérer doublement salutaire pour la sélection ouest-allemande. Les tensions internes qui découlent de la défaite conduisent Franz Beckenbauer, le capitaine et incontestable leader, à faire pression sur Helmut Schön, le coach, pour remanier l'équipe et reconsidérer les options tactiques. Grabowski, Bonhof et Overath intègrent la Mannschaft tandis que Cullman, Flohe et Netzer, le stratège de Mönchengladbach, sortent. La bisbille Overath/Netzer ressemble au dilemme Mazzola-Rivera en Italie. Le 4-3-3 offensif de Schön mute alors en un 4-4-2 (voire en 4-5-1) configuré pour une formation à la densité physique effrayante. Mieux : en terminant première, la RFA aurait hérité d'un groupe apocalyptique comprenant l'Argentine, le Brésil et les Pays-Bas. Au lieu de quoi, elle affronte la Suède, la Yougoslavie et la redoutable Pologne.

Hollandais Volants


Il aura suffi des trois matchs du premier tour pour que le paletot de favori change d'épaules. Si les clubs néerlandais viennent d'aligner cinq finales de coupe d'Europe des clubs champions à la suite (dont 4 victoires entre 1969 et 1973), les Oranje, en tant que sélection, ne font peur à personne. La Bulgarie les a écartés du Mondial mexicain et les Yougoslaves de l'Euro 72. Pire : ils ne doivent leur qualification en Allemagne qu'à un meilleur goal-average que les Belges. Les rencontres entre les deux équipes se sont soldées par deux nuls vierges. Les Diables Rouges restent encore aujourd'hui la seule équipe à avoir été éliminée en éliminatoires de la coupe du monde sans encaisser un but. Rinus Michels a convoqué sept joueurs de Feyenoord et six de l'Ajax plus Cruyff qui joue depuis un an au Barça. Malgré un effectif bancal (on y reviendra), les Pays-Bas vont donner un récital époustouflant durant trois semaines. Au premier tour, la Bulgarie (2/0), l'Uruguay (4/1) s'en tirent à très bon compte. Une très bonne équipe de Suède (Hellström, Sandberg, Edström –qui finira à Monaco) grappille un nul sans but comme par miracle. L'orchestre Orange se procure un nombre invraisemblable d'occasions pour un nombre de buts peu élevé.

Formule championnat


Pour la première fois dans l'Histoire, la deuxième phase se joue dans une formule championnat. Le premier de chaque poule jouant la finale. Les Néerlandais vont monter la mire d'un cran. L'Argentine (4/0), la RDA (2/0) et le Brésil (2/0) ne vont pas toucher le sol. Ces trois matchs vont écrire la légende de Cruyff et ses boys. Sous des pluies torrentielles, les Néerlandais en viennent à disputer un western façon Peckinpah dans la boue de Dortmund, le vingtième jour, contre de bien vilains Brésiliens. Rivelino a reculé sur le terrain, il ne va plus si vite, Jaïrzinho a disparu.


Dans l'autre groupe, une RFA requinquée va ajuster la Suède (4/2) et la Yougoslavie (2/0) et souffrir mille morts contre des Polonais enragés. Tomaszewski arrête un pénalty de Hoeness (67è) avant que l'inévitable Gerd Muller, dans un bourbier dantesque, ne vienne interrompre la symphonie de Chopin. Les Hommes de Deyna se consolent en gagnant la médaille en chocolat aux dépens d'une Seleçao sinistre (la pire de l'Histoire ?).

Des deux monstres, un seul sera sacré. Les Néerlandais, nés pendant la guerre et juste après, sont élevés dans la haine des Allemands. Avant le coup d'envoi, Wim van Haneghem, le stratège altier et élégant du Feyenoord, a les larmes aux yeux. Les nazis ont tué ses parents, son frère et sa sœur. Les joueurs du Bayern (six au coup d'envoi) n'ont pas oublié les nombreuses humiliations que l'Ajax a infligées au club bavarois. Ce 9 juillet, au vingt-sixième jour de la compétition : Allemagne de l'Ouest-Pays-Bas, ou encore RFA-Hollande, le talent contre le génie, l'efficacité contre la flamboyance, le FC van Gogh contre Werner, Cruyff contre Beckenbauer. Le 9 juillet 1974, la RFA domine la Hollande (2-1). C'était triste à pleurer comme l'Enfer de Jérôme Bosch.

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Tres bon article;
merci pour ce retour en arriere tres interessant.
Ouais bon article jusqu'à l'avant dernière phrase.
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