Deschamps, Bielsa et la vérité

On se demande si Bielsa est prêt pour la France. Si ses méthodes, son discours, cette façon de gérer son groupe sont adaptés à nos moeurs. Et si c'était plutôt la France qui n'était pas prête ?

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Qu'attendaient-ils ? Ils espéraient sans doute que le « grand entraîneur » , Marcelo Bielsa, un peu « excentrique » mais suffisamment volumineux pour dissimuler la forêt de doutes qu'il cachait derrière lui, leur garantirait les faveurs des grands titres et la bienveillance des marketeurs parisiens. Marcelo Bielsa était un grand entraîneur et prendrait la place sur le banc le plus explosif de France. Enfin nous verrions l'ambition de ces dirigeants, nous ne pourrions que nous rendre devant la grandeur de cette institution. Quand, à Paris, on faisait le choix du strass et du clinquant, à Marseille on avait fait celui de la méthode et de l'intelligence. Certes, la France avait encore perdu une place à l'indice UEFA au profit de la Russie, mais nous allions leur montrer, à toutes les Cassandre de l'UEFA, comme ils avaient tort. Les informaticiens de la défaite et tous les poètes de la statistique devront se rendre à l'évidence. Bielsa, le plus grand entraîneur du monde, était à Marseille. Et le sélectionneur des Bleus était un grand compétiteur. C'est bien qu'en France, on avait un savoir-faire.

Une armée mexicaine


Puis vinrent les premières conférences de presse de Bielsa et tout changea. Bien sûr, elles étaient en espagnol. Bien sûr, ses phrases étaient longues. Chaque expression employée était impossible à défaire de son contexte. Ce type était étrange, vraiment trop fou. On s'arma donc de trésors d'imagination pour tâcher de « décrypter » le « ton professoral » , le caractère « mystérieux » de ses allocutions, la tonalité « humoristique » qui se « dégage » de cette « armée mexicaine de traducteurs » . On moqua ses yeux baissés et le ton monocorde de ses interventions. Quand Franck Passi renonça à traduire - « je suis perdu là » - on fit même mine de ne plus rien y comprendre à notre tour. Maintenant qu'il s'en « prend » à la direction du club, on demande même son avis à Vincent Labrune, président de l'OM : « Je ne comprends pas tout. C'est assez injuste, mais on va dire que ça fait partie du personnage. » C'était pourtant très clair, Bielsa et lui avaient fixé des objectifs qui n'ont pas été remplis pendant l'été. Lors de ladite conférence de presse et au nom du leadership auprès de ses joueurs et du sens de la « responsabilité très lourde qui pèse sur (s)es épaules » , le prof n'a utilisé aucun aphorisme, aucune formule toute faite, aucune petite phrase assassine. Il s'est simplement attaché à expliquer très méthodiquement (et en 52 minutes) la situation. « Je ne peux pas vous demander de me croire, mais en ce qui me concerne, je serais incapable de vous relater ces faits si le moindre d'entre eux était inexact. » Bielsa ne dégoupille pas, il explique. Les autres ? Ils se marrent.

Critique muette et aveugle


Mimer l'incompréhension en ricanant est peut-être le procédé le plus abject qui soit, car c'est un procès fait à l'intelligence et à la culture. Roland Barthes évoquait dans Mythologies, en 1957, le mal des critiques français : « Pourquoi donc la critique proclame-t-elle périodiquement son impuissance ou son incompréhension ? (...) Moi, dont c'est le métier d'être intelligent, je n'y comprends rien : or vous non plus vous n'y comprenez rien ; donc c'est que vous êtes aussi intelligents que moi. » Se moquer de l'homme plutôt que de discuter ses idées, c'est se moquer de la connaissance. « Le vrai visage de ces professions saisonnières d'inculture, poursuit Barthes, c'est ce vieux mythe obscurantiste selon lequel l'idée est nocive, si elle n'est pas contrôlée par le "bon sens" et le "sentiment" : le Savoir c'est le Mal » . C'était avril 1994 dans la presse portugaise et Artur Jorge venait d'être limogé du PSG malgré le titre de champion et une demi-finale de Coupe d'Europe : « Les critiques sportifs sont responsables de l'insuffisance des résultats français, parce qu'ils font passer des messages qui ne correspondent pas à la réalité. Ils sont pétrifiés dans le temps, comme si le football s'était arrêté dans les années 40 ou 50. On confond les priorités. C'est dramatique d'autant plus qu'on n'a aucune chance de changer cet état de choses. » Oui, mais nous, on a Didier Deschamps.

Une victoire de prestige


La critique française préfère Élie Baup, Francis Gillot et Éric Di Meco. Elle aime les opinions grossières, les phrases courtes, l'accent du midi et surtout, qu'on lui parle gentiment. Elle aime donc beaucoup quand Didier Deschamps lui caresse les oreilles en lui parlant de « l'état d'esprit (qui) est toujours là » . Eux, les sceptiques, comprennent mieux que les autres le sens pourtant obscur de cette phrase censée expliquer la victoire 1-0 contre l'Espagne : « Il y a un vécu, déjà pas énorme car il n'existe que depuis deux ans, mais ça a compté. » On attend. Aucune question ne vient. On ne saura donc jamais en quoi consiste cette stratégie de l'état d'esprit, ce qu'est un « vécu » , comment il se manifeste, comment il s'entraîne. Qu'on nous dise, une bonne fois pour toutes, ce que la « confiance » veut dire, ce qu'une « victoire de prestige » signifie. Qu'on explique ce qu'est un « patron technique » . Quand Domenech parlait du « groupe qui vi(vai)t bien » , les chiens de garde hurlaient en criant à l'imposteur. Aujourd'hui quand Deschamps communique sur « l'aventure humaine » au Brésil, c'est le silence. Et quand Bielsa parle de choses concrètes et tangibles - la mauvaise gestion de son club - ils miment l'incompréhension devant ce « personnage » . Pire, entre eux, ils rigolent bien et se disent qu'il est vraiment « fou » , ce Loco. Pourtant le travail d'un entraîneur en conférence de presse est précisément de parler de football, de collectif, de prise de risques, de système, de décision, de choix, de responsabilité. De nous expliquer comment la France a-t-elle pu être éliminée du Mondial 2014 par l'Allemagne sans jouer, pourquoi les deux meilleurs joueurs français (Nasri, Ribéry) ont renoncé à leur équipe nationale. Bref, de nous dire la vérité.

Par Thibaud Leplat
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Au titre je me suis dit que ça allait être intéressant mais mon cerveau est pas prêt je pense.
Et un peu plus de guillemets la prochaine fois.
allo maman bobo Niveau : Loisir
"On est vraiment rien sans elle
Qu'on soit noir ou blanc
Si on tend la main pour elle
La vie est plus belle"
C'est tout à fait exact, et à ce propos, je ne peux m'empêcher de penser aux paroles du philologue et linguiste slovène Stjepan Pejaković qui a beaucoup théorisé l'OM et la vacuité de l'existence. A quand un article ?
Gratte Un Dos Finnois Niveau : DHR
Un mec en poste à l'OM et qui tacle Laburne comme cela ne peut être qu'un génie.
Au putain !! Y'a un mec du Nouvel Obs qui à péta un pc de chez Sofoot !!!

Mais au final, tu voulais nous dire quoi ??
Planusjambonbeurre Niveau : District
"Aphorisme", "Mythologie"... Qué c'est ça, Leplat les provinciaux comme moi on pipe quedalle. On veut du foot pour les cons.
Message posté par allo maman bobo
"On est vraiment rien sans elle
Qu'on soit noir ou blanc
Si on tend la main pour elle
La vie est plus belle"


Tu devrais te créer un compte sur le Phocéen.fr mec ;)
Un bel exercice de branlette intellectuel, merci So foot
allo maman bobo Niveau : Loisir
Message posté par anto1313


Tu devrais te créer un compte sur le Phocéen.fr mec ;)


trop intellectuel pour moi
Jean-Mouloud Niveau : Loisir
Article très intéressant mais encore une fois qui ne sert a rien car le foot français est malade sans que celui ci le sache
Marseille c'est cauchemar en cuisine (oui en bon manipulateur j'accorde ce programme à ma femme afin de mieux lui imposer mon foot:Ligue1,1er League, LDC, CDL, CF, EDF etc...). La maison brûle, le proprio est à la rue, Marcelo Etchebest vient l'aider mais le mec croit encore avoir raison, au lieu de servir de conseils utiles pour reconstruire.
J'ai vraiment du respect pour ce club qui nous a apporté le seul vrai trophée européen et pour sa ferveur populaire qui il y a pu avoir mais faut vraiment etre suicidaire pour vouloir supporter un club parail maintenant..

j'ai pitié pour ce club qui pourrait être un TRÈS grand club de foot en France et en Europe. pourquoi personne ne veut racheter ce club? pressions internes, supporter, L'image de la ville, etc..

DOMMAGE
Note : 19
Très bon article Thibaud Leplat. Et ceux qui pensent que c'est de la branlette intellectuelle n'ont pas encore compris que c'est la base de la réflexion. Comment arriver à poser un raisonnement et à déboucher sur une hypothèse si tu ne te tritures pas la matière grise au préalable ?
didier gomis Niveau : CFA
Note : 11
Faut pas s'étonner que les journalistes des grands médias nous pondent des merdes puisque il vendent de la merde, tous leurs programmes vont dans ce sens. Dans le foot, il y a une inertie, un bourbier, un sable mouvant dont on ne peut s'extraire.

On assiste donc à des interviews de merde, avec des questions de merde jamais relevées, bref en dehors du match, il n'y a rien, absolument rien d'intéressant à regarder ni à écouter. Le pire dans tout ça c'est quand tu parles foot avec un collègue de boulot : t'as l'impression d'écouter Bogdanov qui a vu la lumière quand il te raconte droit dans les yeux (pas plus tard que ce midi) : "Le foot français est à la ramasse, c'est à cause de la fiscalité et des impôts".

J'ai avalé mon pain sec dans une grande gorgée d'eau et je me suis dit: vivement la sélection génétique avant la naissance !

bentamaman Niveau : DHR
ça vous emmerde les journaleux, et je le dis amicalement que DD fasse du bon taf hein, plus d'article ravageur, plus de une de l'équipe plus d'appel de confident pour descendre leurs petits potes ou leurs coachs...

Moi je peux vous expliquer pourquoi on a perdu le match contre l'Allemagne, on s'est fait dessus, ça arrive pour les jeunes équipes en manque de leadeur, c'est la vie...

Ribery et Nasri ? moi je suis fan des deux deux, mais bon ils trimballent une ribambelle de casserole, et ils sont trop jeunes, trop riches, trop musulmans et trop issues de quartiers difficiles pour que la France leur pardonne quoi que se soit, alors DD leurs coupé la tête...
Encore un qui n'aime pas les sans dents. Et eugéniste en plus...
JOAO MARQUEIRO Niveau : District
Bielsa quand il a vu les maillots dégueulasses et la coupe de labrune, aurait dû se douter de quelque chose, prendre ses mois de réflexion, et dire non.
MonsieurManille Niveau : Loisir
C'est normal que j'ai rien compris à cet article? ^^
Message posté par bentamaman
Ribery et Nasri ? moi je suis fan des deux deux, mais bon ils trimballent une ribambelle de casserole, et ils sont trop jeunes, trop riches, trop musulmans et trop issues de quartiers difficiles pour que la France leur pardonne quoi que se soit, alors DD leurs coupé la tête...




Ils sont juste trop cons.
Sé pa la fote a la sociétai. Branleur...
jesse pinkman Niveau : Loisir
Message posté par Charrua
Très bon article Thibaud Leplat. Et ceux qui pensent que c'est de la branlette intellectuelle n'ont pas encore compris que c'est la base de la réflexion. Comment arriver à poser un raisonnement et à déboucher sur une hypothèse si tu ne te tritures pas la matière grise au préalable ?


serieux il est relou cet article tant sur le fond que sur la forme, il n apporte rien, relate seulement des faits en y attachant quelques references pseudo intelectuelles
non serieux j etais content a l idee de le lire j ai souffert pour arriver jusque la fin et lire que Nasri fait partie des 2 meilleurs joueurs francais...(Valbuena, Benzema, Pogba, Varane, Matuidi, etc... ???)

oui une belle branlette cet article qui nous a eclairé sur rien, une reflexion dans le vide... apres c est vrai que c est là ou so foot se demarque, sinon on va sur foot mercato ou quoi, mais là non...
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