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Delph, les millions de la colère

Quelques jours après avoir proclamé son amour pour son club, Fabian Delph a finalement quitté Aston Villa pour rejoindre Manchester City. Un transfert à 11,5 millions d'euros, symbole d'une époque où les puissants du Royaume dépouillent progressivement les plus faibles et où le rapport à l'institution est devenu poussière.

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30 mots. Comme une claque froide, institutionnelle, souhaitant prévenir une fronde montante dans les rues de Birmingham. Le communiqué envoyé par le club d'Aston Villa dans la soirée de vendredi a eu l'effet terrible d'officialiser ce que personne dans les travées de Villa Park n'osait plus imaginer depuis quelques jours : Fabian Delph a bien plaqué ce qu'il sera convenu d'appeler désormais « son ex » . Quatre jours plus tôt, le capitaine adoubé des Villans pour la saison prochaine utilisait encore l'esquive médiatique en parlant de « spéculations des médias » à propos de son avenir. « Je veux remettre les pendules à l'heure. Je ne pars pas. Je reste au club, je suis impatient que la saison commence et d'être le capitaine de ce super club » , expliquait alors Delph sur le site officiel du club.

Alors que son buteur belge Christian Benteke plie ses derniers T-shirts pour rejoindre Liverpool, Aston Villa a donc perdu dans le même temps son maître à jouer anglais. Pour City, ses stars et ses ambitions, « une opportunité que je veux saisir des deux mains » selon les mots de Delph. La progression sportive est compréhensible, l'effet girouette moins et semble retourner le ventre des supporters de Villa. L'annonce du transfert de Fabian Delph à Manchester City a lancé une vague de haine et le recrutement de Jordan Amavi, arrivé samedi en provenance de Nice, n'y changera rien. Le tout en pleine période de vente d'abonnements.

De l'amour du maillot


On le savait. Lorsque Steven Gerrard a quitté Liverpool il y a quelques semaines pour rejoindre Los Angeles, l'Angleterre a perdu plus qu'un joyau. Elle a perdu le symbole de ces joueurs qui vivaient pour un club, comme Lampard à Chelsea, Scholes à Manchester United en son temps ou encore, plus récemment, Carlos Tévez qui vient d'effectuer son retour à Boca Juniors en affirmant que « l'argent ne pouvait acheter le bonheur » . Ce n'est plus une surprise, la nouvelle génération ne connaît plus cet attachement à l'institution club. Elle a fait varier ses sentiments au gré de propositions toujours plus difficiles à refuser. 

L'objectif n'est pas de taper sur Delph parce qu'il a rejoint Manchester City, un club qui correspond enfin à son standing d'international. Ce qui lui est reproché, et ce qui restera dans les mémoires, c'est la manière de le faire. L'ancien coach des Villans, Paul Lambert, interrogé sur la BBC durant le week-end, a résumé le sentiment ambiant à Birmingham : « On ne joue pas avec l'institution club, surtout en Angleterre, même si cette dernière n'a plus la même force sentimentale que par le passé. Bien sûr, Fabian ne pouvait refuser City pour sa carrière. Bien sûr il avait prolongé en janvier pour que le club touche une indemnité en cas de départ, mais on comprend la colère des supporters. » Il y a l'art et la manière de quitter sa femme, surtout après six ans de vie commune.

La tour d'ivoire du Big Five


Reste que le transfert de Fabian Delph confirme une autre tendance, conséquence directe de l'explosion économique de la Premier League. Plus que jamais, l'été que l'on connaît est celui de l'Angleterre et la future ouverture du pactole des droits télés l'an prochain ne fera qu'accroître la tendance. Pourtant, en un an, la logique semble avoir changé. Si la majeure partie des mouvements sportifs se fait outre-Manche, elle a aujourd'hui pour résultat d'installer depuis quelques semaines le « Big Five » (Liverpool, Manchester City, Chelsea, Arsenal et Manchester United) dans une tour d'ivoire. La Premier League attire une grande part des meilleurs joueurs d'Europe, les Français en tête, mais la caste des cadors dépèce le Royaume. L'arrivée dimanche du prodige Patrick Roberts à City en provenance de Fulham confirme cette thèse.


Les 15 autres équipes du championnat recrutent majoritairement en Europe ou dans les divisions inférieures. Au contraire, à l'image de Manchester City qui a recruté jusqu'ici Raheem Sterling à Liverpool et donc aujourd'hui Fabian Delph à Aston Villa, le « Big Five » construit progressivement une ligue fermée au sein même du championnat. Manchester United a récupéré le poumon de Southampton, Morgan Schneiderlin. Chelsea a, de son côté, recruté Asmir Begović (ex-Stoke) et serait sur le point d'arracher la pépite anglaise John Stones à Everton. Même constat du côté des Reds de Liverpool où le tableau de chasse compte pour le moment James Milner, Danny Ings (ex-Burnley), Nathaniel Clyne (arrivé de Southampton) et maintenant le buteur belge Benteke. Les quinze autres propriétaires le savent : l'objectif est de recruter hors des frontières pour effectuer un ou deux ans plus tard une revente juteuse à l'un des cinq dirigeants du palmarès. La Premier League est devenue plus qu'un simple championnat d'Angleterre, où les puissants épuisent les faibles. L'affaire Delph le résume bien et sa fausse déclaration de la semaine passée tout autant : « Un mensonge peut tromper quelqu'un, mais il te dit la vérité : tu es faible. » La loi du plus fort.

Par Maxime Brigand
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