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Del Bosque : « Sans victoires, il n’y a pas de souvenirs »

Vicente del Bosque, le sélectionneur d’une Espagne grandissime favorite à sa propre succession, discute jeu, tradition et palmarès. Sans se démonter, mais sans se la raconter non plus.

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Vous n’avez pas peur que vos adversaires de l’Euro imitent le style de Chelsea, qui a sorti le Barça de la dernière Ligue des champions ?
Franchement, non. Je suis convaincu que cette philosophie ne va pas faire école et qu’elle n’a pas de beaux jours devant elle. Je ne veux pas dire que tout ce qu’elle représente est négatif : il faut savoir reconnaître un certain mérite à jouer de la sorte. Mais si une sélection veut imiter Chelsea, il faudra d’abord qu’elle prenne conscience que les Anglais ont eu beaucoup de chance de passer contre le Barça et même de gagner en finale contre le Bayern. Et puis, il y a actuellement un courant favorable au type de football offensif qu’incarnent l’Espagne et d’autres équipes comme la Hollande, l’Allemagne ou même l’Uruguay, qui a démontré ces derniers mois qu’il jouait pour gagner en ayant l’initiative et le contrôle du jeu.

Vous souvenez-vous d’un débat comparable autour de la philosophie de jeu du temps où vous étiez joueur ?
Le débat autour du style est une question intemporelle. C’est quelque chose d’aussi ancien que le football lui-même. Je ne crois pas que ce débat soit né avec l’arrivée de Cruyff en Espagne ou avec les succès récents de la Roja. Le fait de réfléchir sur le meilleur modèle n’appartient à aucune époque précise, c’est quelque chose d’universel.

L’Espagne est la référence, aujourd’hui. Quelle était l’équipe référence quand vous étiez jeune ?
C’était différent. De mon temps, il y avait moins d’accès à l’information. On regardait moins la télévision, nous avions moins de journaux à notre disposition et Internet n’existait pas. À cette époque-là, les gamins avaient une approche plus locale du football. Ceci dit, s’il y avait une équipe que nous aimions tous, c’était le Brésil. Cette équipe pratiquait un football extraordinaire.

À quel type d’opposition vous attendez-vous pendant cette compétition ? Dans l'une de ses récentes interviews, Joachim Löw a dit que, pour battre la Roja, il fallait que l’Allemagne hisse son niveau de jeu au vôtre…
Les Allemands ont toujours été très élégants avec nous. Ce sont des personnes agréables qui ont la même vision du sport que nous. Pour le reste, je pense que ce sera aussi difficile qu’en Afrique du Sud. Les Pays-Bas, l’Angleterre, l’Italie, la France, le Portugal… Les grandes puissances vont avoir l’intention d’en finir avec nous. Il ne faut pas non plus oublier les Polonais et les Ukrainiens, qui jouent chez eux. Il faut être prudents. J’ai eu l’occasion de voyager dans beaucoup de pays et, c’est vrai, les gens sont très affectueux avec nous. Mais il faut rester humbles. Il faut qu’on évite de trop se vanter.

L’Espagne a l’opportunité d’être la première nation de l’Histoire à faire un triplé Euro-Mondial-Euro. La pression de pouvoir faire quelque chose que personne n’a jamais fait vous donne-t-elle le vertige ?
Je n’ai pas le vertige, non, mais c’est clair que ce n’est pas facile de réaliser ce triplé : ce n’est pas pour rien si personne ne l’a fait jusqu’ici. Aucune équipe n’a jamais réussi non plus à gagner la Champions League deux fois d’affilée (Del Bosque parle de la formule actuelle de la C1. Dans son ancienne mouture, la dernière équipe à avoir gagné la C1 deux fois de suite reste le Milan AC de Sacchi, en 1989 et 1990, ndlr). Cela montre juste la difficulté de gagner dans le sport de haut niveau.

Xavi a déclaré, avant d’arriver en Pologne, que la seule chose qui le préoccupait, c’était l’état de la pelouse…
C’est important que le terrain soit en parfaite condition pour que le ballon circule bien, afin que nous puissions développer notre meilleur football. Si la pelouse est humide, c’est parfait ! Moi aussi, je préférais ces conditions de jeu, lorsque j’étais footballeur.

En cas d’échec à l’Euro, vous pensez que la Roja devra faire évoluer son style de jeu ?

Je ne pense pas. On a une idée de jeu, un modèle défini dont nous avons nous-même hérité et qui ne va pas changer comme ça dans les années à venir. Quoi qu’il arrive pendant l’Euro, la grande majorité des choses qui se font aujourd’hui continueront à être faites dans le futur. Nous ne pouvons plus faire marche arrière.

Pensez-vous que cette sélection restera dans l’histoire du football ?
Je pense qu’on se rappellera de cette équipe principalement pour sa victoire lors du dernier Mondial. Sans victoires, il n’y pas de souvenirs.

En 2002, l’Argentine est arrivée au Mondial avec l’obligation de gagner pour oublier la crise économique qui frappait le pays à cette époque. Vous sentez-vous dans la même situation ?
C’est vrai qu’on peut donner de la joie aux gens, et que c’est quelque chose qui nous stimule, parce qu’on veut que les gens se sentent bien représentés. Mais au vu de la situation actuelle, ça va être dur de faire oublier la crise.

Propos recueillis par Cesar Sanchez / Panenka

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