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Del Bosque ne sort pas du bois

L'échec du Mondial a laissé des séquelles en Espagne. Toujours droit dans ses bottes, Vicente del Bosque n'a pourtant pas quitté le navire rouge. Une décision qui a suscité polémiques, critiques, mais aussi réponses par la parole et dans les faits de Vicente.

La manita est un terme à la mode en Espagne. Et le touriste néerlandais a la cote. En ce 13 juin 2014, des hordes de grands blonds, les têtes rougies par le soleil et la Mahou, vêtus de maillots orange, ont vociféré dans un Espagnol plus qu'approximatif leur amour de la manita. À Madrid, ou sur la côte méditerranéenne, le même raffut. Après avoir collé cinq buts à la Roja (5-1), les Oranje se sont assuré un parcours de demi-finalistes et ont plongé la sélection de Vicente del Bosque dans des doutes inextinguibles. Une défaite face au Chili (2-0) plus tard, les champions du monde en titre rentraient la queue entre les jambes à Madrid. Depuis une défaite en huitièmes de finale du Mondial 2006 face à la France, l'Espagne n'avait pas connu tel échec. Forcément, une partie des médias et de l'opinion publique s'est lancée dans une chasse aux sorcières. La faute à qui ? La faute à quoi ? Aux joueurs, avant tout. Mais également au sélectionneur. Une ambiance morose qui n'a pourtant pas contraint Vicente del Bosque à la démission. « Certains s'obstinent à ce que démissionnent toujours les mêmes » , martèle-t-il face aux critiques.

« Un Vicente acculé, mais pas coulé »


C'est à Salamanque, sa ville natale, que Vicente et sa moustache ont officialisé leur continuité sous la guérite de la Roja : « J'ai été en contact avec la Fédération durant ce temps de réflexion. Les six années antérieures ont prévalu face à deux mauvais matchs. La Fédération espagnole se trouve dans une période de renforcement. Elle a évalué mon travail. Nous sommes forts et nous allons poursuivre notre travail, comme toujours. » Sitôt ce discours prononcé le 17 juillet, les influents médias sportifs se sont empressés de débattre sur cette annonce. Tout a été passé en revue : sa relation avec le vestiaire, son idée du jeu pratiqué, sa possible fatigue mentale... Sondages maison à l'appui, Marca expliquait que « rien de moins que 68,58 % des internautes souhaitent que Del Bosque se retire et laisse la place à un nouvel entraîneur » . Du côté de la presse généraliste, même topo. L'éditorialiste d'ABC, Fernando Rojo écrivait ainsi : « Si Del Bosque n'est pas capable de réaliser cet acte de contrition et de faire le nécessaire pour s'amender, le meilleur pour lui et la sélection serait d'abandonner le poste. »

« Nous ne pouvons pas être si volatiles d'un jour à l'autre, se plaint Rafael Martín Vázquez, 38 sélections au compteur. Avant de commencer le Mondial, nous étions favoris et le sélectionneur était idéal. Après ce qu'il s'est passé, on ne peut pas dire qu'il ne vaut plus rien. Ça a été une bonne décision de le conserver. Le Mondial a été une désillusion pour tout le monde, pour les joueurs et le staff avant tout. Mais c'est du passé. Désormais, le futur c'est de se qualifier pour le prochain Euro. » Partir sur un cuisant échec n'était de toute manière pas du goût de Vicente. Face à un tel vent de critiques, acerbes ou plus édulcorées, il a décidé de contre-attaquer. Par voie de presse tout d'abord. Dans une interview délivrée à El Pais, le sélectionneur espagnol ne mâche pas ses mots : « Certaines critiques m'ont fait mal. Quelques-uns de vos collègues ont qualifié la défaite de misérable. Dans le sport, il n'y a pas de défaite avec un comportement misérable. Ça a été un désastre, nous avons mal joué, mais nous n'avons pas été misérables. "Climat irrespirable", a écrit un autre je ne sais qui. Quel climat irrespirable ? Nous avons un groupe magnifique. Hombre, quelqu'un peut tirer la tronche un jour, c'est inévitable, tous veulent jouer. » Du côté de ses collègues entraîneurs, tous ont répété qu'ils voyaient en « Del Bosque le meilleur sélectionneur possible » , dixit Guardiola.

Un Vicente plus emprisonné par le toque


Après la forme, le fond. Avec quatre néophytes – cinq si on y ajoute Carvajal – et une dizaine de joueurs de 25 ans ou moins, sa première liste post-Mondial annonce également un changement de ton. Plus que ces incorporations, les retraites internationales de Xavi et Xabi Alonso redessinent les contours de cette nouvelle Roja. « Il y a eu des départs et beaucoup de jeunes joueurs ont intégré la sélection. Ces jeunes sont presque tous passés par les catégories inférieures de la Roja, ajoute Luis Milla, ancien sélectionneur des Espoirs espagnols. Vicente va faire partager son savoir, son expérience. Car je suis radical : il ne faut pas changer la façon de jouer. Il faut continuer à travailler avec cette idée d'un football de passes, de mouvements, de possession. Renouveler une génération ne signifie pas renouveler le jeu. » La relève semble déjà prête (Koke, Carvajal...), et elle sera bien entourée (Ramos, Iniesta, Casillas...). Mieux, avec Raúl García, Iturraspe ou Paco Alcácer, les profils sont plus variés et la sélection ne se trouve plus emprisonnée dans le toque. Malgré ses 63 piges, Vicente n'est pas encore sorti du bois. Sa moustache non plus.

Par Robin Delorme, à Madrid
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