1. // Coupe du monde 2014
  2. // Groupe B
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Mémoires d'un éléphant

Gagner ne donne pas raison. Perdre ne donne pas tort. Vicente del Bosque en sait beaucoup trop sur les hommes pour se laisser aller à l'imprudence. L'Espagne s'en va. Et Del Bosque ?

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Il aurait pu disparaître et laisser ses joueurs recevoir leurs derniers vivats avant de rentrer chez eux. Il avait bien mérité qu'on le laisse à sa retraite, à son jardin, à ses petits-enfants. Il n'avait plus l'âge d'être le paratonnerre sous lequel les autres courent s'abriter quand le ciel s'obscurcit tout à coup et qu'au loin résonnent quelques détonations. Depuis le match contre la Hollande, il avait répondu à d'innombrables questions sur eux, sur cette élimination, cet incompréhensible fiasco deux ans à peine après avoir été sacré Champion d'Europe. Amortissant le choc de l'élimination, il répétait calmement et sans colère toujours les mêmes mots. « On ne peut pas toujours gagner » , assénait-il. À chaque fois qu'il s'expliquait, s'excusait, promettait qu'il était bien conscient de la désillusion, son visage devenait de plus en plus long et sa moustache de plus en plus grise. Conservant dans ses mailles fines la plus minuscule des particules de courroux, elle lui servait de filtre à colère et transformait la moindre des incompréhensions en réflexions flegmatiques sur le métier de footballeur. Cet homme n'avait « plus rien à prouver » , comme diraient les imbéciles, et avait bien gagné le droit à un peu d'égoïsme et d'inconséquence. Mais Del Bosque n'est pas un cambrioleur. Il n'a aucune raison de partir en courant.

L'heure de la retraite

D'ailleurs, il ne court plus depuis longtemps. À la fin de ce match contre l'Australie, ses pas semblaient encore plus lents qu'à l'habitude. Ses allures de vieil éléphant claudicant autour de son troupeau, s'accentuaient à mesure qu'il saluait un par un ses joueurs. Il ne leur disait rien mais s'assurait sans doute qu'aucun ne manquât à l'appel avant d'entamer leur retour au foyer. Comme un berger qui compte une à une ses brebis, il observait Reina, Mata, Ramos, saluant leurs adversaires du jour et disant au revoir à un public qui n'en revenait pas de tant de dignité. Comme ils avaient été des vainqueurs merveilleux, ils étaient des vaincus admirables. Comme la France en 2002 ou l'Italie en 2010, le tenant du titre quittait la compétition dès le premier tour. Mais cette fois-ci, il le faisait sans s'autodétruire et en donnant la leçon. Quand on perd comme cela, on ne perd pas vraiment. Il y a des grandes retraites qui valent mieux que des petites victoires.

Les larmes de Villa

Pour ce dernier match, il avait administré le temps en bon père de famille. Reina et Albiol joueraient enfin, Koke et Cazorla pourraient prendre le relais, Villa et Mata ne seraient pas venus pour rien. Quand à la 58e minute, il sortit David Villa pour donner un peu temps à Juan Mata, l'attaquant asturien et meilleur buteur de la sélection espagnole vit son monde s'effondrer. Tête basse et dos courbé, il traversa tout le terrain sous les tapes amicales de ses coéquipiers, qui semblaient comprendre son désarroi. Arrivé au bord du banc de touche, il s'effondra sous les yeux du monde sans une seule pensée pour Xavi, pour Puyol, pour Aragonés, pour Raúl, pour Hierro, pour Guardiola, pour tous ces gens qui avaient marqué moins de buts que lui mais avaient quitté cette équipe sans un seul gramme d'ingratitude. Vicente regarda ailleurs, l'impudeur de Villa dût le troubler pour son manque d'à propos et son irrespect à l'égard de tous ceux qui avaient su quitter la scène dignement. Il pensa à Marcos Senna, meilleur joueur de l'Euro 2008 mais qu'il avait fallu écarter pour méforme juste avant le Mondial sud-africain. Villa n'avait pas beaucoup joué cette saison à l'Atlético et partait pour la MLS. Il aurait pu s'estimer heureux de partir au Brésil avec les autres. « Je ne savais pas que c'était son dernier match avec la Roja » fit Del Bosque à la fin. Non, il ne le savait pas. Parce que Villa ne lui avait pas dit. Quand on est un homme, on parle haut et on pleure en silence.

Ce qu'embrasser veut dire

Au bord du terrain, l'éléphant s'approcha alors de son plus cher héritier, celui qui ne disait jamais rien mais qui était toujours là. Dans cette manière d'être déjà un peu chauve, de ne jamais trop en dire et de se tenir droit quand on lui parle, il y a quelque chose de la moustache de Del Bosque sur le visage d'Andrés Iniesta. Pour une fois, oui, Del Bosque fut injuste et donna un tout petit plus d'amour que les autres à l'un de sa meute. De ceux qui ne parlent pas beaucoup et dont la qualité la plus admirable consiste en l'aptitude à la retenue plutôt qu'en l'expansion, il faut savoir interpréter le moindre des gestes. Iniesta s'approcha de son chef pour lui tendre la main, Del Bosque l'attrapa et lui colla sa tête contre son poitrail de géant. Vicente pencha légèrement la joue contre le gamin de Fuentealvilla et le serra contre lui quelques secondes en posant la main sur son crâne. Dans cet abrazo sur une pelouse brésilienne, on ne sait pas qui tient l'autre, on se demande même si tous les deux ne vont pas tomber. Iniesta lâcha Del Bosque. Pudiquement, le sélectionneur tourna les yeux hors-champ pour que ne devine pas l'émotion qu'il peinait à dissimuler. Adieu ou à bientôt ? En Espagne, on se demande comment interpréter ce geste inhabituel chez le timide Del Bosque. Le petit Andrés au visage pâle donna la réponse : « C'était un abrazo de respect » . Oui, c'est ça, de respect.

Par Thibaud Leplat
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ohundnisursofoot Niveau : CFA2
Encore un joli texte. Quoiqu'il est dommage de vilipender Villa, puisque ceux qui ont quitté la sélection avant lui l'avaient quitté en phase gagnante. Lui la quitte en phase de déroute, ce n'est pas la même chose.

Et si VDB voulait qu'il ait une réaction d'homme, fallait mettre un homme sur le terrain, et pas Costa / Torres.
Oui, encore un joli texte de Leplat.

Même si je n'en partage pas la thèse (et donc l'émotion) : "Les espagnols partent avec les honneurs". "On ne peut pas gagner à chaque fois".

Non. L'Espagne s'est fait ridiculiser. Perdre dignement, ce n'est pas ça. Perdre, c'est se battre avec ses propres armes. Là, l'Espagne semble s'être suicidée en changeant dans la précipitation une tactique gagnante. En ne donnant pas le relais à une autre génération de joueurs talentueuse.

Toutes des erreurs parfaitement prévisibles et commises par Don Vicente.
PhoenixLite Niveau : Loisir
Le passage sur Villa est honteux.
le mec a tout donné pour représenter son pays dans son domaine, est meilleur buteur de l'histoire de sa sélection et on lui refuse le droit de pleurer à sa sortie de son dernier match?

Dans quel monde vivez-vous, M. Leplat pour ne pas accepter qu'un homme soit ému et l'extériorise ? Faut en avoir rien à branler de son pays, de ses propres accomplissements et de la fin d'une tranche de vie pour être un vrai bonhomme ?
J'aimerais bien vous y voir pour savoir si vous sauriez vous aussi "parler haut et pleurer en silence".

C'est bien écrit mais c'est puant comme discours.
C'est très bien écrit comme d'habitude mais le passage sur Villa me chiffonne un peu.

Qu'on lui reproche de ne pas avoir dit à Del Bosque que c'était sa dernière rencontre avec la Roja, d'accord, mais lui reprocher de craquer sur le banc ? Après une dernière compétition internationale totalement ratée qui scelle le début de sa pré-retraite loin de son Espagne chérie ?
LaPaillade91 Niveau : Loisir
J'ai aimé la majeure partie de l'article.

J'ai une incompréhension totale du paragraphe sur Villa.

On le voit pleurer à la TV donc ce n'est pas un homme ?

Continuez à écrire, M.Leplat, c'est intéressant, mais gardez vos interprétations (ingratitude) pour vous, c'est un autre métier de comprendre les réactions émotionnelles.
curtisjackson23
Message posté par PhoenixLite
Le passage sur Villa est honteux.
le mec a tout donné pour représenter son pays dans son domaine, est meilleur buteur de l'histoire de sa sélection et on lui refuse le droit de pleurer à sa sortie de son dernier match?

Dans quel monde vivez-vous, M. Leplat pour ne pas accepter qu'un homme soit ému et l'extériorise ? Faut en avoir rien à branler de son pays, de ses propres accomplissements et de la fin d'une tranche de vie pour être un vrai bonhomme ?
J'aimerais bien vous y voir pour savoir si vous sauriez vous aussi "parler haut et pleurer en silence".

C'est bien écrit mais c'est puant comme discours.




Merci j allais ecrire la meme chose puis j ai vu ton commentaire

Honteux de reprocher a un joueur loyal une emotion patriotique

L auteur est a 2 doigts de lui cracher dessus...Honteux Leplat, vous etes bien descendu dans mon estime
Une phrase suffit à faire de ce magnifique article un torchon et c'est dommage... "l'impudeur de Villa dût le troubler pour son manque d'à propos et son irrespect à l'égard de tous ceux qui avaient su quitté la scène dignement"

Ou est le manque de respect de se rendre compte du chemin accompli pour son pays et son unité?
Ou est le manque de respect de réaliser son désespoir de ne plus pouvoir représenter son équipe nationale?
Ou est le manque de respect de ne plus avoir le frisson que l'on a probablement en ùarquant pour sa sélection nationale?


Villa est probablement un des joueurs qui mérite le plus les respect dans cette sélection, lui qui a traversé pas mal d'époques sans que l'on voit en lui la star de l'équipe (barré par Raul, puis Torrès, puis Costa quasiment), mais qui n'a jamais rien dit, et a toujours profité de son temps de jeu pour marquer des buts et l'histoire du foot espagnol.

Le seul joueur que ça m'a fait mal de voir perdre.
Juventus Veneto Niveau : District
Je pense que vous interprétez mal le passage sur Villa. L'auteur ironise quand il parle de Del Bosque et d'"irrespect". Pareil, quand il dit "il aurait pu s'estimer heureux", il est ironique et essaie d'imaginer ce que Del Bosque pourrait penser, en exagérant. D'ailleurs il finit par dire que Villa est un homme, puisque ne rien dire à Del Bosque quant à une retraite internationale, c'est effectivement "pleurer en silence".

enfin moi je vois ça plutôt comme un hommage à un joueur qui aura finalement connu un destin plutôt ingrat comparé au nombre de buts qu'il a marqué pour cette sélection
Villa n'a justement pas voulu faire la pleureuse en disant "Bon, Vincent, c'est mon dernier match. Tu m'fais joué steuplé steuplé steuplé?". Qu'il sorte ému après 1h de jeu pour son dernier match n'a rien de choquant. Que du contraire. Et Del Bosque aurait bien mieux fait de lui laisser plus de temps de jeu lors de cette coupe du monde (Ouais, je sais, facile à dire après)
Moi j'ai aimé l'article,
Je fais un peu le rapprochement de l'équipe de foot a celle d'une famille style parrain, on on doit se battre avec dignité, bien sûr c'est les armes qui changent.
A ce jeu-là, je suis d'accord avec leplat sur le fait que villa ne doit pas pleurer en publique (l'ennemi), pas devant VDB, sinon ça va aggraver encore plus l'échec du parrain si ses protégés ne tiennent pas le coup
Vu sous cet angle, on accepte mieux la critique de leplat 
Moi j'ai adoré l'article, comme presque tous ses articles
Message posté par Juventus Veneto
Je pense que vous interprétez mal le passage sur Villa. L'auteur ironise quand il parle de Del Bosque et d'"irrespect". Pareil, quand il dit "il aurait pu s'estimer heureux", il est ironique et essaie d'imaginer ce que Del Bosque pourrait penser, en exagérant. D'ailleurs il finit par dire que Villa est un homme, puisque ne rien dire à Del Bosque quant à une retraite internationale, c'est effectivement "pleurer en silence".

enfin moi je vois ça plutôt comme un hommage à un joueur qui aura finalement connu un destin plutôt ingrat comparé au nombre de buts qu'il a marqué pour cette sélection


complètement d'accord
M. Leplat, votre paragraphe sur Villa risque d'en choquer plus d'un ici. Je suis le premier à avoir été très touché par les larmes de Villa, au contraire, je trouve ça beau un homme qui laisse parler sa tristesse, dans un monde actuel où le sexe masculin ne doit jamais montrer au grand jour ses moments de tristesse et de solitude.

Vous n'aimez peut-être pas Villa, ok, mais essayez de rester neutre et impartial, c'est un très grand joueur qui prend sa retraite internationale, l'Espagne lui doit beaucoup.
Bald&bearded Niveau : CFA2
Une chose est sûre, l'article prête à interprétation mais ne laisse pas indifférent. Enfin vous ne me ferez pas regretter les espagnols et leur jeu soporifique.
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