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Définitivement Pogba !

Parce que Didier Deschamps et l’opinion publique ont les yeux qui collent, Paul Pogba (vingt-trois ans, quarante et une sélections) est menacé de sauter du onze pour le match de lundi aux Pays-Bas. Une folie de plus dans l’histoire des Bleus.

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Pourquoi mentir ? Si le Ballon d’or devait être décerné demain et qu’il n’y avait pour candidats que Paul Pogba et Mevlüt Erdinç, le Mancunien n’en mènerait pas large. Fort heureusement, le colossal début de saison du Turc ne dépasse pas la confidence des frontières mosellanes et, de manière encore plus réelle, Cristiano Ronaldo a pré-commandé cet été sa quatrième babiole à la quincaillerie du coin. Débarrassé de la pression de la distinction personnelle, Pogba devrait être un homme libre et heureux, mais son début de saison est pourri par deux choses : un rendement contestable et des critiques démesurées, à la hauteur du fantasme que le double P suscite et incarne. Est-il responsable de tout ? Didier Deschamps a-t-il compris quel joueur il avait à sa disposition ? Est-ce bien raisonnable de disséquer chacune de ses foulées ? Trois fois non.

Six de chute


Il n’y avait pas besoin d’être une groupie de Paul Pogba pour lui distribuer des bons points, vendredi soir, après la promenade des Bleus face à la Bulgarie. Après tout, l’ancien Havrais a beau avoir perdu plus de ballons que tous les autres, il n’a surtout jamais été bousculé par qui que ce soit. Dans une victoire 4-1, c’est ce que la raison devrait retenir. Mais quand on vaut 120 millions d’euros, qu’on a plus de figures géométriques sur le crâne qu’un collégien n’en a dans son cahier de mathématiques et qu’on joue pour un pays amoureux des débats en bois, cela ne suffit pas. Paraît, donc, que le joueur français le plus fluorescent de l’époque n’en montre pas assez. Qu’il en garde sous la semelle, ce qui est un petit péché quand on connaît la relation fusionnelle qu’il entretient avec cette surface de la chaussure.


Dans le 4-2-3-1 dessiné par Deschamps au stade de France, fallait-il pourtant s’attendre à autre chose qu’à une version décorative de Pogba ? Que la médecine le veuille ou non, les joueurs qui ont le plus pris la lumière vendredi sont les deux enfants de la Lune de l’Atlético de Madrid. Rien de scandaleux. En prenant sur soi, on peut même accepter le fait que deux joueurs de West Ham et de Tottenham alignés dans les couloirs aient été plus utiles offensivement. Difficile, en revanche, de digérer les séquences où Blaise Matuidi gambade un peu partout, un peu n’importe où, car la seule conséquence de cette liberté est que Pogba, trop soucieux de l’équilibre de l’équipe, se voit alors cantonné à un rôle de n°6 qui n’a jamais été son mug de thé. Oui, il a pris le n°6 à Manchester et, pour le bien de sa comm’, a même accepté de faire semblant d’adorer ce chiffre. Il ne faut néanmoins pas y voir les mêmes intentions que l’acquisition du n°10 à la Juve un an plus tôt, qui était moins un caprice numérologique qu’une manière de rappeler à Allegri qu’il avait les épaules assez larges pour détenir les clés du jeu de la Vieille Dame. Son vœu avait été exaucé et il n’y avait pas matière à s’en plaindre.


Du côté d’Old Trafford, Mourinho semble avoir déjà assimilé le fait que Pogba est trop diplômé pour n’être qu’un ouvrier spectateur de ces deux architectes aux inspirations contestables que sont Fellaini et Rooney. Alors il a déplacé les pièces de son puzzle et vu le Français réaliser son meilleur match (et marquer son premier but) avec MU face à Leicester (4-1) dans un 4-2-3-1 dans lequel il s’est épanoui en grande partie parce qu’Ander Herrera avait passé 90 minutes les mains dans le cambouis.

Libérez la Pioche !


Résumons : trop technique pour être un vulgaire bosseur de l’ombre ; trop taillé comme une armoire pour ne jouer qu’avec ses pieds de pianiste ; trop unique en son genre pour être un quelconque box-to-box. Paul Pogba est la grande maladie du mandat de Didier Deschamps, qui ne voit pour l’heure en lui qu’un Mathieu Berson comme un autre. Il n’y a pas de problème Paul Pogba. Mais que ceux qui en voient tout de même un se rassurent : pour que la Pioche suscite autant de frustration à vingt-trois ans, c’est bien qu’elle a déjà étalé suffisamment de qualités pour que l’on devine que l’avenir de la sélection doit s’articuler autour d’elle. Au-delà des dimensions athlétique et technique, Pogba trimbale un charisme qui ne doit plus seulement servir les intérêts d’Adidas. Pour que les Bleus profitent de ce cadeau de la nature, encore faut-il que Didier Méchant rende à sa merveille la liberté qu’elle mérite. Cela passe par l’aligner aux côtés d’un mec qui sait défendre en silence et celui-là ressemble plus à N’Golo Kanté qu’à Blaise Matuidi. Empiler les joueurs qui « cassent les lignes » ne sert à rien. Ce dont la France a besoin, c’est d’un joueur qui casse tout.

Par Matthieu Pécot
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