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  3. // Beşiktaş-RB Leipzig (2-0)

Décibels et tais-toi

Le public a aussi son mot à dire. Surtout quand il le fait très très fort et qu’il supporte le Beşiktaş. Et ça, Timo Werner le sait bien depuis la semaine dernière. Pris de vertiges à cause du bruit des tribunes, l’attaquant du RB Leipzig a dû sortir prématurément du terrain. Une réaction extrême qui pose question et mérite une consultation auprès de spécialistes.

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Il s’était certainement préparé à éviter les coups de semelle de Pepe et de Gary Medel, mais n’a pas vu venir le tacle aux tympans infligé par le douzième homme du Beşiktaş. Au bout de quelques minutes, Timo Werner demande au staff médical des bouchons d’oreilles, qui se révéleront finalement inutiles puisque le buteur allemand sera contraint de quitter le terrain dès la 32e minute de jeu. Sous la bronca du public du Vodaphone Park, bien évidemment. « Je n'avais jamais vu une telle atmosphère. Je ne pouvais pas me concentrer sur le match. Je ne me sens toujours pas bien  » , suffoquait l’attaquant international après la rencontre. Abandonner une partie de Ligue des champions pour une raison aussi futile est certes inédit, mais pas incompréhensible si l’on se fie au docteur Michel Kossowski. « Pour des sons qui ne dépassent pas 100 ou 110 décibels, en principe, on n’a pas de vertiges, prévient l’ORL. En revanche, quand les sons sont plus forts, on peut potentiellement avoir une atteinte de l’un des compartiments de l’oreille interne qui entraîne alors ces vertiges. »

Le mur du son


L’international allemand n’était pourtant pas seul sur la pelouse. Et si son entraîneur a reconnu que l’ensemble de l’équipe avait été submergée par le bruit assourdissant, il est le seul à en avoir ressenti des troubles physiques. Alors Werner, une petite nature ? Pas d’après le Dr Kossowski, pour qui la réaction isolée du joueur de 21 ans a pu être causée par une malformation de l’oreille interne. « Ce sont des phénomènes pressionnels qui se passent dans l’oreille, explique le spécialiste des vertiges et des troubles de l’équilibre. Certaines personnes souffrent de déhiscences, des anomalies au niveau de l’oreille interne. Et lors d’une trop grande exposition au bruit, ils sont pris de vertiges. Et même sans anomalie de l’oreille interne, ce joueur souffre probablement d’hyperacousie, qui est une hypersensibilité au bruit et qui peut conduire certaines personnes jusqu’au stade du malaise. » Une faiblesse individuelle qui a été fatale à Timo Werner au moment de faire face au Çarşı, le kop stambouliote réputé pour être un des plus bruyants d’Europe et pour qui assourdir l’adversaire est un vrai folklore.


« Il y a une coutume là-bas au moment de l’engagement : ils comptent jusqu’à 3, puis silence dans le stade pendant trente secondes et là ça explose. Ils chantent pendant cinq minutes non stop, témoigne Édouard Cissé, joueur des Aigles noirs de 2007 à 2009. Et pour peu qu’il y ait un but pendant ces cinq minutes, c’est fini, tu ne les arrêtes plus. » Une pression de dingue que n’a pas su négocier le RB Leipzig, qui effectuait le premier déplacement de son histoire européenne. Et un dépucelage au Beşiktaş n’est clairement pas un cadeau : ses supporters avaient établi un record mondial de nuisance sonore le 11 mai 2013, dans l’ancien stade İnönü lors d’un match de Süper Lig face au Gençlerbirliği, avec 141 décibels au compteur. Dix de plus que ceux ressentis à quelques mètres d’un réacteur d’avion, alors que le seuil de douleur est communément admis à 120 dB et que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a fixé le seuil de risque à 85 dB. Sans contestation, les Turcs savent faire péter les watts.


Les tympans de Steven Gerrard s'en souviennent


Un boucan d’enfer qui touche habituellement plus les esprits des adversaires qu’il ne laisse de stigmates physiques. « Les joueurs sont assez loin des supporters et sont donc assez loin des sources de bruit qui pourraient éventuellement être traumatisantes, rassure Dr Kossowski. Si à la source, le bruit est de 120 dB, il reste à 90 dB quand il arrive sur la pelouse. Être exposé 90 minutes à 90 dB ne présente pas de risque sur le long terme. En revanche à court terme, vous pouvez ressortir de là avec des bourdonnements d’oreilles ou des sensations d’oreilles bouchées » , précise-t-il. Rien de bien méchant, donc. Mais une fois la partie finie, les hôtes du soir ne se remettent pas de la ferveur stambouliote, même ceux gâtés par l’ambiance dans leur propre stade. « Je me souviens d’un match de Ligue des champions face à Liverpool, où Steven Gerrard m’avait dit qu’il trouvait l’ambiance ahurissante alors qu’il était habitué à Anfield » , raconte Édouard Cissé. Ce soir-là, les Aigles noirs avaient remporté le match 2-1, alors que deux semaines plus tard, les Turcs repartaient du Merseyside avec un 8-0 dans les valises.


Preuve supplémentaire de l’importance d’un public qui sait pousser la voix. « Si tu crois aux énergies positives, eh bien l’expression de douzième homme prend tout son sens, ça te donne des ailes, s’enthousiasme Cissé, qui sait aussi ce qu’est de jouer à Louis-II. Au contraire, quand tu es l’équipe adverse et que tu n’es pas bien en place, tu dois communiquer pour te remettre à l’endroit. Et quand le mec à côté de toi ne pige pas un mot de ce que tu dis, ça joue énormément et tu es obligé d’attendre la mi-temps pour faire les ajustements. Souvent, c’est déjà trop tard. » Des propos confirmés par le Dr Kossowski, qui reconnaît que « sans avoir d’impact sur le cerveau en tant que tel, ce bruit joue sur la vigilance, la concentration, la précision et indirectement sur la communication » .

Red Boules Quiès


Le coach du RB Leipzig ne contredira ni le spécialiste ni l’ancien milieu de terrain. L’entraîneur allemand déplorait ainsi après son passage au Vodafone Park que l’ensemble du collectif avait été gêné par la bande-son de la soirée. « C'est impossible de préparer votre équipe à une atmosphère comme ça. Il y avait un bruit étourdissant et au début du match, nous avons été un peu affectés » , soupirait Ralph Hasenhüttl à la fin de la rencontre. Selon l’oto-rhino-laryngologiste, il n’y a en effet aucune manière de préparer ses oreilles à une tel vacarme. « Il n’y a pas grand-chose à faire, vous pouvez vous protéger avec des bouchons, mais ça ne facilite pas la communication non plus. Il n’y a pas de techniques à part travailler sa respiration et son mental pour faire abstraction. » Une piste à creuser pour les Monégasques, qui pourront profiter de la quiétude du Rocher pour effectuer leurs exercices de yoga (17 octobre) avant un déplacement à Istanbul (1er novembre) qui s’annonce tout aussi sonore.

Par Maeva Alliche et Mathieu Rollinger Propos d'Édouard Cissé et Michel Kossowski recueillis par MA et MR
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