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De Rossi, à trop jouer des coudes…

Expulsé face à la Lazio pour une tarte dans le visage de Mauri, Daniele De Rossi n’a pas été convoqué par Cesare Prandelli pour le match contre la France. Or, ce n’est pas la première fois que cela arrive. Un Daniele qui aurait trop de pression sur les épaules ?

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Que s’est-il donc passé dans la tête de Daniele De Rossi, dimanche, aux alentours de 15h55 ? Son équipe de la Roma est menée 2-1 dans le derby romain. Juste avant la mi-temps, Francesco Totti s’apprête à tirer un coup franc. Avant même que le ballon n’arrive dans la surface, l’arbitre siffle, déboule vers les joueurs et dégaine un carton rouge pour Daniele De Rossi. Le joueur s’éloigne, en gueulant « toujours, toujours » , mais sans broncher. Le ralenti ne laisse aucun doute : le « Capitan Futuro » de la Roma, à la lutte avec Mauri, craque et lui fout deux tartes dans le visage. Quelques instants plus tard, dans les vestiaires, le joueur attend Mauri et s’excuse immédiatement pour son geste. Honorable, mais le mal est fait. Or, avec De Rossi, on a un peu une impression de déjà vu. Au cours de sa carrière, le milieu de terrain de la Louve a reçu 7 cartons rouges, tous sortis directement. Et ce n’est évidemment pas la première fois qu’il est exclu pour un geste violent. Celui-ci peut toutefois avoir une explication. Peut-être est-ce parce que, depuis de nombreuses semaines, on parle d’un éventuel départ à Manchester City ou au PSG. Peut-être parce que, lors des derniers matchs de championnat, il a parfois été relégué sur le banc par Zeman. Peut-être parce que la pression est trop grande sur ses épaules.

McBride, Srna et Bentivoglio

Impossible d’oublier le Mondial 2006. De Rossi a 23 ans et participe à la Coupe du monde en Allemagne en tant que titulaire. Deuxième match de poule face aux USA. Le joueur, qui n’avait pas encore de barbe, à l’époque, décoche un coup de coude sur le visage de l’Américain McBride. Expulsion directe. Un geste qui va lui coller à la peau, malgré les remords immédiats du joueur. « Lorsque j’ai revu les images, je n’ai pas cru que c’est moi qui avais fait ça. Il n’y a pas d’explication valable. C’est arrivé. Je ne voulais pas lui faire mal, je ne voulais pas le faire saigner autant, je ne voulais pas faire un geste aussi moche » , raconte-t-il dans le reportage Sfide. Un geste incontrôlé digne de Docteur Jekyll et Mr Hyde ? Presque. À ce moment-là, même le sectionneur national, Marcello Lippi, explique déjà que De Rossi doit changer ce genre de comportements, sous peine de compromettre sa carrière. Alors, De Rossi apprend. Lors des années suivantes, il va s’assagir, et transformer cette agressivité en grinta. Il devient le pilier de l’AS Roma, le titulaire indiscutable du milieu de terrain, et l’un des meilleurs joueurs au monde à son poste.

Mais à un moment donné, toujours, les vieux démons refont surface. Et quasiment toujours de la même façon. Le 8 mars 2011, il décoche un énorme coup de coude dans le nez de Darijo Srna, lors d’un Shakhtar Donetsk-AS Roma en Ligue des champions. Sur le coup, l’arbitre ne voit rien, mais le joueur sera puni de trois matchs de suspension par la Commission de Discipline. Un geste qui entraîne même Cesare Prandelli, nouveau sélectionneur italien, à ne pas le sélectionner pour un match de qualification à l’Euro 2012 face à la Slovénie. « Je tiens beaucoup au code éthique. En faisant ces choix, qui peuvent même pénaliser l'équipe, je souhaite montrer à mes joueurs que les valeurs morales sont aussi importantes que les valeurs techniques » , témoigne le coach. Pas calmé pour autant, le joueur récidive quelques semaines plus tard, le 1er mai 2011, en mettant à nouveau un coup de coude dans la gueule de Simone Bentivoglio, joueur de Bari. Cette fois-ci, l’arbitre voit et sort le rouge. Même choix de Prandelli, qui le laisse à la maison pour la rencontre contre l'Estonie. De Rossi s’excuse encore. Il se présente même devant les caméras pour affirmer qu’il ne donnera plus jamais ce genre de coups. Il se calme à nouveau. Jusqu’à cette maudite 47e minute du derby de dimanche, où le vice a repris le dessus.

Pas touche à De Rossi


Lorsque De Rossi est sorti du terrain, dimanche, beaucoup de tifosi se sont posé la question : et s’il s’agissait là du dernier derby de Danielino ? Depuis plus d’un an, à chaque session de mercato, on évoque son départ. L’an dernier, la question de la prolongation de son contrat a agité les gazettes pendant des mois et des mois. Cet été, Manchester City semblait prêt à sortir une grosse somme pour le faire venir. Mais le natif de Rome a à nouveau fait parler son cœur. Il reste. Mais avec Zeman, le début de saison est compliqué. Pour le coach tchèque, il n’y a pas de hiérarchie qui tienne. Tout De Rossi qu’il soit, Daniele se doit de bosser à l’entraînement. Ainsi, pour un match face à l’Atalanta (remporté 1-0), le double Z laisse le joueur sur le banc, en justifiant que « ce qui compte, c’est l’implication lors des entraînements pendant la semaine » . Il n’en faut pas plus pour relancer des rumeurs de départ, alimentées par les appels du pied répétés de certains joueurs du PSG. Le pétage de câble contre la Lazio pourrait être le nouveau symbole de la fin d’un cycle pour le joueur. Même les tifosi, qui défendent bec et ongle leur chouchou (une banderole « Sabatini, Zeman : pas touche à DDR » a été exposé à Trigoria), commencent à avoir du mal à pardonner chaque écart.

Au-delà, encore, de la question d’un éventuel départ, se pose celle du pourquoi. Pourquoi De Rossi, joueur tellement talentueux, n’arrive-t-il pas à se contrôler ? A 23 ans, on pouvait éventuellement mettre ça sur le compte du manque d’expérience. À 29 ans, et avec 479 matchs disputés toutes compétitions confondues, non. Alors, quelle est l’explication de gestes inexplicables pour un joueur de sa trempe ? Est-ce dû à la pression qui repose depuis le début de sa carrière sur ses épaules ? La pression de devoir représenter l’âme de cette équipe, et d'en être le capitaine désigné pour l’avenir, au même titre que Francesco Totti ? Peut-être. Car paradoxalement, tout le monde s’accorde à dire que De Rossi n’est pas un mauvais garçon. « C’est une bonne personne, il est clean » , a même affirmé le président de la Lazio, Claudio Lotito, après le derby. Même son de cloche chez Franco Baldini, le directeur général de la Roma, qui met ça sur le compte de la nervosité. « Le trop plein d’envie d’avoir une influence sur le match l’a rendu nerveux » , assure-t-il. Quelle que soit la véritable raison de ce geste insensé, De Rossi va désormais devoir purger trois matchs de suspension, qui vont lui faire rater une bonne partie des matchs de la fin d'année 2012. En attendant, il regardera le Italie-France de demain soir sur son canapé. De quoi réfléchir un peu à son avenir et à ses gestes. Encore.

Eric Maggiori
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