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De la vulgarité de la mythologie footballistique

Mardi dernier, le quart de finale aller de Ligue des champions opposant le FC Barcelone à l’Atlético de Madrid avait tout pour offrir un match de football d’une rare qualité. Mais la matrice a semblé paniquer et a créé l’épisode de l’expulsion de Fernando Torres. Se réduisant à l’éternel combat du Bien contre le Mal, l’attaque contre la défense, le jeu si prometteur est redevenu une opposition sans nuance. Une fois de plus, le football s’est tiré une balle dans le pied.

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Le soir d’une autre « situation étrange » , dans le vestiaire du Vélodrome, Marcelo Bielsa avait ainsi harangué ses joueurs : « C’est très difficile d’accepter l’injustice, les garçons. Mais écoutez bien ce que je vais vous dire. Si vous jouez comme vous avez joué aujourd’hui, d’ici à la fin du championnat, vous aurez la récompense que vous méritez. Rien ne pourra vous calmer maintenant, parce que vous vous êtes tués pour ce match et vous n’avez pas obtenu ce que vous méritiez. Acceptez l’injustice, parce que tout finit par s’équilibrer. Même si cela vous semble impossible, ne réclamez rien. Avalez le venin, cela vous rendra plus forts. Je vous félicite tous. »
« Je suis en train d’essayer de réfléchir le plus possible pour ne pas dire ce que j’ai envie de dire. »Diego Simeone après le match
Comme Bielsa il y a un an, Diego Simeone a dû certainement se creuser la tête pour réussir à expliquer à ses joueurs le destin de ce quart de finale aller mardi dernier : difficile d’expliquer à chaud un tel sort, au regard du potentiel collectif de ses joueurs et de l’erreur individuelle de Torres. En conférence de presse, Simeone a même avalé le venin : « Je suis en train d’essayer de réfléchir le plus possible pour ne pas dire ce que j’ai envie de dire. »


Sur Torres ? Sur l’arbitre ? Sur Busquets ou Suárez ? Peu importe, finalement : une fois dans le silence du vestiaire, après maintes réflexions et hésitations, le Cholo s’est certainement retrouvé enfermé par le manque de temps et l’énigme capricieuse du destin du jeu, pour finir sur un probable « les garçons, c’est le football » . Un destin parfois cruel pour les uns et bienveillant pour les autres, mais souvent négatif pour le jeu. Mardi dernier, le football – personnifié par les passions impulsives de Torres, Busquets et Dr Brych – a une fois de plus joué comme s’il ne voulait pas avancer. Ce duel aurait pu devenir le match de l’année. Mais le jeu et ses mécanismes se sont rattachés à ce qu’ils connaissent déjà, ce qui a fait ce qu’il est devenu, ce qu’il pense peut-être être devenu pour toujours, à savoir un jeu fou, passionnel, aussi créateur que destructeur, expert de la mise en scène du Bien contre le Mal. Une pauvre dichotomie.

Action et réaction


À la 35e minute, alors que Fernando Torres s’élance pour une énième séance intensive de pressing entre les pieds de Piqué, Busquets et Mascherano, l’Atlético mène 1-0 au Camp Nou. Torres a marqué le précieux but sur une action aux formes voluptueuses imaginée par Koke.
L’Atlético est la meilleure défense du monde, mais pas que. Le Barça en est la meilleure attaque, et beaucoup plus.
Le match, à ce moment-là, a encore du relief. Il est fait de douces pentes et d’accélérations vibrantes, de sorties de balle intelligentes de l’Atlético et d’offensives fulgurantes du Barça. Le spectacle est alors surtout fait de nuances, et le duel est intéressant parce qu’il est complexe. L’Atlético est la meilleure défense du monde, mais pas que. Le Barça en est la meilleure attaque, et beaucoup plus. Les deux formations regroupent d’ailleurs elles-mêmes ce tissu footballistique si dense. Derrière le trio de ses superstars sud-américaines, le Barça affiche aussi fièrement ses mauvais garçons – Busquets, Masche, Alba et Alves.
Côté madrilène, Koke défend comme Mascherano et attaque comme Iniesta. Godín mêle science cérébrale et grinta transpirante. Torres joue comme un jeune dans le corps d’un vieux. Griezmann est tout petit et pourtant immense. Lucas Hernandez déballe le verbe de Kevin Garnett, alors qu’il est titulaire pour la première fois en Ligue des champions. Et la rencontre est rythmée et profondément captivante : le schéma du Cholo tente alors de prendre le meilleur sur celui de Luis Enrique, et Griezmann frôle même le 0-2 sur une passe de Torres, mais le Barça s’est déjà créé plusieurs occasions, et chaque accélération d’Iniesta laisse l’Europe bouche bée. Seulement, l’extraordinaire ne tient pas longtemps. À la 35e minute, le scénario du match – ce coupable anonyme – panique et commet l’irréparable. Torres est expulsé. Alors qu’il était jusque-là créateur d’actions, ce scénario n’agira ensuite que par réaction, enfermant ainsi son intrigue dans la pauvreté de ses réflexes.

Vulgarisation et passion


Il faut dire que cette mythologie du Bien contre le Mal est une recette à succès, et ce, depuis toujours. Parce que les règles, d’abord : un arbitre aux attributions toutes-puissantes et au jugement tout-humain. Parce que la vulgarisation du jeu, ensuite. Les « virtuoses » offensifs du Real Madrid de l’après-guerre ont été arrêtés par les « diables » défensifs de l’Inter des années 1960.
Le football en France a eu besoin des poteaux carrés de 1976 et de Séville 1982 pour devenir le football des Français.
Les gentils Hollandais ont ensuite repoussé les méchants Italiens, avant de se faire à leur tour écarter par les méchants Allemands. Et ainsi de suite. Parfois, et même certainement souvent, cette mythologie footballistique a permis la vulgarisation du jeu et donc sa démocratisation, permettant identification et passion. Le football en France a eu besoin des poteaux carrés de 1976 et de Séville 1982 pour devenir le football des Français.


La compréhension extensive du jeu, si complexe, a besoin d’un cadre et d’une grille de lecture pour toucher le plus grand nombre. Avec le temps, il serait sage d’espérer que cette grille s’étoffe, se sophistique, se cultive. C’est le sens de l’histoire. Mais ce type d’épisodes – celui de la 35e minute – semble essayer de nous démontrer le contraire, même à ce niveau de sophistication du jeu. Mardi dernier, le football s’est laissé emporter par ses excès passionnels, symbolisés par la course de Torres, la réaction de Busquets, puis le jugement de Dr Brych. Cet Atlético si versatile a dû se résoudre à redevenir la meilleure défense du monde, ce Barça si rapide a dû se limiter à jouer sur trente mètres, et c’est bien le jeu qui a fini par perdre. Comme trop souvent.

Football et cinéma


Mais heureusement, ce football à ras de terre sait aussi se projeter dans les nuages de l’imagination. De manière basique, il a développé le réflexe de toujours savoir se projeter dans le prochain match, de relever la tête.
« J’imagine déjà le Calderón prêt à exploser et à chanter durant toute la rencontre. »Diego Simeone
Diego Simeone l’a mentionné en conférence de presse avant de quitter le Camp Nou : « J’imagine déjà le Calderón prêt à exploser et à chanter durant toute la rencontre » , avant d’ajouter que « le retour sera joli si nous réussissons tous à l’interpréter » . Alors que le jeu n’en finit plus de nous dérouter, c’est ainsi que le verbe du Cholo nous guide vers l’enseignement principal de ce quart : un beau et grand match de football exige la performance coordonnée de tous ses acteurs. Joueurs, entraîneurs, arbitres et supporters. Vivement le retour.

Par Markus Kaufmann À visiter :

Le site Faute Tactique

Le blog Faute Tactique sur SoFoot.com
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Dans cet article

C'est si agréable de lire lorsque c'est bien écrit. Merci Markus.
Je ne comprends pas trop l'article ...
D'un côté on regrette la dichotomie et de l'autre on regrette la partie humaine de ce sport (le rouge) ...
Looping Suarez Niveau : DHR
C'est toujours un plaisir de te lire Markus merci de donner des leçons de journalisme a ces stagiaire que sofoot recrute trop souvent
Dans les articles de SoFoot, j'ai remarqué qu'il y avait toujours une forme de poésie quand le sujet traitait de l'Atletico. C'est le Cholo qui vous inspire autant?
Pareil, c'est bien écrit mais on a (ou plutôt, j'ai) du mal à voir où Markus veut en venir...

Je m'attendais à une critique plus explicite de l'analyse binaire qu'on nous a servi après le match aller sur le thème "le Barça tiki-taka contre les méchants bourrins de l'Atlético" (servi en général par des gus qui n'ont pas vu l'Atlético jouer de l'année).

Après, c'est vrai, l'Histoire ne retient que les clichés, au détriment de ce qui s'est réellement passé. On a tendance à simplifier le passé et à complexifier le présent. Mais c'est ce qui permet au football d'être universel : on simplifie les choses pour plus facilement s'y identifier. Exemples : les Italiens et le catenaccio, les Anglais et le kick and rush, les Espagnols et le toque, les Français et le.. euh.. jeu physique ?
Note : 1
Pour beaucoup de médias notamment français, l'Atlético est la fange du beau jeu, la lie du football avec un jeu orchestré par des bourrins qui marquent sur coups de pied arrêtés.

C'est caricatural mais à peine. Quand j'écoute une émission de radio ou de télé et que j'entends des "journalistes" dire "Ouuuais mais après le rouge de Torres, l'Atlético s'est regroupé en défense, c'est bas de mettre le bus à ce moment..."
Non, c'est sûr qu'attaquer tout azimut pour offrir un maximum d'espaces au trio catalan aurait été la solution idoine pour Simeone.

En vrai, c'est une opposition de style. Le Barca a un jeu beaucoup plus direct qu'auparavant, prend la profondeur et prend de vitesse très souvent ses adversaires. L'Atlético défend bas pour ressortir en bloc avec des redoublements de passes.

Mais mes oreilles piquent quand j'entends certains mecs parler de l'Atlético et de leur jeu quand ils ont vu un match et trois résumés sur la saison. Être 2e de Liga à la mi avril est tout, sauf un hasard !
Je crois que la caractéristique du supporteur français, quand on ne parle pas de son équipe préférée, est de toujours supporter l'équipe qui "mérite" le plus (même si c'est subjectif). C'est-à-dire l'outsider, celle qui mouille le plus le maillot, ou celle qui manque de chance. Et ce que l'on aime le moins, c'est de voir la même équipe gagner à chaque fois.

Du coup ça fait paradoxal, mais même si peu d'équipes me procurent autant de plaisir à voir jouer que le barça et le bayern, ce soir je me retrouve à supporter cet Atlético détestable et ces loosers du Benfica. Je ne me comprend pas moi-même...
C'est vrai que l'Atlético est très agréable à voir jouer quand ils prennent des équipes joueuses style Barça ou Celta Vigo. La solidarité défensive, le jeu dur, ça a du beau!!

Par contre dès qu'on a des équipes basées sur un bon quadrillage de terrain en face comme Chelsea ou la Juve, c'est tout de suite beaucoup moins amusant à regarder...
Message posté par MetekoO
Pour beaucoup de médias notamment français, l'Atlético est la fange du beau jeu, la lie du football avec un jeu orchestré par des bourrins qui marquent sur coups de pied arrêtés.

C'est caricatural mais à peine. Quand j'écoute une émission de radio ou de télé et que j'entends des "journalistes" dire "Ouuuais mais après le rouge de Torres, l'Atlético s'est regroupé en défense, c'est bas de mettre le bus à ce moment..."
Non, c'est sûr qu'attaquer tout azimut pour offrir un maximum d'espaces au trio catalan aurait été la solution idoine pour Simeone.

En vrai, c'est une opposition de style. Le Barca a un jeu beaucoup plus direct qu'auparavant, prend la profondeur et prend de vitesse très souvent ses adversaires. L'Atlético défend bas pour ressortir en bloc avec des redoublements de passes.

Mais mes oreilles piquent quand j'entends certains mecs parler de l'Atlético et de leur jeu quand ils ont vu un match et trois résumés sur la saison. Être 2e de Liga à la mi avril est tout, sauf un hasard !


Je plussoie à 100 % et j'ajoute une précision : la plupart des gens entendent Atletico et pensent "à-10-derrière-on-plante-en-contre-ou-sur-coup-de-pied-arrêté-et-on-pète-les-tibias-adverses-sinon-c'pas-drôle"

Non seulement c'est faux mais ça ne correspond qu'au cliché d'un Atleti contre plus fort que lui. Contre les "petites" équipes, les colchoneros ne jouent pas de la même manière.

Voilà une équipe et un entraîneur qui ont un plan A identifié et un plan B en cas de besoin, et qui maîtrisent parfaitement les deux.
J'espérais une qualif de l'Atletico jusqu'à ce que j’apprenne que Messi venait de battre son record de matchs sans marquer toutes compétitions confondues datant de 2011 en plus il a bizarrement l'habitude de répondre aux performances de Ronaldo (comme quoi ca doit le motiver un peu) par une performance encore lus extraordinaire. La foudre va s'abattre sur Oblak!
Non Markus "Le football en France (n)'a (pas) eu besoin des poteaux carrés de 1976 et de Séville 1982 pour devenir le football des Français.".


La frappe de 1976 n'était pas cadrée et en 1982, les Français n'avaient pas le mental de la gagne.


Le football, en France, a besoin d'idées, d'audace et de panache. Des entraîneurs intelligents, des dirigeants visionnaires et des joueurs performants.

Or que constate-t-on aujourd'hui ? Des fonctionnaires de la passe en retrait, des invalides de la création artistique, des entraineurs frileux et timorés, aucune émotion, aucun style...
Note : 1
Message posté par MetekoO
Pour beaucoup de médias notamment français, l'Atlético est la fange du beau jeu, la lie du football avec un jeu orchestré par des bourrins qui marquent sur coups de pied arrêtés.

C'est caricatural mais à peine. Quand j'écoute une émission de radio ou de télé et que j'entends des "journalistes" dire "Ouuuais mais après le rouge de Torres, l'Atlético s'est regroupé en défense, c'est bas de mettre le bus à ce moment..."
Non, c'est sûr qu'attaquer tout azimut pour offrir un maximum d'espaces au trio catalan aurait été la solution idoine pour Simeone.

En vrai, c'est une opposition de style. Le Barca a un jeu beaucoup plus direct qu'auparavant, prend la profondeur et prend de vitesse très souvent ses adversaires. L'Atlético défend bas pour ressortir en bloc avec des redoublements de passes.

Mais mes oreilles piquent quand j'entends certains mecs parler de l'Atlético et de leur jeu quand ils ont vu un match et trois résumés sur la saison. Être 2e de Liga à la mi avril est tout, sauf un hasard !


Entièrement d'accord. J'ai regardé le match contre l'Espanyol et force est de constater qu'ils savent envoyer du beau jeu. Ça joue à une touche, avec du mouvement devant (notamment Griezmann)et des latéraux offensifs qui n'hésitent pas à monter. Ajouté à cela un milieu de terrain très technique (Koke, Saul que personnellement j'adore comme joueur) et on a une équipe qui pourrait marcher aisément sur la Ligue 1. Certes face aux Barça c'est un style totalement différent, mais c'est exactement la force de cette équipe : l'adaptation parfaite à son adversaire.
Rainbowman Niveau : DHR
Je voudrais pas vous casser votre délire les mecs, mais moi j'ai vu l'aller ET le retour de Champions contre le PSV en entier et je peux vous assurer que c'était pas jojo. Le néant offensif sur 210 minutes.
Après en Liga je peux pas dire, je regarde que les résumés.
Note : 1
C'est vrai que l'atletico sait faire du beau jeu (quasiment uniquement contre les petits) et c'est vraiment une belle performance de savoir changer de style quand ils prennent des gros.
Personnellement, je n'aime pas du tout ce style de jeu avec le bus à impériale bien garé devant le but. C'est pour moi l'opposé total de ce que devrait être le football. Cela n'engage bien sûr que moi et je parle de mes goûts personnels, chacun aura son avis sur la question.
Mais ce qui me dérange vraiment c'est la manière avec laquelle ils appliquent ce schéma tactique : anti jeu, tacles assassins, gain de temps, le tout en pleurant à l'arbitre des qu'une décision ne va pas en leur sens. Et la c'est sur, ce n'est pas le football.
Je retiendrais surtout la citation de Bielsa que j'avais presque oublié... A la fois calme et vibrant, respect! o7

Sinon, on y peut quoi si Torres est con comme un balais sur ses deux jaunes? Hormis son joli but, son match est dégueulasse.(jaunes, pertes de balle en veux-tu en voilà, ne joue dans le tempo)

Et avis totalement personnel: Simeone a failli dans son coaching. Même quand l'Atlético c'est retrouvé à 10, ils me donnaient l'impression de jouer encore mieux à la mi-temps. Et puis à la 53e, WTF, Carrasco sort contre Fernandez.
Alors oui, quand on prends de la hauteur c'est logique. Mais je le redis, l'Atlético jouait très bien, restait relativement haut. Et là... ça sonnait tellement faux venant du Cholo. Il a retiré ses "cojones" de la table et a invité le Barça à faire le siège de son camp.
J'ai pas pu m'empêcher de lâcher "Ouuuh tu vas le payer...", enfin je l'espérais en tant que "culé" ^^ Je vous laisse imaginer comment j'ai exulté comme un dingue derrière.

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