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De l’amour du stade

Depuis 1988, plus de trente clubs anglais ont changé de stade suite au rapport Taylor. De ces nombreux déménagements a découlé le passage de la passion au divertissement, mais aussi des histoires de mariages ratés comme est actuellement en passe d'en vivre West Ham avec le stade olympique de Londres. Voilà pourquoi.

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« J’aurais aimé faire partie de ces gens qui considèrent leur équipe locale comme leur restaurant habituel et n’hésitent pas à en changer si on leur sert des mets immangeables. Mais nous ne sommes que trop de supporters à accepter le pire et c’est pourquoi le football a si souvent abusé de notre confiance, sans même chercher à invoquer une excuse, ou tenter de se racheter. Pour nous, la consommation l’emporte, au point que nous en oublions la qualité du produit. » La citation est signée Nick Hornby, homme de lettres britannique. Aimer le foot serait donc ça : consommer à outrance en fermant parfois les yeux. N’est-ce pas finalement le plus important ? Tomber amoureux du football est particulier, souvent incompris. Hornby, lui, aime dire ceci : « Je suis tombé amoureux du football, comme plus tard je m’éprendrai des femmes, d’une manière soudaine, mystérieuse, aveugle, sans me soucier des chagrins et désordres que cette passion me causerait. »


Oui, installer une relation intime avec le football, c’est accepter de souffrir, mais surtout de s’enfermer dans une bulle personnelle. N’y a-t-il pas plus belle démarche que celle qui consiste à aller au stade ? On peut parler ici d’une procession qui se décompose ainsi : marcher, aller au pub, partir quinze minutes avant le coup d’envoi, acheter le programme de la rencontre en question, accepter d’avaler un sandwich à la qualité alternative, vibrer, pleurer ou rire. Offrir ses émotions à l’incertitude, simplement. Venir au stade, c’est aller au théâtre en acceptant de se tâcher. C’est aimer le bruit, la sueur et l’attente. C’est refuser le contrôle de nos propres émotions. Mais, un jour, tout a peut-être changé pour la raison en oubliant l’essence. Mais à quel prix ?

Le divertissement et les émotions


Il suffit de tendre l’oreille et d’écouter Richard Scudamore, le directeur général de la Premier League, présenter son produit en déclinant les termes « entertainment » et « business plan » . L’Angleterre du foot n’est plus la même qu’il y a trente ans. Pour comprendre cette affirmation, il faut aller à Scunthorpe et se rappeler qu’avant Glanford Park, il y avait le Old Showground. Le déménagement pour le Scunthorpe United a eu lieu en 1988, deux ans avant la publication du rapport Taylor qui avait pour objectif de renforcer la sécurité autour des événements sportifs dont la tragédie d’Hillsborough avait été le pic. Ces lignes sifflent la fin des places debout et donc d’une partie de l’essence, mais pour le meilleur. Sauf que les conséquences commencent aujourd’hui à être visible sur l’autre face de la pièce : celle qui détient les émotions. Depuis Scunthorpe United en 88, trente-deux clubs anglais ont changé de stade. La démarche est aujourd’hui devenue naturelle et plusieurs clubs se préparent à faire de même actuellement, comme Tottenham ou Bournemouth.

Sauf qu’un supporter est conservateur, qu’il aime l’histoire de son club, qu’il connaît la notion d’héritage, qu’il considère son stade comme sa maison, qu’il déteste, au fond, l’odeur du plastique neuf, qu’il ne veut pas de la mise en scène et qu’il refuse qu’on lui impose des choses. C’est comme ça. Une preuve ? Il suffisait de regarder les supporters de West Ham voir Boleyn Ground être détruit sous leurs yeux à travers un écran de télévision pour en prendre la mesure. Changer de stade a un prix émotionnel et le résultat est souvent le suivant : la perte des repères, des sentiments touchés et parfois, un rejet. Le stade Olympique de Londres où West Ham a déménagé cet été - et où les Hammers ont essuyé une part de leurs désillusions de début de saison - n’en est que la représentation actuelle. Comme si un déménagement n’avait d’intérêt que lorsque le club devient trop performant pour son stade, ce qui n’est pas le cas de West Ham. Surtout quand c’est pour quitter un symbole pour une enceinte à 360° où la pelouse n’est plus collée aux supporters.

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Le malaise de la soucoupe


Ce pas, Arsenal l’a franchi en 2006 pour « changer de dimension » en acceptant une cure économique drastique pendant de nombreuses années au-dessus des résultats sportifs du club. Swansea l’a aussi fait, abandonnant le Vetch pour le Liberty Stadium. Mais les conséquences ? En déménageant, un club accepte de se séparer d’une partie de son identité comme l’était Boleyn Ground à West Ham ou Highbury à Arsenal, d’une partie de ses supporters qui n’ont plus forcément les moyens de se rendre à la nouvelle enceinte, mais aussi d’accepter une phase de quête difficile comme l’expliquait ces dernières semaines Arsène Wenger. « On se sent un peu comme si on allait jouer sur terrain neutre. Cela prend plusieurs années, car il faut construire un passif et une petite histoire. Vous quittez un endroit bourré d’histoire pour un stade où rien ne s’est passé avant. On se sent un peu seul au départ. Il faut reconstruire un environnement. C’est possible, mais on ne peut créer quelque chose d’artificiel. »


Il faut aujourd’hui tirer les leçons de ces déménagements qui vont devenir de plus en plus fréquents. Depuis son arrivée à l’Emirates, Arsenal n’a pas encore réussi à recréer l’atmosphère d’Highbury et n’est plus aussi intraitable à domicile. C’est aussi une question humaine : lorsque les Gunners jouaient à Highbury, les supporters pouvaient rester applaudir malgré une défaite et encourageaient ; à l’Emirates, la défaite est acceptée dans le silence comme lors de la récente élimination en League Cup contre Southampton. Changer ne veut pas forcément dire gagner et les récents exemples l’ont prouvé. Le dernier en date montre qu’un changement temporaire peut être aussi néfaste comme lorsque Tottenham s’est fait taper deux fois à Wembley en C1 cette saison là où Arsenal avait déjà galéré par le passé. On ne change pas de maison aussi facilement. Un stade ne se prête pas, un stade ne se partage pas et un stade doit être constitué de sorte que chaque côté du rectangle soit couvert par une tribune et non entouré comme une vieille soucoupe. Un détail d’architecture, mais majeur. Est-il déjà trop tard ? Probablement.

Par Maxime Brigand
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