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Dárdai, Pedigree Pál

Quatorze saisons en Allemagne (1997-2011) et 297 matchs au Hertha dont 44 rencontres européennes, une épopée en Ligue des champions (99-2000), deux Pokal (2001, 2002) et des adieux inondés de « danke » . Appelé tel le Messie sur le banc de l’Olympiastadion début 2015, le Magyar Pál Dárdai a éjecté Wolfsburg du troisième rang juste avant la trêve et propulsé les Berlinois sur le podium de la Bundesliga. Si Die Alte Dame rejoue la C1 en définitive, elle devra une bien fière chandelle à son « Pali » .

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15 mai 2011. Le Hertha Berlin, déjà champion de 2. Bundesliga, affronte son dauphin Augsburg qui va lui aussi quitter la D2 teutone. La saison s’achève. Les équipes trottinent. Score nul et vierge. Soudain, une clameur envahit l’Olympiastadion. But d’Adrián Ramos ? Sifflets dans l’Ostkurve ? Tout faux : un remplacement. Celui de Pál Dárdai par Patrick Ebert (du Rayo Vallecano, ndlr), précédé d’un « merci » sur l’écran géant. Dárdai sort à la 43e et 77 116 supporters acclament le néo-retraité. Qui, dans la foulée, s’offre un tour d’honneur sur le bord de la pelouse avec son fils de 5 ans juché sur ses épaules.


C’est à Pécs, ville hongroise de basket féminin, où le Mizo ultradomine les débats nationaux dans les nineties et se frite souvent avec Bourges en Euroligue, que Pál entame sa road to glory à quinze balais à peine. Lorsqu’il débarque au Pécsi Mecsek, les Noir et Rouge ont une Coupe de Hongrie (1990), deux titres de D2 (1959, 1977), un 32e de finale d’UEFA planté face au Feyenoord (2-1 sur l’aller-retour, saison 86-87) et un premier tour de Coupe des coupes 90-91 paumé 3-0 contre les Red Devils dans la musette. Moins clinquant que l'inénarrable Ferencváros TC, mais pas dégueu pour autant à l’échelle magyare.

Monsieur 500 000 marks


Doué, Dárdai attire l’œil du BVSC, collectif fondé par des cheminots budapestois à l’aube de la Grande Guerre (1911). Le maillot bleu roi et jaune des « Vasutas » reprend les coloris de la MÁV, la SNCF hongroise. Pál l’enfile au mercato d’hiver 95-96. Préposé à la récupération, il marque trois fois en vingt-deux apparitions, termine vice-champion à cinq longueurs du Ferencváros et perd au finish la Magyar Kupa après une double confrontation serrée avec le Honvéd. Tout ça en douze mois. Alertés, les chasseurs de tête du Hertha (dont Bernd Storck, futur coach de la Hongrie qui succèdera à Dárdai) l’approchent. Die Alte Dame s’emploie à remonter en Bundesliga et convainc le talent pécsois de tenter l’aventure. Les boss du BVSC lâchent leur milieu défensif pour 500 000 Deutschmarks en janvier 97. À contrecœur. Dárdai se rend rapidement indispensable sous les ordres de Jürgen Rober et de son assistant, Storck. Son pote Gábor Király le rejoint à l’été et investit les cages en jogging. Pál et « Gabi » se connaissent par cœur. Les pères ont croisé le fer en NB I (la D1 magyare) dans les années 70-80. Les fils se sont mesurés l’un à l’autre dès 12 piges (Haladás vs Pécsi MFC) et ont été réunis des U13 aux U21 en sélection.


Séquence nostalgie du goal vétéran à survêt’ : « Au Hertha, Pali a été capable de montrer des résultats probants en peu de temps. Pali n’était pas sous les spotlights comme un attaquant sur lequel les projecteurs se braquent s’il marque, mais il était très important pour l’équipe. Il bossait dur, se préparait excellemment et pouvait évoluer à d’autres postes. Son job en défense a souvent aidé le mien. Ce qu’il a expérimenté en tant que pro de très haut niveau, il le reproduit maintenant via le banc. S’il y met autant de cœur que quand il jouait, alors il a de quoi devenir un entraîneur couronné de lauriers. » Ensemble, Pál et « Gabi » traversent la dernière époque dorée du Hertha jusqu’au sursaut actuel. Celle d’Ali Daei et de Sebastian Deisler. Celle de la Ligue des champions 99-2000 où les Blau-Weiss dégoûtent le Chelsea de Flo à Stamford Bridge (2-1, 21.09.99), puis poussent le Milan de Pippo Inzaghi au partage des points à San Siro (1-1) avant de le défaire 1-0 à l’Olympiastadion. Celle des trois finales de Pokal consécutives dont deux trophées parachevant deux branlées infligées à Schalke (4-1 en 2001 et 2002) et effaçant la large défaite de 99 contre le Bayern (1-5). Une époque avec laquelle Dárdai veut renouer.

« On travaille jusqu’à la mort »


Car le déclin du Hertha rejoint celui de Pál et l’envol de son copain Király direction Crystal Palace. De 2004 à 2007, les Berlinois peuplent le ventre mou du classement, les problèmes de fric s’amoncellent, et Dárdai est démobilisé du onze de départ. Conséquence : 33 présences « seulement » sur la totalité des deux premières saisons. Le Hongrois se console en arborant la tunique magyare, qu’il portera à 61 reprises entre 1998 et 2010 avant de reprendre les rênes du « Nemzeti 11 » à l’automne 2014. Et quand le Hertha se rebiffe, « Pali » ressuscite. Genre en 2008-2009 avec une 4e place synonyme d’Europa. Ou lorsqu’il supervise la sélection hongroise en intérim. Normalement, c’était « trois matchs et au revoir » . Mais les bonnes perfs s’enchaînent, et la MLSZ (fédé magyare) confirme Dárdai à son poste. Parallèlement, le Hertha limoge le Batave Jos Lukuhay et le nomme entraîneur en chef en février 2015. Pál cumule, puis cède son fauteuil à Bernd Storck le 20 juillet histoire de se concentrer sur l’Allemagne. Objectif : revigorer Die Alte Dame. Dárdai y parvient, alors que personne n’aurait parié un kopeck. « On travaille jusqu’à la mort, pose-t-il. Notre réussite n’est pas un feu de paille, malgré les critiques qui affirment qu’on va s’effondrer d’ici au printemps. Nous avons notre style et des gars qui font l’affaire. »


Jürgen Röber, époustouflé, confie son admiration pour le boulot de Pali le quadra : « Je suis ravi que Pál s’en sorte aussi bien. Tout le monde sait que j’ai une relation particulière avec lui. Qu’il tienne ses troupes comme ça ne me surprend pas. C’est un football-maniaque. Il s’entend vraiment avec les joueurs. L’esprit d’équipe est au sommet. On n'avait pas forcément une team de géants à l’époque, mais on s’est accrochés et on était toujours en forme. Pál sait ce qu’il en coûte. Pál et le Hertha, ça colle ! Peut-être a-t-on enfin, à nouveau, un entraîneur capable d’enchaîner les succès sur une longue période. » Partout où Pál est passé, l’herbe a repoussé. La Hongrie lui doit la moitié de sa qualif’ à l’Euro, et Storck a poursuivi son œuvre sur sa recommandation. Le Hertha s’est dégagé du caniveau (recrutement amorphe, sanctions…) et peut décemment rêver d’un come-back en Ligue des champions. Salomon Kalou retrouve une seconde jeunesse, inscrivant neuf réalisations en dix-sept journées. Et sinon, Dárdai a été élu coach de l’année 2015 chez lui en Hongrie et outre-Rhin. Un bilan tout sauf pâle, donc.



Par Joël Le Pavous
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