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Danish pétard mouillé

Avant la « Danish dynamite » qui gagne l'Euro 92 à la surprise générale et sans s'être qualifié, il y a eu le pétard mouillé danois. Au début de l'année 1990, à la recherche d'un sélectionneur, la fédé danoise nomme Wohlers sans le prévenir. L'entraîneur allemand ne prendra jamais le poste.

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Printemps 1990. Une conférence de presse est organisée par la DBU, la Fédération danoise. Un nouveau sélectionneur a été trouvé pour le pays et pour poursuivre le travail entamé par Piontek depuis onze ans. L'homme idoine s'appelle Horst Wohlers. En début de saison, il est devenu entraîneur de l'équipe première du KFC Bayer Ürdingen, un club qui s'est habitué à la Bundesliga depuis sept saisons et qui se maintient assez aisément. Il correspond en tout point à ce qui est attendu par le board danois : un entraîneur assez jeune et méconnu – donc pas trop cher – avec les qualifications nécessaires et surtout d'origine allemande. Sur le papier, c'est l'homme parfait pour poursuivre le travail entamé, comme le confirme aujourd'hui Jim Stjerne Hansen, alors secrétaire général à la DBU : « Le principal critère que nous avions, c'était d'avoir un profil sensiblement similaire à Sepp Piontek. » En quelques heures de négo avec Wohlers, emballé c'est pesé, les journalistes sont appelés et la nouvelle officialisée. Avant que tout cela ne tourne au fiasco médiatique et finisse en mésentente coriace.

Liechtenstein Papers


Quelques jours plus tôt, le 2 février 1990, le tabloïd danois Ekstra Bladet titre sur la sélection nationale et son homme fort. Un titre sensationnaliste à souhait : « Sepp détient un compte dans un paradis fiscal ! » En fait, c'est un compte au Liechtenstein, déclaré, qui ne pose pas de problèmes apparents. Pour autant, ni une, ni deux, Piontek démissionne le soir même. Il explique alors sa déception : « Si on commence à me demander si je paye des impôts pour ci et ça, combien j'ai économisé grâce à cette boulette de viande pendant un voyage avec la DBU (la fédé danoise) […], je ne veux alors plus en faire partie. J'ai aussi une dignité à préserver. » En principe, le technicien a son successeur tout désigné. Le fidèle second, Richard Møller Nielsen, attend son heure. Mais au sein de la DBU, il y a quelques réticents, comme celui qui glisse à qui veut l'entendre d'après les auteurs du livre Danish Dynamite que « sa grand-mère ferait un aussi bon travail avec l'équipe olympique » . Après une réunion de travail, on annonce donc à la Fédé qu'on recherche un homme d'expérience et qu'on va plutôt se tourner vers l'étranger. Les Danois sont exclus de la course.

Les yeux se tournent principalement vers l'Allemagne. À l'époque, d'après le Berlingske Tidende, la liste établie contient des noms comme Jupp Heynckes, Otto Rehhagel, ainsi que Tomislav Ivić et Sven-Göran Eriksson. Aujourd'hui, Jim Stjerne Hansen refuse de parler des profils retenus, mais il explique comment le choix s'est porté sur Wohlers. « Allan Simonsen l'a désigné comme le candidat idéal. Il le connaissait bien de Mönchengladbach, où ils ont été joueurs ensemble. C'est comme cela que l'on s'est dirigé vers lui et que nous avons pris contact. » Il y a un autre critère qui fait de Wohlers le candidat parfait. Un certain Brian Laudrup joue depuis quelques mois au club, tout comme un autre international, Jan Bartram. « À 20 ans, Laudrup était déjà le joueur le plus doué techniquement que j'ai pu voir » , raconte avec admiration Wohlers. Hansen nuance l'importance de la filière Ürdingen. « Il y avait certes un lien entre Ürdingen et le Danemark, mais ce n'est pas la raison principale pour laquelle nous nous étions dirigés vers Wohlers. C'est vraiment Simonsen qui nous a convaincus. »

Copenhagen's failer


Wohlers est invité à se rendre à Copenhague pour discuter des conditions du contrat. « C'était une négociation pour nous. Il nous a dit alors que le club pouvait le laisser partir, qu'il y avait un accord pour le laisser libre si une opportunité se présentait. » L'intéressé n'a pas tout à fait les mêmes souvenirs. Il admet avoir été intéressé par le poste, lorsque Simonsen lui a proposé. « C'est une fierté d'être envisagé comme sélectionneur d'un pays. » Toutefois, sa visite n'est qu'un premier pas. « Je pensais venir pour discuter des termes du contrat, mais sans engagement de ma part, simplement avant d'aller voir mon club pour entamer les démarches. Mon équipe ne savait alors rien de tout ça. » Il y a un flou. Et quand il y a un flou, c'est qu'il y a un loup, pour Wohlers. « La DBU a manqué de clarté. La situation n'était pas propice. » Pire, l'Allemand découvre une effervescence autour de sa présence inattendue. « C'était une surprise, ce qui s'est déroulé au Danemark. Les journalistes étaient déjà présents, je ne savais pas qu'ils seraient là. »

Dans la précipitation, la conférence de presse a tout de même lieu et le choix du sélectionneur est officialisé. Une méthode que regrette Frits Ahlstrom, le responsable de la communication, selon des propos recueillis pour le film Danish Dynamite. « J'aurais dû être plus ferme et dire qu'on ne faisait rien du tout. J'aurais dû dire aux médias d'attendre. Aujourd'hui, je ferais cela. » Car le principal problème est que Wohlers n'est absolument pas libre de s'engager avec le Danemark. Il est lié pour une année encore avec le Bayer Ürdingen, un club qui n'est même pas au courant de l'escapade danoise de son entraîneur. Wohlers ne s'en cache pas. « Mon équipe ne savait rien de tout ça quand je suis parti. » Ce n'était qu'une visite de courtoisie, qui se termine en engagement public. Alors le club, vexé, fait front et refuse le départ de son entraîneur. Jim Stjerne Hansen l'a encore un peu mauvaise. « Pour nous, c'était sûr qu'il était le futur sélectionneur. Seulement, Ürdingen n'a pas voulu le laisser partir, ou Wohlers s'est rétracté. Je ne sais pas ce qu'il s'est passé exactement, mais soudainement, ce n'était plus possible. Il n'y a pas eu la moindre négociation avec le club. » Une semaine après, le deal ne tient définitivement plus. Le Danemark n'a toujours pas de sélectionneur et doit se rabattre la queue entre les jambes sur son ancien adjoint, Richard Møller Nielsen. Dix-huit mois plus tard, ils sont champions d'Europe.

Visitez le site du festival La Lucarne

Projection de Danish Dynamite le dimanche 24 avril, à 17h45, au Point Éphémère.

Par Côme Tessier
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Il est parti comme un Wohlers, mais le suivant sera finalement bien Möller

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