1. // France – Ligue 1 – 11e journée – Caen/Nantes

Damien Da Silva, cape d'invisibilité enlevée

Parti discrètement du centre de formation des Girondins de Bordeaux, Damien Da Silva a connu une maturation lente chez les pros en devant passer par le National, puis la Ligue 2, avant de finalement devenir un des cadres de ce SM Caen si séduisant depuis le début de l'année. Il est aujourd'hui l'un des défenseurs les plus fiables de Ligue 1.

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Très beau troisième de L1 à l'amorce de cette onzième journée, le Stade Malherbe de Caen cartonne d'abord grâce à son jeu offensif souvent chatoyant. Il y a capitaine Féret bien sûr, le vieux grognard à la mène d'attaquants enthousiastes : les recrues Delort et Rodelin, même le polyvalent Bessat et le toujours utile Bazile. Mais il y a la défense aussi, qui en est à une série très propre de trois clean sheets. Et là, pour le coup, le cadre de l'arrière-garde est encore moins connu que la moyenne de la bande : Damien Da Silva. Blase passe-partout, physique robuste sans signe vraiment distinctif, une tête à jouer les seconds rôles dans une série B d'action.

Un rôle sans réplique pour un footballeur qui s'exprime peu, et quand il le fait, c'est avec un léger cheveu sur la langue et pas mal de phrases toutes faites. Rien à signaler, donc ? C'est oublier l'essentiel en fait : Da Silva s'est mué en à peine plus d'une saison d'élite en un redoutable stoppeur du championnat de France, du genre impassable, dur sur l'homme et dans les duels. Un rigoureux, un besogneux, un gars revenu un peu anonymement en Normandie à l'été 2014 et qui joue aujourd'hui les incontournables. Un ex-invisible au talent qui saute désormais aux yeux. Un gars qui revient de loin et de plutôt bas, aussi.

« La persévérance que d'autres n'ont pas toujours »


« C'est un exemple pour beaucoup de joueurs. Un joueur qui a un peu de talent et une volonté énorme fera toujours mieux que quelqu'un qui en a, mais qui ne veut rien faire. » Ainsi parle Pierre Labat lorsqu'il lui est demandé de causer de son ancien protégé au centre de formation des Girondins. Des propos qui font écho à ceux de l'intéressé, datant d'une interview à Ouest France il y a un an. « Mon parcours, disait-il, est la preuve qu'il ne faut jamais lâcher. » Même quand, à 15 ans, on vous saque sans prévenir du cursus de formation intégré presque dix ans avant. Sans trop d'explications non plus, alors qu'il était capitaine des U17 et déjà plutôt fiable, dans un style d'apprenti homme de main.

Milieu récupérateur à la base, fan d'Eduardo Costa (!), Da Silva est prié d'aller achever sa formation de défenseur ailleurs. Ce sera un peu plus au nord, à Niort, où c'est finalement l'entraîneur de l'époque, Philippe Hinschberger, qui lui fait découvrir le monde pro en cours d'année 2006, d'abord en National, puis à l'échelon au-dessus après une promotion au printemps. « C'était un gamin, se rappelle-t-il. Il avait quoi, 18 ans ? Déjà un bon gabarit, puissant, bon garçon, mais assez introverti… » La timidité, encore et toujours, ce trait de personnalité qui a certainement nui à l'éclosion de « Das » , estime l'ancien coach des Chamois : « Il a fini par faire son bonhomme de chemin, mais ça a été long et difficile pour lui, à en juger par sa carrière… Mais il a eu la persévérance que d'autres n'ont pas toujours. Son parcours lui ressemble. »

Acheté 300 000 euros, sous contrat jusqu'en 2018


Le parcours en question est fait d'hésitations, d'alternances entre montées en puissance et contrecoups, avant finalement de s'élever pour de bon vers les sommets : des débuts intéressants à Niort, quelques capes même en sélection chez les U17, puis les U19, un raté à Châteauroux, une régression en National avec Rouen, un statut de cadre en Normandie qui lui permet de retenter sa chance en L2 avec Clermont, où une saison suffit finalement à convaincre Caen de lui faire goûter la L1. Et il aime ça, le bougre : 35 titularisations pour ses débuts à ce niveau en 2014/2015, ce qui en fait le deuxième joueur de champ malherbiste le plus utilisé par Patrice Garande derrière N'Golo Kanté. Acheté 300 000 euros par le SMC, Damien Da Silva, éligible en sélection portugaise, mais a priori toujours pas approché par la Fédération du pays d'origine de sa famille, a été prolongé cet été jusqu'en 2018. « Une marque de confiance » d'après le joueur qui semble justement lui-même enfin sûr de sa force et prêt à assumer le fait de jouer les premiers rôles.

Par Régis Delanoë
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