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Dabo : « Mieux vaut gagner le derby qu’un trophée »

Au cours des six années qu’il a passé à Rome, Ousmane Dabo en a disputé, des derbys. A quelques jours de la stracittadina, l’ancien milieu de la Lazio raconte ses souvenirs. Et donne ses pronostics pour le match de dimanche.

Vous avez disputé cinq saisons et demi avec le maillot de la Lazio. Ca fait combien de derbys ça ?
Oula, je ne sais plus exactement. Peut-être huit, neuf ou dix. Comme ça de mémoire je dirais neuf.

C’est possible d’oublier un derby ?
Un derby perdu, oui (Rires). Sincèrement, quand tu perds un derby, c’est vécu comme un drame là-bas. Par contre, les derbys gagnés, je me souviens de tous, sans exception. C’est fou de gagner un derby. Là-bas, c’est plus important de gagner ce match là plutôt qu’un trophée. Si tu remportes les deux derbys dans la saison, tu es un roi.

Et votre meilleur derby, cela remonte à quand ?
Je me rappelle très bien d’un match en décembre 2004. On était vraiment mal, juste au-dessus de la zone de relégation. La semaine avant le derby, on perd 3-0 à Udine, et le coach, Mimmo Caso, saute. On se retrouve avec un nouvel entraîneur, Papadopoulo, pour affronter une Roma qui était vraiment forte. On avait des joueurs blessés, Giannichedda qui était milieu a dû jouer libéro. Et là, bah on gagne 3-1, et Di Canio marque cette fameuse reprise de volée sous la Curva Sud. C’était une ambiance de dingue, je m’en rappellerai toujours.

Il y a aussi eu ce derby interrompu à la pause par les tifosi, en 2004 aussi…
Oui, je m’en souviens parfaitement aussi. A la mi-temps du match, on commence à voir des sortes d’émeutes, et la rumeur qu’un enfant a été tué par une voiture de police se répand. Le match a été interrompu à cause de ça, alors que ce n’était pas vrai. En fait, on n’a jamais su ce qu’il s’était passé. Certains ont dit que c’était un complot entre supporters. C’était surréel, et surtout dangereux, car après ça, il y a eu des échauffourées avec la police. Certains amis à moi étaient venus ce jour là, et ils ont mis du temps à revenir au stade à cause de cette histoire.

Vous avez également été porte-bonheur…
Exact (Rires). C’était en 2005. Je débute le derby sur le banc. On est mené 1-0 à la pause, un but de Totti. Là, Delio Rossi décide de me faire rentrer. J’entre en jeu à la 56ème minute… 30 secondes plus tard, Rocchi égalise. C’était incroyable.

Et dans la vie de tous les jours, est-ce que l’on sent vraiment la ferveur du derby ?
Bien sûr, c’est dément. Déjà, il faut savoir que dès que tu signes à la Lazio, le premier truc que les tifosi te disent, c’est : « tu dois nous faire gagner le derby » . Du coup, c’est à double tranchant. Quand tu perds, tu te fais chambrer. Moi, j’avais des voisins de la Roma, ils me charriaient quand on perdait. Un jour, je me souviens m’être fait vanner par mon charcutier alors que je venais juste acheter mon filet de bœuf (Rires).

Ca a déjà débordé ?
Non, jamais. J’ai eu la chance de ne jamais tomber sur des types irrespectueux. C’est toujours rester assez bon enfant. Après, je sais que c’est déjà arrivé à certains de mes anciens coéquipiers que cela se passe un peu moins bien. Presque jusqu’à l’agression, quoi.

Et à l’inverse, avec les supporters de votre équipe, cela se passe comment ?
Quand on gagnait, on n’hésitait pas à aller dans les rues de Rome pour parader (Rires). Oui, évidemment, dans ces cas-là, tu reçois des félicitations dans la rue, c’est top. J’ai un très bon ami à Rome qui est tatoueur, et il est de la Roma. Un vrai, qui va en Curva Sud. Quand je gagnais le derby, il me payait le resto. A l’inverse, si la Roma gagnait, c’est moi qui régalais.

Vous avez déjà assisté à un derby en tant que supporter ?

Oui, un seul. Le dernier, en octobre. Cela s’est bien terminé, avec le but de Klose à la dernière seconde. Mais ce qui est horrible quand tu es dans les tribunes, c’est que tu ne peux rien faire pour aider ton équipe !

Et alors, c’est plus intense dans les gradins ou sur la pelouse ?
Bah, sur la pelouse. Quand tu joues un derby, ce sont des sensations extraordinaires. Une tension pareille, tu ne peux la trouver nulle part d’autre. J’ai eu la chance de jouer aussi un derby de Milan, cela n’a rien à voir, il n’y a pas cette même ferveur. Perrotta, le joueur de la Roma, disait dans une interview que le derby de Rome, c’est encore plus fort que lorsqu’il a disputé la demi-finale et la finale de Coupe du Monde. C’est dingue. Il y a une telle pression populaire, c’est difficile à comprendre de l’extérieur.

Faisons un petit point sur les deux équipes. Qu’est-ce que vous pensez de l’affaire Reja à la Lazio ?
Je pense surtout qu’il y a eu trop de bruit pour rien, vraiment. Ils auraient dû régler ça en interne, plutôt que de sortir l’information de la démission. Après, je pense que c’est bien que Reja soit resté, cela aurait été dommageable qu’il parte une semaine avant le derby.

Et la Roma… la méthode Luis Enrique ?
Je les ai vus jouer. En fait, la Roma essaie vraiment de jouer à l’espagnole. Ils ne calculent pas, ils attaquent, et s’ils ne sont pas réalistes, ils se prennent des contres. Du coup, ils peuvent gagner 4-0, comme contre l’Inter, ou bien perdre 4-1, comme dimanche contre l’Atalanta. En Italie, les équipes sont trop bien organisées défensivement. Par conséquent, je pense que cela va être très difficile que la méthode Luis Enrique fonctionne. Après, s’il faisait la même chose en Espagne, cela marcherait sûrement.

Il faut se lancer. Un petit pronostic pour dimanche ?
Je ne vais pas donner mon pronostic, je vais donner mon rêve. Mon rêve, ce serait une victoire 1-0 de la Lazio, avec un but de la tête sur corner de Diakité. Diaki, c’est mon gars, cette année il a fait des progrès énormes. Alors je compte sur lui (Rires).

Propos recueillis par Eric Maggiori
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