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Da Costa del Sol

Il y a ceux qui prennent l’autoroute, et ceux qui préfèrent les chemins escarpés. Nuno Da Costa, 26 ans, a bourlingué pendant quatre ans en CFA 2 et ciré le banc de touche de Valenciennes avant de se faire une place en Ligue 1 depuis le début de saison. Au point d’en arriver à chambrer Neymar. Portrait d’un polyglotte à la recherche du temps perdu.

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Débarquer en classe de 5e en cours d’année, dans un pays inconnu, où l’on parle une langue que l’on ne comprend pas : une certaine idée du challenge pour un môme de treize ans. Nous sommes en novembre 2004, la famille Da Costa vient d’emménager dans la ville de Saint-Zacharie dans le Var. Le matin de son premier jour au collège Ubelka d’Auriol, Nuno, le fiston, se présente à l’intendant. « Je suis nouveau, mais je ne sais pas dans quelle classe on m’a mis » , baragouine-t-il dans un mélange de français et d’anglais que lui a dicté sa mère. Coup de bol, en sport, sa classe est en plein cycle football. L’élève venu du Portugal est « bon, mais pas exceptionnel » balle au pied, se rappelle Monsieur Guillem. Ce qui a marqué le prof d’EPS, c’est surtout l’intégration express de celui qui se baladait avec un petit dictionnaire de poche dans la cour de récré : « Nuno est arrivé, il ne parlait pas un mot de français. Au bout de trois semaines, il pouvait communiquer sans problème, en employant les expressions d’ici comme "degun". (...) À la fin du troisième trimestre, il parlait français sans accent ! » S’adapter, Nuno Da Costa sait faire.

« Nuno est arrivé à Marseille, il ne parlait pas un mot de français. Au bout de trois semaines, il pouvait communiquer sans problème, en employant les expressions d’ici comme "degun". » Monsieur Guillem, le prof d'EPS de Nuno à Auriol

Parti de loin, il y a encore deux ans, Da Costa ne trouvait pas de temps de jeu à Valenciennes, après avoir baroudé à Aubagne, en CFA 2. Cette saison, l’attaquant a gagné sa place en Ligue 1 au sein de l’attaque du Racing Club de Strasbourg. Où qu’il aille, le caméléon se fond dans son nouvel environnement. « Si tu viens juste un jour dans le vestiaire, tu connais son nom. Y en a que t’oublieras, lui non. Il est toujours là à vanner les gens, mettre l’ambiance, danser, rentrer dans les débats, raconte son ami et ancien coéquipier à VA, Moussa Niakhaté. Pour vous dire, il s’est plus vite intégré au groupe que des mecs qui étaient là depuis plus d’un an. » Adversaire en CFA 2, puis partenaire dans le Nord, Baptiste Aloé résume : « Nuno sait comment se comporter, il a un temps d’avance. » Reset.

Façonné dans les rues de Lisbonne


Né au Cap-Vert, Nuno Da Costa garde en tête quelques flashs des paysages de l’île de Praia, mais il grandit dès l’âge de deux ans à Lisbonne, dans le quartier populaire de Mercês. Avec sa maman et son beau-père, qu’il considère comme son papa « parce que c’est lui qui m’a élevé » . « Sans avoir tout ce que je voulais, je n’ai jamais manqué de rien » , certifie Da Costa, dont le père biologique a été gardien de la sélection du Cap-Vert. Après l’école, le gamin passe ses soirées dehors, à taper la balle. Ces un-contre-un ou cinq-contre-cinq sur l'asphalte façonnent son jeu autant qu’ils le définissent aujourd’hui dans la vie : un formidable chambreur. « Dans la rue, c’est beaucoup de technique, d’insolence, explique Da Costa. Sur la première partie de cette saison, au Racing, je dois être le mec qui a mis le plus de petits ponts. Même en match. À l’époque, c’était par insolence, maintenant, c’est par habitude. » Après une première licence à l’âge de dix ans, le gamin fan du Benfica intègre le Sporting, vit de l’intérieur la déception de la Selecção à l’Euro portugais, démarre ensuite une nouvelle vie – « le 5 novembre 2004, le jour de l’anniversaire de mon petit frère » – lorsque la famille rejoint le beau-père qui a trouvé une opportunité de travail. Destination la France, donc.


Moins déchiré de quitter le centre du Sporting que ses potes d’enfance, l’ado flemmard à l’école se plaît à apprendre le français. Avec l’appui de deux ou trois cours particuliers par semaine à la pause de midi, mais avant tout grâce à son caractère sociable : « Je me baladais avec un dico. Quand je voulais dire quelque chose, si je ne savais pas le mot, j’allais voir le côté portugais, traduction français... La personne me disait : "ah oui, mais, généralement, on utilise plutôt ce mot..." Ça s’est fait comme ça » , rembobine Da Costa. En quelques semaines, Nuno devient trilingue parce qu’il maîtrisait déjà l’anglais : « Au Portugal, on commence les cours d’anglais très tôt. Les films sont en VO. Ici, vous allez au ciné, le film est doublé. Vous ne faites pas l’effort d’écouter et d’associer les mots avec les sous-titres. » C’est donc tout naturellement qu’il se dirige ensuite vers des études de langues étrangères « parce que pour moi, c’était facile » .

Sous contrat amateur à Valenciennes


De son club de quartier de Saint-Zacharie, à La Ciotat, en passant par Auriol, le discours chez les Da Costa reste le même : « Mes parents sont fiers, mais ce ne sont pas eux qui m’ont poussé. Mon père me disait : "Les mecs sortent à 18 ans." Mais je suis quelqu’un qui écoute la moitié de ce qu’on lui dit... » Et ce n’est pas une lourde blessure en Coupe de France lors de sa première saison à Aubagne, en 2010-2011, qui va enrayer le jeune homme : « Il met un super but, se fait une double fracture tibia-péroné dix minutes après. Ça l’a freiné. Mais on ne l’a pas lâché » , témoigne Frédéric Cravero, son coach pendant cinq saisons à Aubagne.

Le Cap-Verdien commence alors à entrevoir les lueurs du monde professionnel lorsqu'il est repéré par Faouzi, un recruteur des Chamois niortais. Le deal ne se fait pas, mais ouvre la porte à un essai aux Pays-Bas pour finalement déboucher à Valenciennes. « À cette époque, je n’avais pas beaucoup de moyens et il fallait compenser le départ d’Anthony Le Tallec » , se souvient David Le Frapper, l’entraîneur des pros qui a validé son essai dans le Nord. Aux avances de Marseille Consolat, Da Costa préfère répondre à l’appel de la Ligue 2. Quitte à se lancer dans le vide à Valenciennes. Un changement de vie radical avec un simple contrat amateur. « Ma compagne n’a pas hésité à lâcher son travail dans le Sud pour me suivre, alors que je gagnais 1 000 euros brut par mois. Elle a finalement trouvé un travail à Valenciennes. Au début, j’avais pris un tout petit studio. Je vivais simplement. »

« Tu vois ce badge de la Ligue 2, là ? Tu ne le verras plus »


Un soir de décembre 2015, à Nancy, le train n’est pas loin de s’échapper une bonne fois pour toutes : « C’est clairement le tournant de ma carrière » , souffle Da Costa. Valenciennes est alors en grande difficulté au classement, et Nuno entre en jeu à un quart d’heure de la fin. Sur une erreur d’inattention, il laisse son latéral s’échapper, centrer et permet indirectement à Nancy de marquer le but de la victoire. La soufflante sera épicée.


« Quand on rentre au vestiaire, le coach prend mon maillot et gueule devant tout le monde : "C’est pas possible que les efforts de certains soient gâchés par une personne !" Il se tourne alors vers moi, me montre le badge de Ligue 2 et me dit : "Tu vois ce badge là ? Tu ne le verras plus." » Nuno Da Costa

« Quand on rentre au vestiaire, le coach prend mon maillot et gueule devant tout le monde : "C’est pas possible que les efforts de certains soient gâchés par une personne !" Il se tourne alors vers moi, me montre le badge de Ligue 2 et me dit : "Tu vois ce badge là ? Tu ne le verras plus." Derrière, on part en vacances, et quand je reviens, j’apprends qu’il a été démis de ses fonctions. À partir de ce jour-là, j’ai mis deux fois plus d’implication dans tout ce que je faisais. C’est peut-être l’une des raisons pour lesquelles je suis en Ligue 1 aujourd’hui. » Entraîneur de la réserve de l’OM, David le Frapper se souvient encore de cet épisode : « Moi mon objectif, c’était surtout de lui faire comprendre à ce moment-là que le remplaçant du remplaçant est aussi important que le numéro un. Il était frustré, mais il en parle encore, donc ça veut dire que ça l’a marqué. D’autres joueurs auraient sombré, lui a vite compris que c’était pour lui. Quand je fais cet acte-là, c’était pour le faire grandir, car il n’avait que 24 ans à l’époque. » En janvier, Faruk Hadžibegić arrive, les cartes sont redistribuées. L’heure de Nuno Da Costa a sonné.

Rapidement, tout s’enchaîne : d’abord, une place de titulaire glanée aux dépens d’Édouard Butin, blessé, puis dix buts en 18 matchs sur les cinq derniers mois. Da Costa s'affirme comme le meilleur buteur de Ligue 2 sur l'année civile 2016. Des envies de départ vers l’élite naissent en janvier 2017, un bras de fer s’installe avec la direction. « Ce que j’ai apprécié chez lui, c’est sa fidélité dans son engagement. Je l’ai senti, même si ça m’a beaucoup coûté, lorsqu'il était en conflit avec le club. Il ne lâchait pas son agent, il est resté fidèle. Se priver de Nuno, c’était un sacrifice énorme » , confie Faruk Hadžibegić, qui a succédé à Le Frapper. Six mois plus tard, les sirènes de la Ligue 1 se font à nouveau entendre, l’international cap-verdien signe à Strasbourg.

La bouillotte de Neymar


« Neymar a retiré ses gants et a mis sa bouillotte dans les miens. Il me dit : "Serre, tu vas voir ça va chauffer." Je lui ai répondu : "Tu me prends pour un blédard, je connais ça." » Nuno Da Costa

Après un démarrage diesel, Da Costa se libère face à Nantes. Puis, le 2 décembre dernier, l’attaquant fait exploser La Meinau en ouvrant le score contre le PSG. Le lusophone ne repart pas avec le maillot de Neymar, c’est mieux encore, le Racing l’emporte 2-1 : « Pendant le match, j’ai beaucoup parlé avec Neymar en portugais. Comme c’est un maronneur (un râleur, ndlr), je n’ai pas eu le temps de récupérer son maillot parce qu’il était parti se cacher dans les vestiaires. Ce jour-là, il faisait très froid et j’avais super froid aux mains. Sur un coup de pied arrêté, je secoue les mains à cause du froid et quand il a vu ça, il a retiré ses gants et a mis sa bouillotte dans les miens. Il me dit : "Serre, tu vas voir ça va chauffer." Je lui ai répondu : "Tu me prends pour un blédard, je connais ça" » , se marre l’un des principaux animateurs de la bonne ambiance du vestiaire alsacien.


Thierry Laurey est sous le charme, mais il voit encore des points d’amélioration au niveau athlétique pour son poulain : « Même s’il va vite, ce n’est pas non plus King Kong. Il a vraiment un profil de sprinteur : il arrive à se faufiler dans les défenses comme une anguille, mais s’il prend un coup d’épaule, il se faufile un peu moins bien. On espère le voir finir la saison à dix buts en Ligue 1. » Et après ? À défaut de voyager en tant que représentant import-export comme il aurait pu le faire s’il n’avait pas percé dans le foot, le jeune papa présente toujours sur son CV la maîtrise de quatre langues : portugais, français, anglais et espagnol. Toujours utile s’il découvre, un jour, un autre championnat. « Mon rêve, c’est soit retourner au Portugal pour jouer dans un grand club, soit l’Angleterre. La Premier League, c’est le championnat qui m’attire le plus. La Bundesliga aussi. » Il faudrait alors se mettre à l’allemand... « Mais bon, si Ribéry s’en est sorti, ça devrait le faire... » Chambreur un jour... Par Andrea Chazy et Florian Lefèvre, à Strasbourg Tous propos recueillis par AC et FL