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Cubillas : « Markarian travaille pour le futur »

Milieu magique du Pérou des années 70, septième meilleur buteur de l'histoire de la Coupe du Monde, choisi par Markarian pour motiver ses troupes, Teofilo Cubillas est aussi classe qu'un maillot blanc strié d'une bande rouge. Forcément déçu par une Copa América pingre en buts et en spectacle, il veut croire au renouveau du Pérou.

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La troisième place du Pérou, c'est une belle surprise ?


Pas vraiment. Franchement, j'ai toujours pensé que le Pérou pouvait atteindre ce niveau, à condition que les joueurs croient enfin en eux. Dans le football, il faut croire et pouvoir. Cette fois, les garçons ont fait les deux. Ce nouvel état d'esprit est le fruit du travail de Markarian, le nouveau coach, qui a su leur transmettre l'attitude nécessaire pour remporter de grandes victoires. Dans cette sélection, il y a de l'envie. Du désir. Aujourd'hui, tous les mecs veulent avoir leur place sur le terrain : cette concurrence positive tire le groupe vers le haut. Et puis, les joueurs expérimentés comme Guerrero ou Vargas ont enfin confirmé leur réputation. Ils ont porté l'équipe à bout de bras.

L'année passée, Markarian vous avait justement choisi pour venir ponctuellement conseiller et motiver les joueurs. Vous lui avez parlé pendant la compétition ?


En réalité, j'ai passé les quatre dernières semaines au Mexique, pour le Mondial des moins de 17. Je suis arrivé le jour de la demi-finale et nous nous sommes réunis avec Markarian. Il m'a dit que, pour lui, il n'avait encore rien gagné, que le travail se verrait après, pendant les éliminatoires. Markarian travaille pour le futur.


Après trente ans de décadence, cette troisième place pourrait marquer le début d'une nouvelle ère pour la Blanquirroja ?


Il fallait de toute façon bien commencer par quelque chose. Cette troisième place va nous servir énormément lors des éliminatoires, où il faudra aller avec cette nouvelle mentalité, en pensant que nous aussi nous pouvons gagner et rivaliser avec les plus grandes équipes. La lutte pour la qualification pour le prochain Mondial, en Amérique du Sud, va être âpre. Toutes les équipes vont se bastonner pour y être.

Farfan et Pizarro, absents de la Copa et principaux protagonistes des orgies organisées ces dernières années lors des mises au vert, ont-ils toujours leur place dans la sélection ?


Ils seront forcément toujours importants pour la sélection. Mais désormais, ils vont devoir gagner leur place. A eux de montrer qu'ils valent vraiment quelque chose quand l'entraîneur leur donnera leur chance.

54 buts, le Paraguay en finale sans gagner un match, les tirs au but du Brésil... Une Copa America aussi défensive, cela a dû vous faire mal au cœur ?


Pfff.... A part la dernière journée où le Pérou gagne largement et l'Uruguay met ce 3 à 0, c'était clairement inquiétant. T'imagines, tous ces matchs qui finissent à 0-0... Après, la compétition était relevée. Les soi-disant petites équipes n'ont plus rien à envier aux grandes nations, qui vont devoir se faire du souci dans les prochaines années. Le Brésil, l'Argentine, la Colombie, le Chili sont venus en favoris et ont fini à la maison, à passer le temps. Désormais, le nom ne suffit plus, les matchs se gagnent et se perdent sur le terrain. Nos garçons l'ont bien compris : lorsqu'ils donnent leur maximum sur un match, ils ont autant de chances que les autres de l'emporter. Après tout, le football, ça se joue à onze contre onze.

La plupart des équipes comptent désormais dans leurs rangs des joueurs évoluant en Europe. Cela participe à resserrer le niveau de jeu ?


C'est évident que jouer en Europe, où tu côtoies chaque week-end le haut niveau, t'aide à progresser,. Mais cette expérience doit ensuite être utilisée dans les grandes compétitions, ce qui, dernièrement, était loin d'être le cas chez nous. Markarian a su parler aux joueurs afin qu'ils appréhendent les matchs différemment. Il a dû leur faire quelque chose.

Le Pérou de Markarian, l'Uruguay de Tabarez, le Vénézuela de Cesar Farias et le Paraguay de Tata Martino : au fond, ce fut un peu la Copa America des entraîneurs ?


D'une certaine manière, ce fut le cas. Parmi eux, Tabarez mérite sans doute une mention spéciale. Mais quand même, t'imagines, Tata Martino a réussi à organiser et à structurer le jeu de son équipe pour en finir à chaque fois aux tirs au but. Et, à part la finale, il a finalement gagné tous ses matchs éliminatoires aux pénos ! Quant à Batista et Menezes, on ne devrait plus les voir très longtemps...


A part la magnifique sélection paraguayenne, quelle équipe vous a donné le plus de plaisir ?


Au début, j'ai aimé la Colombie. J'ai aimé le Chili. J'ai apprécié un match du Brésil et un match de l'Argentine. Mais pour moi, la vraie surprise fut le Vénézuela. A part le dernier match contre le Pérou, c'était une équipe superbe à voir jouer. Sinon, il y avait quand même Luis Suarez, un joueur extraordinaire, qui joue pour l'équipe et ne s'arrête jamais. Et puis Paolo Guerrero, Caramba. Il a pris feu.


Propos recueillis par Pierre Boisson

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