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Cruijff, entraîneur total

Johan Cruijff est un homme de révolution. Attaquant génial et total, il est devenu un entraîneur génial, intransigeant et total. Le Néerlandais a posé le Barça sur le toit de l'Europe et ouvert le chemin à son fils spirituel : Pep Guardiola.

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Johan était déjà entraîneur du temps où il était joueur : à l'Ajax et avec les Pays-Bas, il échangeait énormément avec son mentor Rinus Michels. Et puis sur le terrain, du geste et de la voix, il dirigeait la manœuvre selon une vision tactique déjà bien affirmée. En tant que coachs, Michels et Cruijff ont un point commun crucial : joueurs, ils étaient tous les deux des attaquants. Et ça comptera évidemment dans leur philosophie offensive jamais démentie… C'est en 1985 que Cruijff entrera officiellement dans la carrière en drivant le club de sa vie, l'Ajax Amsterdam. Cruijff installe son labo, tente et expérimente. Il fait monter en grade une jeune génération qu'il couve de toutes les attentions (Van Basten, Rijkaard, Blind, Bergkamp) et qui remportera la C2 1987 contre le Lokomotiv Leipzig (1-0, but de Van Basten).

En 1988, son autre club de cœur, un Barça en plein marasme, l'appelle à l'aide. La révolution commence ! Il bâtit l'équipe légendaire qu'on appellera bientôt la Dream Team. Il vire d'abord des stars comme Lineker, qu'il apprécie, mais qui ne rentrent pas dans son système. Il fait surtout appel en 1989-1990 à trois joueurs clefs : Ronald Koeman, Mickael Laudrup et Hristo Stoichkov, soit un crack par ligne. Cruijff abandonne le 4-4-2 qui prévalait avant lui et installe un 4-3-3 audacieux qui exacerbe les critiques du foot espagnol… Le vrai coup de génie du maître hollandais, c'est un jeune joueur de 19 ans qu'il place dès 1990 devant sa défense : un certain Pep Guardiola… Avec Laudrup, Pep est l'autre clef de voûte du système : avec sa vista, sa relance laser et sa lecture hors air du jeu, Pep est le deuxième organisateur du jeu partant des lignes arrières quand Laudrup est le leader d'attaque. Meneur reculé, Pep est face au jeu, il a l'espace devant lui. Ceux qui douteraient de l'influence tactique énorme de Cruijff sur le futur coach de la Dream Team II apprendront que le Maître ordonnera à Koeman d'être le tuteur et compagnon de chambre du jeune Guardiola pour qu'il lui enseigne, tel un prof, tous les rudiments du « style hollandais » : jeu offensif, transmission-circulation, vitesse-mouvement, occupation de l'espace, utilisation de la largeur et profondeur ! Pep était un élève très assidu, jamais à cours de questions… C'est l'autre côté admirable de la pédagogie de Cruijff : le sens de la transmission propre à générer des futurs grands coachs (Guardiola, Rijkaard, Van Basten ou Laudrup actuellement).

Orange fluo et 3-4-3


La révolution en marche triomphe : le Barça remporte quatre fois d'affilée la Liga (1991, 1992, 1993, 1994 : un premier record pour le club), la C2 en 1989, la Coupe du Roi en 1990 et trois Supercoupes d'Espagne ! Surtout, les Baugranas décrochent enfin leur Graal : une première victoire en Ligue des champions le 20 mai 1992 à Wembley, contre la Sampdoria (1-0 a.p), sur un coup franc atomique de Koeman devenu légendaire. Ce soir-là, le Barça jouait en orange flashy, à la fois par superstition et par rapport à la culture catalane du club. Une inspiration géniale de Cruijff, là-aussi : « Quand je suis arrivé en 1988, la mentalité catalane était encore très marquée par les années de franquisme. Il fallait être discret et travailleur, ne pas se démarquer. (…) Il faut comprendre que la couleur à la mode, à cette période, était le bleu marine. Une couleur pour qu'on ne vous distingue pas des autres, pour surtout ne pas être vu. Moi, j'ai voulu faire exactement l'inverse : un deuxième maillot orange ou jaune fluo. On va sortir de l'obscurité se distinguer et assumer ! Nous avons changé les mentalités. Et pas seulement celle du Barça, mais celle de toute la Catalogne. » L'attachement à l'identité régionale du club, c'est aussi la Masia inaugurée en 1979, mais qu'il réactive à son arrivée au Barça. C'est aussi le même style de jeu et le même système ajacide en 4-3-3 qu'il fait pratiquer, des équipes de jeunes à l'équipe A : football total et projet global…

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Tactiquement, les préceptes de Cruijff commencent à imprégner le foot espagnol. Des trucs simples. Règle n°1 : « Le principe du football est de marquer au moins un but de plus que l'adversaire, peu importe le nombre de buts encaissés. Règle n°2 : « Le ballon doit courir le plus possible, pas les joueurs. » Pour une circulation plus rapide du ballon à une touche de balle (qui repose sur une technique individuelle élevée), Cruijff fait toujours arroser la pelouse du Nou Camp avant chaque match des Blaugrana… En Espagne, plus personne ne rigole quand Cruijff déclare : « Je fais l'équipe pour qu'elle gagne 3-0. La perfection n'existe pas. Mais mon boulot consiste à m'en rapprocher le plus possible. » Cruijff adoptera un plus novateur en initiant un 3-4-3 quasi inédit qui s'articule sur un axe à quatre (Koeman, Guardiola, Bakero, Laudrup). Ronald Koeman résumera parfaitement cette philosophie tactique avec acuité : « La façon dont nous jouions sous Johan Cruijff état révolutionnaire. À mes yeux, ce style de jeu était parfois un peu trop offensif, un peu trop tourné vers l'attaque. Mais c'était tout Cruijff ! Notre jeu était plein de risques. Moi-même, je n'étais même pas un vrai défenseur, puisque je devais avancer au milieu avec le ballon toutes les fois que je le pouvais… Ça donnait des matchs fantastiques à regarder, mais on se faisait punir, parfois : il faut dire qu'on laissait des grands espaces derrière en défense… Mais Cruijff disait toujours qu'on gagnerait quand même la majorité de nos matchs. Et il avait raison ! » Pour illustrer le génie et les limites de cette philosophie, beaucoup de spécialistes citeront le fameux match de premier tour retour de C1, Barça – Dynamo Kiev (4-1 en septembre 1993, après un 1-3 à l'aller). Un match fabuleux, incroyable de fluidité, de combinaisons démentielles, de remontées de balle en trois passes, de dribbles ensorceleurs et surtout de densité catalane inouïe dans les 20 derniers mètres du Dynamo (jusqu'à huit joueurs !). Seul bémol typique des prises de risques insensées : le but de Rebrov, lancé sur un de ces contres assassins habituels que subissait le Barça. Koeman, en retard, s'était fait prendre dans le dos par l'attaquant ukrainien. Le score de 2-1 éliminait le Barça… Mais deux autres buts magnifiques sauveront les Blaugrana.

La claque milanaise


Symboliquement, la Dream Team prendra fin en mai 1994, en finale de C1 contre le Milan AC de Capello : un 0-4 bien carabiné resté dans les mémoires. Outre la grande qualité de ce Milan déjà champion d'Italie et que Cruijff avait sous-estimé en le chambrant un peu (erreur fatale qui mobilisera à fond les Rossoneri), le Barça a surtout payé une fin de cycle, malgré la venue de Romário en 1993. Bakero avouera sans honte que ce Barça rassasié n'avait plus de gaz, après 5 saisons fabuleuses à tout gagner ou presque. Le titre de champion d'Espagne décroché trois soirs plus tôt, avant cette finale de C1, fut aussi fêté « jusqu'à plus soif » ... Enfin, soumis au casse-tête d'aligner trois joueurs étrangers maximum, Cruijff a sans doute commis l'erreur de choisir Koeman, Stoichkov et Romário, alors que de l'avis de beaucoup, c'était plutôt Laudrup, technicien hors pair sachant mettre le pied sur le ballon face à la machine milanaise, qu'il aurait fallu aligner… Au printemps 1994, Cruijff sera pressenti pour coacher les Oranje au Mondial US : le rêve de toute une nation enfin exaucé ! Mais la fédé hollandaise, effrayée par le charisme intransigeant de Johan 1er, lui préfèrera le banal Dick Advocaat… Avec Franz Beckenbauer (champion du monde 1990), Johan Cruijff est à ce jour le seul des plus grands joueurs de l'histoire du foot à avoir réussi une carrière de grand entraîneur doublé d'une aura de grand scientifique du jeu. Une dernière image : Johan Cruijff est assis en haut de la tribune VIP de Wembley où le Barça vient d'étriller MU en finale de C1 2011 (3-1). Satisfait, il contemple de haut, tel le Divin, le triomphe de son fils spirituel, Pep Guardiola…

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À lire : La suite du top 100 des entraîneurs

Par Chérif Ghemmour
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nononoway Niveau : CFA
Les Pays-Bas au mondial 1994...

Deuxième match de groupe, le moment d'assurer son ticket pour les 1/8e face à la Belgique sensée être plus faible. Boum, défaite 1-0. Souvenir bien ancré dans ma mémoire !
Un certain moment, j'ai cru que s'été guardiola à la 6eme place ! Mais que viens foutre* pep ds un article sur cruyff !!!!
Chriswillow Niveau : Loisir
Cruyff, le seul surhumain à être dans le top 10 des tops So Foot (joueurs, buts, entraineurs).
Et ce n'est pas comme si ce n'était pas mérité. Bravo pour cet article, rendant hommage à l'Homme qui représente tellement bien le "Foot Total" !
Sinon, super bon article, mais j'attendais cruyff plutôt ds le top 3.
"Le Barça asurtout payé une fin de cycle malgré la venue de Romario en 1993. Bakero avouera sans honte que ce Barça rassasié n’avait plus de gaz, après 5 saisons fabuleuses à tout gagner ou presque".

Suis-je le seul à trouver une certain ressemblance avec le Barca de cette année ?
le Barça de cette année, c'est quand même encore une demi-finale de Champion's League et ils sont champion d'Espagne en roue libre depuis Janvier...
D'autant plus que les joueurs actuels sont bien plus titrés que ceux de 94...
Message posté par Toto Riina
le Barça de cette année, c'est quand même encore une demi-finale de Champion's League et ils sont champion d'Espagne en roue libre depuis Janvier...


Oui mais en 94 ils sont aussi champion. Certes à la dernière journée ou un truc du genre, mais ils règnent encore sur l'Espagne.
Journalducalembour.com Niveau : DHR
Et les clopes sur le banc ?

Post sponsorisé par Camel et le panda
Hollandais arrogant, c'est un joli pléonasme. La non nomination de Cruyff à la tête des oranges mécaniques en 1994 est tout sauf une surprise. Il suffit de creuser un peu pour s'apercevoir qu'il y a pas mal de zones d'ombres (son absence au mondial 78...) tout au long de sa carrière, notamment de joueur. Son côté aussi donneur de leçons (Xavi est son digne successeur...) agace souvent.

Il n'empêche que c'était un p***** de talent, et un entraîneur aux idées innovantes. Fan du "baixinho", j'ai vraiment pris du plaisir a voir évoluer son équipe, avec la folie Stoichkov, la classe de Laudrup.
Message posté par saviola07


Oui mais en 94 ils sont aussi champion. Certes à la dernière journée ou un truc du genre, mais ils règnent encore sur l'Espagne.


De mémoire, il me semble que c'est en 92 et 93 lorsque le real s'effondre respectivement contre Tenerife et La Corogne, que le Barça passe devant à la dernière journée (punaise, 2 années de suite le même scénario).

En 94, le Barça avait plié le championnat un peu plus tôt, avec un Romario au sommet de son art (33 buts marqués en liga), et avec comme match référence le fameux 5-0 contre le Real, dont un triplé de Romario ...
Mémé Jacquet Number One
Note : 6
Petite anecdote de Cruyff sur o Baixinho dans une interview:
Journaliste: C'était comment avec Romario ?
Cruyff: " C'était autre chose... Vous allez comprendre quel genre de lascar était Romario avec une seule anecdote. Une fois, il est venu me demander s'il pouvait sécher deux jours d'entrainement pour rentrer au Brésil, il devait y avoir le carnaval de Rio... Je lui ai répondu : " Si tu marques deux buts demain, je te donne deux jours de repos de plus qu'au reste de l'équipe. " Le lendemain, il a marqué son deuxième but à la 20e minute de jeu et il m'a immédiatement fait signe qu'il voulait sortir. Il m'a dit : " Coach, mon avion part dans moins d'une heure ! "

Journaliste: Vous l'avez laissé filer ?
Cruyff: Évidemment !
georgesleserpent Niveau : Loisir
Ce mec est juste un dieu, en tant que joueur, entraîneur, et penseur, vraiment je suis pas fan du football total et du barca, mais j'ai un respect immense pour cruiyff, un pur génie ! En tant que joueur un mec juste supersonic, le meilleur de l'histoire pour moi, en tant qu'entraineur un philosophe !!
D'ailleurs quelqu'un a-t-il l'image dont sofoot nous parle souvent de cruiyff triomphant dans la tribune de wembley en 2011 en final de LDC ? Merci d'avance !
Je suis un peu perdu, le football total c'est qui? Cruyff? paske depuis que je lis les articles chaque entraineur dit avoir inventé le football total avant Cruyff.
Merci d'éclairer ma lanterne.
perso je suis pas grand fan du Mr , intransigeant, et toujours sur de lui. mais je pense qu'il aurait du être sur le podium , car il est l'un des coach qui a réellement inventée un truc , et ca peut de grand entraineur peuvent s'en venter. mais bon on sait bien que le premier de se classement est Pablo Correa
Sacchi dans un autre style a aussi révolutionné le football ....
Correa, un grand précurseur pour tout ce qui est phase de jeu sans ballon. J'ai déjà vu nancy ne pas toucher au ballon pendant près de 90 minutes.
Message posté par Mcfly
Je suis un peu perdu, le football total c'est qui? Cruyff? paske depuis que je lis les articles chaque entraineur dit avoir inventé le football total avant Cruyff.
Merci d'éclairer ma lanterne.


Le football total, c'est quand les joueurs de la même équipe jouent à tous les postes au cours d'un match, pour contrecarrer le marquage individuel en vigueur dans les années 60-70, en pratiquant un pressing presque kamikaze et jouant la ligne de hors-jeu très haut sur le terrain. Fallait pas s'étonner de voir parfois Cruyff en position de libéro comme Beckenbauer. Cette philosophie s'est créée progressivement au milieu des années 60 et est symboliquement mort à la retraite en sélection de Cruyff en 1977.

Mais pour les spécialistes, la genèse du foot total remonte à la danubian school des années 30, la maquina de River Plate des années 40 et la Hongrie des années 50 ...
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