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Crise d'identité

Le Real Madrid était la fierté de l'Espagne, le plus gros fournisseur de la Seleccion, le meilleur club du Royaume. Voilà, ça, c'était avant. Aujourd'hui, tout a changé et le Real ne sait plus ni qui il est, ni à quoi il joue.

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« Imagine le Real Madrid avec huit champions du monde dans son effectif... Ce serait insupportable, on en entendrait parler tous les jours... » Les propos du défenseur central barcelonais Gerard Piqué relèvent autant de la vanne que d'une certaine réalité. Le Real Madrid n'est plus le club fort de l'Espagne, il ne représente plus le football espagnol et forcément, ça irrite la moitié du pays. Affront suprême, les exploits historiques de la Seleccion, Euro08 et CDM10, sont à mettre au crédit des joueurs du Barça et du style de jeu blaugrana. Autant le dire tout net, sans les Piqué, Puyol, Busquets, Xavi, Iniesta ou Pedro, la capitale espagnole n'aurait jamais vu défiler une coupe du monde sur un char. Madrid, capitale de l'Espagne, doit son plus grand exploit sportif à Barcelone, la Catalane. Ce constat est dur à avaler pour un club, le Real Madrid, qui traditionnellement avait pour habitude de fournir en masse l'équipe du pays. Ainsi, il y a moins de dix ans, on trouvait à la fois dans l'effectif de la maison blanche et de la Roja, des joueurs comme Raul, Hierro, Morientes, Helguera ou encore Salgado. Le 11 juillet dernier, sur la pelouse du Soccer City de Johannesburg, on en comptait trois, Casillas, Ramos et Alonso. Mais l'analyse qui blesse, c'est que les Barcelonais précédemment cités sont tous des purs produits de la formation catalane, alors que sous le maillot rouge, seul Iker Casillas a fait ses classes au Real. Voilà, le Real ne forme plus d'internationaux espagnols, ce qui était impensable il y a encore une dizaine d'années.

Dans cette crise d'identité, la presse madrilène, Marca et As en tête, perd complètement la boule, elle devient schizophrène et ne sait plus sur quel pied danser. Être fière d'une sélection à grosse tendance catalane, la pilule à du mal à passer pour Madrid. Du coup, lors du dernier Portugal-Espagne, Marca avait du mal à cacher sa joie de voir s'imposer un Portugal très Real (CR7, Pepe et Carvalho) devant pourtant sa Seleccion couleur blaugrana. Le Real Madrid, club des Espagnols purs et durs, club des Ultra Sur (groupe de supporters fortement inspiré par la nostalgie franquiste) n'inspire plus l'équipe de son pays, le Real est même devenu une sorte de version 2010 de son ennemi de toujours, le Barça, mais version 2000. Au début du siècle, le FC Barcelone était composé majoritairement de Hollandais (The DeBoer's, Bogarde, Reiziger etc...), de mauvais Brésiliens (Rochemback, Geovanni) et d'affreux Français (Dehu, Petit, Dutruel), le tout sans un seul natif. Aujourd'hui, le club de la capitale a envoyé valser ses valeurs d'antan, il assume un effectif de mercenaires avec trois Portugais, deux Allemands, deux Argentins et un Brésilien dans son onze de départ. Si le Barça avait vendu son âme au diable Louis Van Gaal, le Real a balayé l'héritage Del Bosque et fait désormais son beurre avec l'entraineur le moins concerné par les destins de ses clubs : José Mourinho. Cet été, le club madrilène a même dû se défaire du dernier vestige local de son vestiaire en la personne de Raul. Le Real Madrid n'est donc plus le Real Madrid, il n'a plus rien d'espagnol et ressemble à s'y méprendre à un horrible mélange, sorte d'Inter de Chelsea.


Le 16 novembre dernier, la fédération espagnole de football présentait le nouveau maillot de la sélection. Traditionnellement uni, à l'image du blanc immaculé du Real, le rouge vif de la tunique partage désormais la place avec deux bandes bleues. Le maillot de la Seleccion est donc dorénavant rouge et bleu. Ça ne vous rappelle rien ?

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