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Crevoisier : « Un match symbole »

Jacques Crevoisier connaît bien Liverpool. Et pour cause, le consultant de Canal Plus a été l'adjoint de Gérard Houllier au début des années 2000 chez les Reds (notamment lors de la folle saison 2000-2001). Alors quand on évoque Liverpool/MU, Jacques sait de quoi il parle.

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Affronter Manchester United quand on est à Liverpool, c'est un match à part ?


Il faut savoir que lorsque l'on est à Liverpool, il y a quatre matches dans l'année à ne pas perdre. Les deux contre Everton. Les deux contre Manchester. On peut gagner les quatre et finir dixième, l'essentiel est sauf. Ou presque. Il faut bien distinguer le match contre Everton, qui est un vrai derby, de celui de Manchester, qui est plus historique. Entre les deux villes, il existe une animosité très établie. Elle prend sa source dans l'Histoire. Dans l'Angleterre industrielle, Liverpool était un port économiquement viable. Une place forte même. Quand Manchester a bénéficié d'un accès à la mer, ça a eu pour conséquence directe l'appauvrissement de Liverpool car Manchester était une place forte de la production de coton et n'avait plus besoin de passer par le port de Liverpool. Et ça, ca a grandement contribué à la haine du Liverpuldien sur le Mancunien. C'est au-delà du football. Car quand vous regardez les deux populations, elles sont identiques. Même milieu économique, même passion du football etc.

La rivalité est-elle toujours d'actualité ?


Plus que jamais. Le véritable drame pour Liverpool est de voir Manchester United devenir champion cette année et ainsi les doubler au nombre de titres nationaux. C'est quelque chose de difficilement vivable quand on vient de Liverpool. C'est le pire qui puisse leur arriver. Mais d'un autre côté, cela peut être une réelle force pour eux aujourd'hui. Une sorte d'énergie du désespoir. Car la saison actuelle est foutue. Ils ne verront pas l'Europe sauf s'ils gagnent la C3, la seule manière d'exister pour les Reds, c'est donc de faire des coups. A l'instar de celui réalisé à Chelsea en février.

C'est une rencontre que l'on prépare différemment ?


Tous les matches se préparent de la même manière. C'est juste l'approche tactique qui diffère. Mais ce qu'il faut savoir, c'est que sur ce match et également sur le derby, les joueurs et les entraîneurs ont des consignes particulières de la part de la police. En cas de but, il faut rester contenu. Dans le sens où il ne faut jamais aller provoquer l'adversaire ou les fans adverses. Car si on dérape, on passe non pas devant la justice sportive mais pénale. Ce match est très encadré et il est impossible de voir un Gerrard aller fêter son but devant la partie du stade réservée aux Mancuniens.

L'animosité est-elle réelle entre les joueurs ?


Pas du tout. Il y a un réel respect. Entre les fans, c'est autre chose. A Anfield, il y a systématiquement des chants qui font référence au titre. Il y a un chant qui dit « Nous en avons gagné une cinquième à Istanbul » . C'est directement dirigé contre MU. Histoire de dire : “Vous en avez gagné une par hasard à Barcelone”. Mais entre les joueurs, c'est du respect. Idem entre les staffs. Je me souviens qu'en 2001, on les avait battus quatre fois dans la saison entre le championnat et les coupes. C'est toujours resté courtois sur la pelouse.

La Ville est-elle vraiment coupée en deux ?


On choisit très vite sa couleur : rouge ou bleu. Mais contre Manchester, il y a plusieurs strates d'attachement. Vous avez le fan d'Everton mais Liverpuldien qui veut que les deux clubs finissent bien placés mais Everton devant, vous avez le même raisonnement avec Liverpool et, enfin, vous avez le fan qui n'aime que son club.

Quid des Liverpuldiens de souche qui jouent dans les deux clubs ?


Pour Liverpool, le symbole négatif, c'est Wayne Rooney. Il a trois handicaps : il est né à Liverpool, a été formé à Everton et joue à Manchester United. On ne peut pas faire pire. Mais pour un club comme Liverpool, être passé à côté du plus grand joueur anglais alors qu'il est né chez vous, c'est inadmissible. Mais quelqu'un comme Michael Owen, c'est différent. C'était le petit prince des Reds. Je l'ai connu à son apogée avec son Ballon d'Or. Je suis déçu par sa fin de carrière. Entre ses blessures et ses choix sportifs, il finit comme un titulaire en Coupe de la Ligue. C'est triste. Mais vous pouvez vous imposer dans les deux clubs. Paul Ince l'a fait par exemple.

Et Kenny Dalglish, peut-il relancer la machine rouge ?


C'est difficile mais ça reste une légende. Vient-il pour une pige ou pour durer ? Il sort de dix ans d'inactivité quand même. Je suis inquiet pour la suite des Reds. Gerrard et Carragher, deux garants de l'identité locale, sont en fin de cycle et il n'y a personne derrière pour prendre la relève. On parle de deux internationaux anglais, nés à Liverpool et véritables mythes au club. Dans son Histoire, le club n'a quasiment jamais fini au-delà de la septième place. Si vous finissez sixième, vous regardez vos godasses en sortant. Il y a une histoire à respecter. Est-ce que le club est prêt à partir pour finir dixième l'année prochaine ? Difficile de savoir.

Vous en voulez toujours à Rafael Benitez ?


Je l'ai toujours dit, il a laissé un champ de ruines. Il a acheté soixante-huit joueurs pour soixante échecs, et souvent à des prix exorbitants. Il a viré tout le monde en interne et creusé la dette du club. Sa Ligue des Champions n'efface pas tout. Il a fait du mal au club mine de rien. Il avait trop d'ego. Et puis, je ne suis pas persuadé que des Degen, Kyriakos, Lucas soient les joueurs qu'il faut à Liverpool. C'est une institution, il faut des top players.

Donc ce match contre MU est capital ?


C'est le match symbole. Déjà, voir Manchester perdre deux matches de suite, c'est rare. Mais si en plus, Liverpool peut empêcher MU d'être champion en les battant, c'est jouissif. Donc le match va être nerveux. Manchester devra faire sans Ferdinand-Vidic, ce n'est pas évident. Je pense que ça va être très tendu. Mais si Manchester l'emporte, le titre peut prendre le chemin d'Old Trafford. Donc c'est un match charnière pour la fin de saison.

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