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Craig Gordon ou les bienfaits de la douche écossaise

Dire que l'actuel gardien du Celtic revient de loin relève de l'euphémisme. En l'espace de six ans, Craig Gordon est passé de potentiel remplaçant de Jens Lehmann à Arsenal à retraité bien malgré lui, la faute à un genou en toc.

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Ce vendredi soir, Craig Gordon va probablement s'asseoir sur le banc de Hampden Park contre la Géorgie en match de qualification pour l'Euro 2016 et observer David Marshall, le portier de Cardiff City, défendre les buts des Tartan Terriers. Comme il le fait depuis un an sans interruption (à l'exception de sa titularisation contre l'Irlande du Nord en amical en mars dernier). Là où certains pourraient mal encaisser le fait de cirer indéfiniment le banc, le gardien aux 32 bougies et aux 43 sélections profite pleinement de ce poste de suppléant offert par Gordon Strachan. Longtemps considéré comme un grand espoir à son poste, puis titulaire indéboulonnable en équipe nationale, Craig Gordon a fini par se perdre en chemin. Au point que beaucoup d'observateurs l'imaginaient perdu pour le football, dont Gordon lui-même. En lieu et place, le natif d'Édimbourg évolue désormais au Celtic Glasgow, le club le plus huppé dans lequel il ait jamais évolué durant toute sa carrière. Mieux vaut tard que jamais.

Des plongeons dans la salle à manger et un transfert de 9 millions de livres


« Lorsque courir après le ballon commençait à devenir un peu trop laborieux, je me mettais à un bout du terrain et j'attendais que la balle m'arrive dans les pieds. » Dans le Telegraph, Craig Gordon confiait il y a quelques années qu'il aurait pu finir à la limite du hors-jeu façon Pippo Inzaghi. À défaut d'être ce footballeur du dimanche qui hurle sur ses coéquipiers parce qu'il veut toucher des ballons, mais refuse de descendre. Heureusement pour l'Écossais, son père David est gardien de but dans les équipes de championnats régionaux, de Stirling à Hawick. Le samedi, il observe son père garder les bois dans l'Est de l'Écosse et, le reste du temps, il attrape les ballons que lui balance son père au fond du jardin ou, lorsqu'il fait trop froid, dans la salle à manger improvisée en terrain de foot. Un avenir tout tracé pour celui qui lors de ses vingt premières années de football connut une progression constante et sans encombre. Pur produit des Heart of Midlothian, Gordon intègre l'équipe première à 18 ans, puis part en prêt à Cowdenbeath pour s'aguerrir face aux brutes de Second Division et leur kick'n'rush de campagne. Une fois rentré chez les Jambos, Gordon prend la place du Finlandais Moilanen lors de la saison 2003-2004. Pour ne plus jamais la quitter. Mieux, il est sélectionné pour la première fois en équipe d'Écosse par Berti Vogts à l'issue de cette même saison. Pas mal pour un môme de seulement 21 ans.

Il faut aussi reconnaître que les qualités de Gordon tranchent avec celles de ses prédécesseurs Rab Douglas ou encore Neil Sullivan, qui ont assuré cahin-caha l'intérim après les retraites internationales des légendes Jim Leighton et Andy Goram. Deux ans plus tard, Gordon et les Hearts se hissent à la deuxième place de Scottish Premier League, loin derrière le Celtic, mais battant d'un petit point les Rangers, et remporte la Coupe d'Écosse. À titre personnel, Craig Gordon est élu Joueur écossais de l'année par la Writer's Asssociation, chose qui n'était plus arrivée pour un gardien depuis Andy Goram en... 1993, et observe à l'autre bout du terrain Mickaël Landreau se faire lober par James McFadden. Forcément, les scouts britanniques commencent à zyeuter du côté du Tynecastle Stadium : Arsenal, alors finaliste malheureux de la Ligue des champions, Aston Villa et les Rangers se montrent intéressés sans qu'aucune transaction n'aboutisse. L'été suivant, c'est finalement Sunderland qui remporte la mise. Moins sexy, puisque les Black Cats viennent tout juste de remporter le Championship. Mais le manager Roy Keane nourrit de grandes ambitions pour son équipe, au point de claquer 9 millions de livres pour acquérir Craig Gordon. L'écossais devient alors le gardien le plus cher de Premier League.

Considéré comme perdu pour le foot à 29 ans


S'il réalise une première saison correcte – à l'exception de sa mise à l'écart en raison du 7-1 infligé par Everton à Sunderland –, Craig Gordon va rapidement déchanter du côté du Stadium of Light. La faute à un genou un peu trop fragile qui commence à lui causer des misères. En milieu de saison 2008-09, il doit laisser sa place à Márton Fülöp et ne dispute que quatorze matchs sur toute la saison. Et quand les jambes vont, ce sont les bras qui contrebalancent. Suite à un choc avec Jermain Defoe lors d'un match face à Tottenham en novembre 2009, Gordon se casse le bras et rentre à l'infirmerie pour trois mois avec plâtre et broches. Neuf mois plus tard, malheureux événement : bras cassé à l'entraînement. Même joueur joue encore. Entre-temps, Sunderland a pris le soin de recruter Simon Mignolet, et l'Écossais n'est plus qu'un second choix dans la tête de Steve Bruce, qui a remplacé Keane en 2009 à la tête des Black Cats. Branché sur courant alternatif, Gordon doit se satisfaire de fulgurances pour justifier son statut de gardien le plus cher d'Angleterre. L'une d'entre elles intervient le 18 décembre 2010 face à Bolton. Gordon confirme une nouvelle fois qu'il n'est pas un mauvais gardien, simplement incapable d'être à 100% toute une année durant, et son arrêt reçoit le prix de « plus bel arrêt des vingt ans de la Premier League » en 2012.

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Entre-temps, l'Écossais a vécu l'enfer, obligé de passer sur le billard par deux fois pour soigner ce genou qui n'en finit plus de grincer. À l'issue de la saison 2011-2012, et après avoir disputé un seul petit match, Gordon est libéré par Sunderland. Le Celtic, qui piste le joueur depuis deux saisons, lui propose un contrat, mais le joueur refuse, insatisfait de l'offre salariale, et préfère rester sans club. À 29 ans. En raison de ce genou récalcitrant, Gordon restera sans club pendant deux longues saisons. Pour s'occuper, le gardien joue au consultant à la télé scot et file un coup de main à Ian Murray, entraîneur-joueur de Dumbarton. Au point de (presque) faire une croix sur le football, comme il l'expliquait dans les colonnes du Scotsman en février 2013 : « Il y a très peu de chances que je joue cette saison. À vrai dire, je ne suis pas sûr de rejouer un jour, donc je me renseigne pour devenir coach afin de rester sur les terrains. » Finalement, Jim Stewart, entraîneur des gardiens des Rangers qui connaît Gordon depuis son passage aux Hearts, prend le joueur convalescent sous son aile lors de la saison 2013-2014. Une période sur laquelle Gordon est revenu au micro du Daily Express : « Il n'y avait aucune garantie que ça marche et que je revienne à mon niveau à nouveau, mais je me suis dit que j'allais tenter la chose. […] Leur aide a été inestimable. Sans le kiné Steve Walker, je n'en serais peut-être pas là où j'en suis maintenant. » Autrement dit, dans les bois du Celtic Glasgow depuis l'été 2014. Alors qu'on lui prédisait une retraite anticipée, Craig Gordon est finalement champion d'Écosse avec les Bhoys et va peut-être découvrir son premier Euro en France en 2016 avec l'Écosse. Alors titulaire ou pas, autant dire que Craig Gordon ne boude pas son plaisir.

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Par Matthieu Rostac
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ZidaneLeMagnifique Niveau : DHR
Je me souviens encore de son match de cochon contre nous à Hampden Park. Il avait été infranchissable, tout comme lors du match retour au Parc. Je le voyais aller loin, dommage pour lui ces blessures.
"Ce vendredi soir, Craig Gordon va probablement s'asseoir sur le banc de Hampden Park contre la Géorgie en match de qualification pour l'Euro 2016 .."

Le match a lieu en Georgie. Mauvaise intro -2pts
ConnardLeBarbant Niveau : Ligue 1
Magnifique gardien ! Satanées blessures !
Dans les parties de mon bon vieux CM2008, c'est l'un des premiers achats que je fais en début de saison.
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