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Copa América : la fiche de la Jamaïque

Habituée à se frotter aux États-Unis ou au Canada, la Jamaïque se tourne vers le Sud du continent. Pour la première fois de leur histoire, les Reggae Boyz, invités par les organisateurs, participent à la Copa América. Au Chili, les Jamaïcains débarquent avec le statut de petit poucet dans un groupe bien relevé.

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Le portrait-robot

5 % Lions indomptables. Après avoir amené Rigobert Song, Patrick Mboma et Salomon Olembe sur le toit de l'Afrique en 2002, Winfried Shäfer est à la tête de la Jamaïque depuis 2013.
25 % de piston. La Jamaïque a été gentiment invitée pour la compétition et est d'ores et déjà qualifiée pour le centenaire de la Copa América en 2016.
40 % binationaux. Avec les remontées d'arbre généalogique et les heures de queue pour le passeport que ça implique.
30 % jeunes adultes. Avec neuf joueurs de moins de 24 ans, l'équipe jamaïcaine est la plus jeune du tournoi. La moins expérimentée aussi.

Trois questions à... Bora Milutinović, joueur puis entraîneur au CV long comme le bras et ancien sélectionneur des Reggae Boyz (2006-2007)



Que retenez-vous de votre année à la tête de la Jamaïque ?
C'était court, je n'ai pas joué d'éliminatoires, ni de grandes compétitions. Mais c'était un plaisir, j'étais content d'être là-bas. Vous savez, les joueurs jamaïcains ont un bon esprit. Le football en Jamaïque est vraiment populaire. Tout le monde joue, même s'il y a un manque de moyens, de stades et d'infrastructures. Les Jamaïcains aiment le football. Lorsque que j'étais sélectionneur du Mexique (1995-1997, ndlr), le match le plus difficile que l'on a joué, c'était à Kingston (0-0). Le public était chaud, il a poussé les joueurs. C'était une belle équipe qui s'est qualifiée pour la première fois en Coupe du monde en France l'année suivante.

Vous avez un souvenir marquant avec les Reggae Boyz ?
On a fait de bons résultats lors des Jeux panaméricains de 2007 au Brésil. On a perdu en finale face à l'Équateur (après être sorti premier du groupe devant la Colombie et l'Argentine et avoir éliminé le Mexique en demi-finale, ndlr). C'était une équipe « comme ci, comme ça » , très jeune. Mais je me rappellerai toujours de leur attitude. Physiquement, ils étaient extraordinaires, tous vifs et rapides. Tactiquement c'était plus compliqué. C'était toujours de l'improvisation, car il n'y avait pas beaucoup de matchs pour se préparer.

Que va-t-il se passer pour eux au Chili ?
Tout est possible. Mais ça va être très compliqué de faire quelque chose, surtout vu le groupe dans lequel ils sont. Ils ne font pas beaucoup de matchs amicaux, mais l'entraîneur fait du bon travail. Comme on dit, « never say never » .

L'équipe type

Dwayne Kerr – Wes Morgan, Andre Mariappa, Jermaine Taylor – Kemar Lawrence, Rodolphe Austin, Je-Vaughn Watson, Garath McCleary, Jobi McAnuff – Darren Mattocks, Giles Barnes,

Le mec à suivre

Giles Barnes, le Abou Diaby de Kingston. En 2005, l'attaquant avait 17 piges, cassait les reins et la baraque avec Derby County et était promis à un grand avenir en Premier League comme avec la sélection anglaise. En 2015, Barnes s'est exporté chez le cousin américain et joue pour la Jamaïque. Entre-temps, il y a eu des blessures (graves), des saisons blanches, d'autres blessures. Mais surtout une renaissance au Houston Dynamo. Depuis 2012, Barnes promène le maillot orange des Texans sur les pelouses de MLS et le fait plutôt bien (une dizaine de buts par saison). De quoi plaire à Winfried Shäfer qui, convaincu par deux essais face à Cuba et au Venezuela en février, décide de le prendre dans ses valises pour le Chili.

Pourquoi ils vont nous offrir « le plus grand des spectacles »

Parce que, sorti de la bouche d'Omar da Fonseca, le surnom de l'équipe jamaïcaine peut à lui seul ambiancer un match et te réveiller alors que tu piques du nez devant ton streaming. Mais aussi parce que les Reggae Boyz n'ont absolument rien à perdre. Gracieusement invités, les Jamaïcains débarquent sans pression au Chili pour un moment historique, une première participation à la Copa América. Ils savent qu'ils sont le petit poucet de la compétition, et que l'on n'attend pas grand-chose d'eux. D'autant plus dans un groupe relevé avec l'Uruguay, l'Argentine et le Paraguay. Principal objectif donc : ne pas se faire humilier par Messi et Pastore d'un côté, Cavani de l'autre. Et pourquoi pas batailler pour la troisième place, synonyme de possible repêchage, avec les Paraguayens. Soyons fous.

Coefficient de résistance au FBI : 20%

Comme un enfant qui dirait « c'est pas moi ! » juste après avoir cassé un bibelot de sa grand-mère, la Fédé jamaïcaine a à peine attendu que le scandale de corruption soit étalé au grand jour pour montrer patte blanche. Un communiqué du boss, Captain Horace Burrell, pour condamner les pratiques de la CONCACAF. Aussitôt, les rumeurs le disent en lice pour succéder à Jeffrey Webb, arrêté à Zurich le 27 mai dernier et démis de ses fonctions de président de la Confédération. Pourtant, avec un nom et une moustache à jouer dans The Wire, Burrell n'est pas clair non plus. Longtemps allié de Jack Warner, le Trinidadien au cœur du scandale, le Captain a été suspendu six mois pour son implication dans l'affaire des pots-de-vin de l'Union caribéenne de football lors de l'élection du président de la FIFA de 2011.

La charade

Mon premier est gagnant au pays d'Emile Heskey.
Mon second est au beau milieu d'un des derniers sponsors de l'équipe de France.
Mon troisième est noir à Sunderland.

Mon quatrième est un milieu de terrain néerlandais des Queens Park Rangers.

Mon tout aime entraîner des équipes exotiques.

La réponse ici

La pub qui va bien

Couleurs flashy, montage grossier et images old school pour la Red Stripe, la bière locale, le sponsor du championnat et de l'équipe nationale. En Jamaïque, on a du mal à sortir des nineties.

Le potentiel Piscola

La Jamaïque à la Copa América, c'est un peu le gars qui vient habillé normalement à une soirée déguisée et qui boit des jus de pommes pendant que les autres font des concours de shots. Pas de beuverie, ni même de soirées sound-system d'anthologie à mettre au crédit des Reggae Boyz.

Par Thomas Porlon
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