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  1. // CAN 2010 en Angola

Conte de la folie ordinaire...

A peine arrivé et déjà braqué. Un pistolet pointé sur sa face pour avoir pris quelques photos anodines, c'est l'amère expérience vécue par un de nos envoyés spéciaux en Angola. L'Angola au quotidien ( ?) ou un conte de la folie ordinaire...

Nous venons à peine de sortir de l'aéroport international de Luanda en provenance de Douala. A bord de coasters de fortune, qui nous accompagnent vers l'hôtel réservé pour passer la nuit, chacun à sa façon dévisage la ville, fleuron d'une Angola, dont la légende s'est façonnée via les multiples mouvements rebelles et guerres intertribales, et qui aujourd'hui, semble avoir engagé la marche en avant vers le pansement de toutes ses plaies. Dans notre voiture, chacun appréhende à sa façon les bidonvilles et les masures qui les accompagnent. Avec des yeux pour ceux que la fatigue du voyage a éreinté, avec des appareils photos pour ceux qui veulent avoir des histoires à raconter une fois rentrés au pays ...preuves à l'appui !

C'est à ce moment que notre voiture s'immobilise à un carrefour d'où résonne une grande ferveur alentour. Le chauffeur veut se renseigner sur l'itinéraire qui mène à notre hôtel. Nous sommes à quelques heures du premier match de la compétition, de l'entrée de l'Angola dans SA coupe d'Afrique des nations et la liesse populaire sans être intense, comparée à d'autres pays, à la faveur des mêmes occasions, se manifeste par quelques klaxons. On se décide d'immortaliser la scène en se limitant à filmer quelques drapeaux et voitures endiablées. A peine deux flashes déclenchés, toujours à bord de nos voitures de fortunes, qu'un homme qu'accompagne une jeune fille, se dirige vers nous sans donner l'impression d'être particulièrement énervé. Une fois à coté du véhicule, il sort de sa poche un pistolet automatique qu'il pointe vers nous, en parlant un portugais que nous n'arrivons pas à comprendre. A travers ses gestes, on en déduit tout de même qu'il n'a pas apprécié notre exercice de shooting (si l'on ose dire) et exige qu'on lui remette notre appareil. On s'exécute sans rechigner : la vue de l'automatique pointé vers soi possède des vertus très surprenantes.

L'appareil en main, il se livre alors à de multiples manipulations qui aboutissent à la suppression de toutes les images prises quelques instants plus tôt. En nous remettant l'appareil en question, le pistolet en évidence, toujours pointé vers nous, il se lance dans une diatribe visiblement menaçante qu'il est seul à décrypter. Les témoins qui ont vu la scène ne semblent pas s'émouvoir une seconde. Mieux : ils nous indiquent clairement qu'ici, c'est un acte banal de pointer son calibre sur quelqu'un qui ne vous revient pas. Voilà pour le décor. Dans la voiture où nous sommes parqués, on est tous aphones et choqués. Un pistolet braqué sur sa face au cœur de Luanda, en pleine coupe d'Afrique des nations de football relève de l'ordinaire angolais, dirait-on. De multiples interrogations nous parcourent. Ceux qui ont le raccourci facile ont tôt fait de conclure que l'attentat de Cabinda était loin d'être un acte isolé. Pire : peut-être juste un apéritif.


Martin Camus Mimb (envoyé spécial à Luanda)

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