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Comment vit-on dans le ventre mou, quand la saison est déjà finie ?

À 10 points de Valenciennes premier relégable, et 11 points des premières places européennes, Lorient, 12e actuellement, est dans ce que l’on appelle le « ventre mou » du classement général. À l’entame du dernier tiers du championnat, les clubs du ventre mou se retrouvent tous les ans dans une situation paradoxale. Entre la satisfaction d’échapper au grand frisson final, et la déception de voir ses ambitions si tôt arrêtées. Plongée dans cette dimension parallèle si particulière.

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Un ventre mou, comme son nom l’indique, n’est ni affreusement gros, ni plat, mais plutôt flasque. Ramené à l’homme lambda, il est la conséquence d’un arrêt prolongé de l’activité physique et de légers excès répétés. Sans être alarmant, la petite bedaine - nom communément accepté par la gent féminine - vous éloigne tout de même lentement des femmes les plus désirables, sans vous propulser pour autant dans le lit des plus laides. La donne est similaire en Ligue 1. Lorsqu’un club fait les efforts en début de saison, étant parfois même la « belle surprise de l’automne » , mais relâche ses efforts une fois sorti des limbes du classement. Trop bonne pour avoir peur, trop faible pour rêver, l’équipe du ventre mou est souvent frustrante pour ses supporters, comme le raconte Georges Ecot, trésorier du groupe de supporters Les Socios de Rennes : « Les gens sont un peu blasés, on sait très bien qu’on va finir sans rien au bout de l’année. Comme d’habitude, c’est encore une "année de transition".  » Loin de l’excitation de la course à l’Europe, ou du grand frisson de la descente, le ventre mou marquerait en quelque sorte l’encéphalogramme plat du supporter, comme le décrit Ecot : « Il n’y a pas d’ambiance, c’est creux dans le stade, mais les gens ne sont pas perturbateurs, ils n’ont rien à reprocher au club. »

« Quand c’est moyen, ça n’intéresse personne »

Fatigués, les supporters se mettent souvent peu à peu à déserter le stade. Seule échappatoire à ce quotidien morose, les derbys, ou autres « gros matchs » , qui offrent une perspective différente : « Les derbys permettent de sauver la saison. Ici, on va recevoir Guingamp où on a été un peu humiliés au match aller, on espère donc rendre la pareille. C’est pareil contre Lorient, le but est d’être le meilleur club de Bretagne et – même si Nantes n’est pas en Bretagne – on espère aussi terminer devant eux. » Au service des sports de Ouest France, on confirme : « L’an dernier, Lorient a réussi à faire tomber quelques gros, cette année pas encore, donc ça peut être une motivation d’essayer d’accrocher une équipe du top 5. Ce sont plus des matchs de gala qui peuvent intéresser le public qui espère des coups d’éclats, faire tomber les gros. Ça peut être la motivation, car là, c’est vrai qu’au classement, il n’y a plus trop d’enjeu. » Le manque d’enjeu comme cœur du problème. Car en dehors de ces matchs phares, difficile pour les journalistes d'intéresser leurs lecteurs, comme l’explique Benoît Sihoan, journaliste au Télégramme : «  Les supporters sont comme les journalistes : quand c’est moyen, mou, ça n’intéresse personne. Cela oblige à être "meilleur journaliste". C’est plus compliqué, on est moins porté par l’actualité, donc il faut être plus inventif, trouver des angles plus originaux : des comparaisons, des statistiques… Ce qui s’impose beaucoup moins quand on joue le haut ou le maintien.  »

« Plus vous finissez haut, plus les primes sont élevées »


Côté club, le ventre mou n’est pas considéré comme une fin en soi, notamment en raison d’enjeux financiers trop importants, comme l’explique Olivier Echouafni, passé par Rennes et Nice, deux clubs habitués à vivre cet entre-deux : « Le ventre mou, on l’appelle comme ça parce que ces équipes-là ne jouent presque plus rien. Mais je vous dis désormais, l’aspect financier du classement final est quand même très motivant pour les clubs qui le font savoir aux joueurs. Plus vous finissez haut dans le classement, plus c’est intéressant financièrement car quand on finit plus haut, automatiquement les primes sont plus élevées. » Intérêt financier, mais aussi fierté personnelle, à en croire le milieu formé à l’OM, désormais coach en National : « C’est quand même plus valorisant de terminer dans la première moitié plutôt que dans la deuxième. Automatiquement, ça permet de se dire par exemple "On a fini derrière St-Étienne" plutôt que "On a terminé derrière Sochaux ou Valenciennes", sans leur manquer de respect. » Chez les joueurs, deux catégories : « Dans ces cas-là, il y a le côté collectif et l’individuel : il y a donc ceux qui font des bonnes saisons pour se montrer quand leur club finit dans le ventre mou. Ils espèrent ainsi se retrouver dans des clubs plus huppés. » Comme dans la vie, lorsque la bedaine devient trop imposante, certains se laissent aller, d’autres, au contraire, font une petite série d’abdos salvatrice.

Par Paul Piquard et Émilien Hofman
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