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Comment la Liga Sagres est-elle passée devant la L1 ?

Le championnat portugais est-il si faible que ça ? La Ligue 1 a-t-elle vraiment de quoi mépriser les clubs de Liga Sagres? La question n'est pas nouvelle, mais la réponse semble de plus en plus évidente depuis que le Portugal est passé devant la France au classement de l'UEFA. Portrait d'un modèle qui fait mieux avec moins de moyens.

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Février 2004, Porto s’apprête à recevoir Manchester United pour les huitièmes de finale de la Ligue des Champions. Avant le match, Ferguson lâche une bombe en qualifiant le Portugal de pays du tiers-monde du football. Trois semaines plus tard, Costinha élimine les Reds Devils dans les arrêts de jeu. La suite est connue, Mourinho mène le FC Porto au titre de champion d’Europe face à Monaco. Plus qu’un exploit, c’est le début du processus de croissance du football portugais, enclenché en 2003 avec la présence de deux clubs lusitaniens en demies de la C3 (Boavista et Porto) et qui aujourd’hui se traduit par une cinquième place à l’indice de l’UEFA arrachée à la France cette semaine.

Destins croisés

Gare à l’amalgame, ce n’est pas parce que le Portugal passe devant la France que son championnat est meilleur que la L1. Mais il est un constat à faire, les pensionnaires de Liga Sagres se montrent de plus en plus sur la scène européenne, pendant que le football gaulois décline en même temps que l’OL, éliminé à Nicosie. Pourtant, les clubs français sont bien plus riches. A fiscalité équivalente dans les deux pays, l’OM touche 49,5 millions d’euros de droits télévisés quand le Sporting Portugal n’en perçoit que 22. En termes de budget, seul Benfica (130 millions) rivalise avec les 150 millions du PSG ou de l’OL, et les 140 de l’OM. Porto, club le plus titré de la décennie en Europe - sans compter Barcelone -, culmine à 95 millions d’euros et Braga était aussi huppé qu’Arles Avignon la saison passée, et ça ne l’a pas empêché de jouer la finale de la C3 en tapant Liverpool et Benfica. La différence, c’est que d’un côté il y a des clubs qui vivent au-dessus de leurs moyens, et de l’autre, ceux qui utilisent bien le peu dont ils disposent.

Le boeuf et la grenouille

Hormis le PSG, les grandes écuries de L1 se retrouvent dans le besoin de faire des économies pour maintenir leur budget au même niveau à l’instar de l’OL et l’OM. Jean-Michel Aulas parce que son équipe ne gagne plus rien, mais aussi à cause des projets qu’il a pour le club en vue de l’Euro 2016, et Vincent Labrune à cause des mauvais investissements réalisés (Gignac, Lucho...). Les deux équipes qui représentaient le mieux la France ces dernières années se mettent donc à vendre leurs joueurs sans en acheter en retour, les rendant moins compétitives en France comme en Europe. Pour les clubs un peu moins gros, comme Rennes, il y a carrément un sacrifice volontaire de la C3 au profit de la Ligue 1, car une éventuelle qualification en C1 est bien plus lucrative qu’une victoire finale en Europa League. Les Rennais n’ont donc en aucun cas intérêt à s’investir corps et âmes dans une compétition secondaire. Et tant pis pour les trophées ? En tout cas, ce qui peut s’apparenter à du pragmatisme financier est avant tout de l’arrogance de la part des clubs français, dont la principale préoccupation est de garder ses richesses comme des clubs au palmarès bien garni, alors que leur dernier titre date de 1996.

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La paranoïa économique existe moins au Portugal, parce que le pays assume son statut de membre « du tiers-monde du foot » , ce qui le pousse à dépenser moins et plus intelligemment. La vraie force de la Liga Sagres se situe dans la cellule de recrutement des gros clubs nationaux, le FC Porto en tête. Rui Barros, ancien de la maison passé par l’OM, sillonne les terrains du monde pour les dragons et explique : « Porto possède un vaste réseau de recruteurs avec beaucoup d’anciens joueurs qui parcourent le monde. C’est parce qu’on investit peut-être plus que les autres équipes dans le recrutement qu’on trouve de très bons jeunes » . Un domaine dans lequel excellent aussi le Sporting (Van Wolfsvinkel, Insua, Capel) et Benfica, qui a trouvé dans les placardisés du Barça et du Real une boîte à perles dont font partie Nolito et Rodrigo. Braga jouit des bonnes relations entre son président et celui de Porto, et y récupère les jeunes Portugais comme Ukra ou Helder Barbosa qui ont vu la route barrée chez les « tripeiros » .

Et preuve qu’il y a un problème en France, le très prometteur Thibault Vion (18 ans) s’est barré à Porto l’été dernier, et Valentin Roberge, taulier de la défense de Maritimo (4è de Liga Sagres) et courtisé par l’OL, est déjà passé par le PSG. Mais cette politique de recrutement comporte des risques pour le Portugal comme l’indique Costinha : « Aujourd’hui ça va, la sélection est compétitive, mais si l’on regarde bien, on ne gagne plus rien chez les jeunes car la formation est mise de côté » . Pour ce que la France réalise en équipe nationale, ça vaudrait peut-être le coup de gagner quelque chose à l’échelle des clubs, non ?

Par William Pereira
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