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Comment bien préparer une relégation ?

Le duel entre Toulouse et Troyes pourrait avoir lieu en Ligue 2 l'an prochain. Esprit de compétition oblige, cette nouvelle reste toujours désagréable, mais permet parfois de reculer pour mieux sauter.

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Sur le papier, cette rencontre entre les deux derniers de Ligue 1 ne fait rêver personne. Troyes erre au fond du classement, quand le Toulouse FC s’accroche encore à l’espoir d’un sauvetage de dernière minute. Bref, sauf retournement de situation pour le Téfécé, ce match au Stadium sera une grosse affiche de la Domino’s Ligue 2 la saison prochaine. Une compétition à laquelle la lanterne rouge, beaucoup, et sa voisine, un peu, se préparent chacune de leur côté. Ancien entraîneur de l’ESTAC entre 2010 et 2015, Jean-Marc Furlan connaît la mentalité du club aubois, où il a connu pas moins de trois montées et deux descentes. « Déjà, tout dépend de la dynamique que vous avez après le championnat. Ensuite, il faut observer les aspects financiers du club. Quand je suis descendu avec Troyes en juin 2013, on termine septièmes du championnat sur les matchs retours et on arrive en demi-finales de Coupe de France. On avait de la tonicité, du dynamisme et de l’optimisme dans le vestiaire. Le problème, c’est que nous n’avions pas les moyens de conserver Ngoyi et Thuram, les leaders du vestiaire… C’est pour cela que nous avons dû attendre deux ans avant de remonter. » Comme une addiction à la cigarette, la descente reste mal perçue, mais toujours surmontable.

« Rechercher de la stabilité »


La descente concerne tout un groupe : dirigeants, entraîneur, staff technique, joueurs… Malgré cela, la remise en question des postes suite à cette contre-performance doit toujours être mesurée. « Chez les entraîneurs, la dynamique d’une équipe laissée par un homologue dépend beaucoup du début de saison du repreneur, explique Furlan. En général, les présidents doivent plutôt se projeter sur deux, trois ans avec un entraîneur. Ces choses-là, les joueurs les ressentent aussi. » L’ancien coach troyen parle en connaissance de cause. « En juin 2015 par exemple, on avait prévu deux cas de figure à partir du mois de janvier : soit un remaniement d’effectif en cas de descente, soit des recrutements à venir si on restait en Ligue 1. Dès lors, on avait déjà pensé à quel serait le groupe ou l’équipe en Ligue 2. On faisait des rapports tous les deux mois, avec toujours les deux cas de figure à développer sur les joueurs à suivre, sur l’effectif, les possibilités de départ… » Tout est étudié et l’entraîneur garde une vision d’avenir, quitte à devoir quitter le navire en cours de route.


En réalité, les marins les moins perspicaces sont surtout les joueurs, susceptibles de quitter leur employeur en cas de relégation, car la restriction budgétaire dérange et la confiance s’évapore. Pourtant, tous ne sont pas dans le même moule. Actuel capitaine du Grenoble Foot 38, Frédéric Thomas explique son choix d’être resté au Mans, après la relégation du club en 2009-2010. « Il y a une réflexion à avoir et pas mal de choses à prendre en compte, explique le pensionnaire de CFA. Pour mon cas, j’estimais que je faisais de l’aventure et que la descente était aussi une partie intégrante de mon expérience au Mans. Au vu de mon passé au club, ce que l’on m’avait donné, je voulais rester et essayer de faire remonter le club. J’avais cette vision de fidélité, par rapport aux gens qui travaillaient au club, c’était une relation particulière. » Même si le MUC 72 est aujourd’hui dans les abîmes du football français, l’attachement pour les valeurs du club que l’on représente peut s’avérer efficace pour des entraîneurs, afin de garder leurs meilleurs éléments.

Toulouse privilégiée, Troyes habituée


En vérité, le travail actuel de Pascal Dupraz sur ses hommes va être payant, et ce, quoi qu’il arrive. Les résultats depuis sa prise de fonction lui donne raison, comme l’explique Furlan. « Quand on arrive dans un club comme le fait Dupraz, il faut imprégner une dynamique forte et expliquer à son groupe que le maintien reste possible. Un groupe professionnel, il peut exploser en trois semaines, mais il peut aussi se refaire en trois semaines. » Dès lors, Toulouse et Troyes partiront-elles sur un pied d’égalité en Ligue 2 ? Pas tout à fait d’après Furlan. « Quand je suis arrivé à Troyes, j’ai mis un an à monter, mais sinon, j’ai toujours mis deux saisons. Pourquoi ? Parce qu’en 56 mois, j’ai dû vendre 14 joueurs. C’étaient nos meilleurs jeunes, et nos moyens financiers nous empêchaient de les garder. C’est dommage, parce qu’on pouvait être concurrents à la remontée directe… Et puis ensuite, parce qu’il faut prendre en compte que la Ligue 2 est compliquée. Les étrangers parlent même de la deuxième division la plus relevée en Europe… » Les tauliers comme Clermont-Ferrand ou Tours attendent leurs adversaires de pied ferme.

Malgré cette exigence, l’arrivée éventuelle des Violets à l’étage du dessous ne devrait être qu’un passage. « Toulouse aura les capacités pour remonter tout de suite, estime Thomas. Avec ce vécu en Ligue 1, ils peuvent s’autoriser de descendre en Ligue 2 et conserver des cadres. Certains feront sûrement la tête un mois ou un mois et demi, mais ils finiront par prendre le pli. Je les vois capables de faire l’ascenseur et assumer. » Furlan abonde dans ce sens. « Dans le football, vous avez deux pôles : l’économique et le sportif. Pour Toulouse, leur pôle économique est bon et en plus, de jeunes joueurs entrés dans l’équipe cette année sont compétents. Ce n’est pas encore le cas, mais si Toulouse venait à descendre en Ligue 2, ce serait un très gros client pour la montée, sans aucun doute. » D'ailleurs, Troyes pourrait bien être la première équipe à s’en rendre compte…

Par Antoine Donnarieix
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