En poursuivant votre navigation sur SOFOOT.com, vous acceptez nos CGV relatives à l’utilisation de cookies
et des données associées pour vous proposer des contenus et services adaptés à vos centres d’intérêts
. Gérer les paramètres des cookies.
MATCHS 19 Résultats Classements Options
  1. //
  2. // Drame de Port-Saïd

« Comme une vague de 80 mètres qui arrive sur nous »

Après les évènements tragiques de la semaine dernière qui ont ensanglanté le football égyptien et coûté la vie à 74 personnes, les ultras et les joueurs d'Al-Ahly racontent ce qu'ils ont vécu.

Modififié
Al-Ahly est en deuil. Dans les murs ultra sécurisés du club le plus prestigieux d’Egypte et d’Afrique, s’est tenue, ce week-end, une cérémonie funéraire très officielle, trois jours après le massacre qui a suivi le match l’opposant au Masry de Port-Saïd, en hommage aux victimes. Ces 74 personnes, selon un bilan provisoire, qui, pour la très grande majorité, étaient des ultras ahlaouis. Costumes sombres, visages fermés, le conseil d’administration du club est aligné pour recevoir les condoléances. Au rez-de-chaussée, proches des victimes ou anciens joueurs ont pris place dans d’élégants fauteuils en cuir. Les officiels défilent : les présidents d’autres clubs égyptiens, le bâtonnier du Caire, une délégation des Frères musulmans et même le ministre de la Jeunesse et des Sports. À l’étage, la gravité change d’âge et de vêtements. Les joueurs de l’équipe circulent entre les supporters, dont beaucoup portent des pansements ou des plâtres, traces de leurs blessures. Il y a là, Ahmed Hassan, affairé à serrer des mains. Cet ancien d’Ahly, qui est aussi le joueur le plus capé de l’histoire du foot (178 sélections internationales), semble très affecté par la tragédie.

Ahmed y était. Jeune et fervent Ultra, une petite vingtaine, une béquille et une jambe plâtrée, casquette rouge sur le front. Il marche avec de grandes difficultés. Il a très envie de témoigner, de tout dire. Parce qu’après coup, pour lui, tous les détails sentent le piège : le trajet vers Port-Saïd, bizarrement rallongé, les canifs et les menaces dès l’abord du stade, les débordements impunis des supporters masraouis qui ont jalonné la rencontre. Avant que tout bascule. Au coup de sifflet, c’est « comme une vague de 80m qui arrive sur nous  » . Les maillots verts des fans du Masry courent droit sur l’équipe cairote et les tribunes d’Ultras. Ahmed se précipite vers la sortie. La grille est bouclée devant lui avec un cadenas et une chaîne, « par un militaire  » , selon lui. De l’extérieur, on leur jette des pierres. Il doit remonter sur les gradins où la tuerie commence, alors que les lumières du stade se sont soudainement éteintes. Il aperçoit une barre de fer prête à s’abattre sur un jeune garçon, s’interpose pour prendre le coup. Interrompant son récit, Ahmed sort son portable et montre une photo de la trace large et nette qui rougit son dos. Puis reprend avidement. «  Deux types ont attrapé le gamin et l’ont balancé du haut des gradins, à l’extérieur » . L’adolescent s’appelait Anas, il avait 14 ans. Il est la plus jeune victime du carnage.

Heures macabres

C’est une bousculade qui sauve Ahmed d’un coup de couteau. Sautant par-dessus une balustrade, il atterrit sur le tunnel en verre menant vers les vestiaires. Sa jambe craque, fracture. Les policiers chargés de la sécurité des joueurs l’attrapent et le tabassent. Aboutreika, fameux meneur de l’équipe d’Ahly, sort le récupérer et le sauve. Ahmed perd connaissance. Deux ou trois heures plus tard, l’armée débarque et rassemble les supporters au milieu du stade enfin évacué. Encore une heure d’attente et les ambulances finissent par entrer sur la pelouse, «  avec des barbus qui nous sortent de là » . Sur le chemin de la gare, le convoi se fait insulter. Ahmed rejoindra le Caire le lendemain, après une nuit à l’hôpital. Bien qu’à l’abri des violences, retranchés dans les vestiaires, les joueurs d’Ahly ont été les témoins de cette barbarie.


Al-Sayed Hamdy est un jeune attaquant prolifique du club, international égyptien. Il a la carrure qui va avec, une veste en cuir, le regard éteint. Pendant le match, « tout laissait penser que ça ne finirait pas normalement » , dit-il. Les joueurs en avaient parlé entre eux et se préparaient à courir. Lui a pu rejoindre le vestiaire parmi les premiers. Et puis ces heures macabres, interminables, à voir arriver leurs supporters avec des blessés et des morts. « Impuissant » , c’est le mot qui revient le plus souvent. Ils ont essayé de soigner les gens, mais parfois c’était trop tard. Plusieurs sont morts dans ses bras. « On voulait sauver ceux de l’extérieur, mais c’était impossible » . Ils passent des coups de fil, préviennent, demandent de l’aide. Dans ce huis clos entassé, tous les sentiments se mêlent. La colère, la peur, la panique, la tristesse, l’incompréhension, l’impuissance. Aujourd’hui, il exige la justice. D’abord et avant tout.

Par Marion Dualé, au Caire
Vous avez relevé une coquille ou une inexactitude dans ce papier ? Proposez une correction à nos secrétaires de rédaction.
Modifié



Hier à 09:00 Coentrão casse le banc des remplaçants 9
Partenaires
Olive & Tom Gérez comme un pro votre équipe de sport amateur
vendredi 19 janvier L2 : Les résultats de la 22e journée 4 vendredi 19 janvier Un club espagnol offre un maillot à tous les bébés nés en 2018 3