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Comme si le ballon parlait espagnol

On y a vu les premiers bons signes, les premières combinaisons, les premiers buts et le premier titre de celle qui est devenue, peut-être, cinq ans et trois titres plus tard, la meilleure équipe de l'histoire. On ne s'y attendait pas vraiment. Même la presse espagnole avait ses doutes. Mais c'est bien là que tout a commencé, en Autriche et en Suisse, ironiquement les pays européens les plus culturellement éloignés de l'Espagne. En ce mois de juin 2008, l'Espagne devient championne d'Europe, goûte à la victoire et décide de dominer le monde du rectangle vert. Comme si le ballon s'était mis à ne parler qu'espagnol.

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« Elle a commencé tout en bas » , dirait Drake. « Et maintenant elle est là. » On se souvient tous de la période pré-Mondial 1998 en France, la merveilleuse campagne de L'Équipe contre Aimé Jacquet et la photo finale de Deschamps. Nos voisins ibériques n'ont pas été plus indulgents avec les leurs. En 2006, trois mois après la foudroyante défaite face aux Blancs de Zizou et Vieira, les hommes de Luis s'inclinent successivement contre la Suède et l'Irlande du Nord en qualifications. Tout le royaume s'inquiète. Puis, vient l'affaire Raúl. « Il a été le meilleur joueur de ce pays, et il l'est peut-être toujours » , affirme le sélectionneur. Mais malgré une énorme saison 07/08 (23 buts), Aragonés dit non : « Je ne baisserai pas mon pantalon devant les médias. » Pas de Raúl, donc, mais Dani Güiza et Sergio Garcia. À chaque épopée ses héros. Ce ne sera pas celle de Raúl, ni celle de Guti. David Villa prend le 7 du Capitán et la Roja part dans les Alpes sous pression.

Le tiki-taka made by Aragonés


Pour ces cinq années de succès du tiki-taka rouge et jaune, beaucoup de crédit a été accordé à la formation du Barça. En quelques dizaines de mois seulement, on s'est déjà permis de réécrire l'histoire : le tiki-taka espagnol version XXIe siècle a bien été lancé par ce mal-aimé de Luis Aragonés. C'est chronologique : Guardiola n'avait pas encore dirigé un seul match de Liga en juin 2008, et mathématique : seuls trois joueurs du Barça faisaient partie du voyage. Mal aimé ? À l'étranger, personne n'a oublié les commentaires du vieux Luisito dans l'affaire Henry-Reyes. En Espagne, Aragonés sera toujours un simple héros colchonero. Sans le support des deux grandes familles merengue et blaugrana, vous n'êtes pas grand-chose dans la cour du royaume.

Et sa sélection de 2008 avait des airs d'escadron de combat censé représenter l'union nationale espagnole : onze clubs différents représentés ! Il y a du Getafe (De la Red), du Saragosse (Sergio Garcia), du Bétis (Juanito)… D'où certains héros oubliés sur la route : Senna, Marchena et Capdevila étaient tous titulaires, même s'ils ne sont pas directement associés à l'épopée de la Selección aujourd'hui. Pas encore d'armada guardiolesque : pas de Piqué, de Busquets, ni de Pedro. Non, les clubs les plus représentés sont le FC Valence et Liverpool. On en reviendrait presque à remercier Benítez.

Rouge mécanique


Avec un 4-4-2 ! San Iker, Ramos et Capdevila, Marchena-Puyol, Senna devant la défense, Xavi avec le ballon, derrière les artistes Iniesta et Silva. Et devant, la paire Villa-Torres. Au milieu, Xabi Alonso, Fàbregas et Cazorla contribuent au chef-d'œuvre. Raúl écarté, la Roja devient une équipe jeune, où personne ne sort vraiment du lot, et Aragonés réussit son pari. Six matchs, et cinq hommes du match différents. Xavi est finalement désigné meilleur joueur du tournoi, alors qu'il n'a pas été élu homme du match une seule fois. Plutôt significatif. À vrai dire, on ne savait pas qui choisir. Villa finit meilleur buteur, mais ne marque pas de toute la phase finale. Torres est décisif contre l'Allemagne, mais marque moins que Villa, absent en finale sur blessure. Iniesta est impérial contre la Russie, mais moins brillant que Silva en poules.

L'élément déclencheur intervient contre l'Italie de Buffon. C'en est fini de cette Roja fougueuse, historiquement douée en bas, dans les orteils, et faible en haut, vers les sourcils. Casillas mange Buffon droit dans les yeux, et l'Espagne s'envole vers le titre : 3-0 contre la Russie d'Archavine, avant ce crime de Torres sur Lahm à Vienne. Avant la compétition, seuls Casillas et Puyol étaient déjà de très grands champions. Xavi et Iniesta étaient aussi bons avant, mais ils n'étaient pas encore aussi grands. Parfois, il faut que cela pète. Comme quand certains artistes voient leur réputation changer du jour au lendemain après une excellente critique. En revenant de Vienne, ils enchaînent avec le fameux sextuplé, et même un peu plus…

Une renaissance pour un football qui part du milieu et finit au milieu


Aujourd'hui, on analyse l'Espagne (et toutes ses copies) avec lassitude : la possession de balle est devenue un indicateur dégoûtant. On a vu passer de telles statistiques… On pense avoir tout vu, et le monde demande du changement. C'est naturel, le nouveau semble toujours mieux. Du coup, depuis 2008, le monde s'est mis à chercher des qualités à toutes les autres sélections pour les trouver plus séduisantes que la Roja. Il y a eu l'Allemagne de Löw, l'Uruguay de Forlán, l'Italie de Pirlo… Et, plus récemment, le « Brésil de Neymar » . Mais non, il n'y a toujours pas mieux. À l'époque, en 2008, on découvre. On est les témoins d'une naissance. On essaye de situer dans le temps l'impact de ce football qui a l'odeur d'un cadeau de Noël. Cette équipe n'est ni plus ni moins qu'un groupe d'onze hommes qui joue vachement bien au football.

Si l'Espagne n'encaisse déjà aucun but en match à élimination directe, on retiendra surtout une révolution : une équipe qui gagne sans mettre le but au centre de sa philosophie. À l'heure de se rappeler cette Roja, on pense à la domination de son milieu de terrain, à ses jolis enchaînements, voire au leadership extraordinaire de Casillas et Puyol. Les plus sensibles pensent à Antonio Puerta, le grand absent. Mais pas un seul but marquant. Quatre ans après la Grèce, Aragonés offre au monde un nouveau football. Le point de départ d'une sorte de renaissance, dont le point culminant pourrait bien être le départ de Guardiola et ses outils au Bayern.

Par Markus Kaufmann À visiter :

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Note : 2
Super article ! Je me rappel de l'affaire Raul qui faisait écho à notre scandal Trézéguet :/
Ah ça me fait plaisir! d'autant que j'avais été parmi ceux qui critiquaient Aragonés, parce qu'en 2006-2007 les matchs de l'Espagne n'étaient vraiment pas bons. Mais il a monté un groupe, autour de Xavi et de Casillas. Raúl était revenu en forme en 2008, mais même si bien que je sois Barcelonais c'est un joueur que j'adore, son attitude en 2006 ne plaidait pas en sa faveur. il avait boudé parce qu'il était remplaçant, et il devenait néfaste pour le groupe.
Sinon, j'ai un grand souvenir de cette équipe de 2008, la plus offensive, avec un milieu Senna- Silva, Iniesta, Xavi- et deux attaquants. C'était aussi l'apogée de la doublette Villa-Torres, et Fàbregas en remplaçant de luxe (déjà). Je me souviens aussi que je m'étais dit qu'ils pourraient aller au bout s'ils battaient l'Italie, et encore plus aux tirs au but!!
Cela dit, on peut comprendre l'évolution plus "conservatrice" sous Del Bosque, car les autres équipes se sont adaptées au jeu de l'Espagne.
Un bon documentaire (en espagnol) sur cette victoire: https://www.youtube.com/watch?v=dYz3znIsOiA
ricouduboulou Niveau : District
ce beauf d'aragones avait quand meme des cojones !!
:OVERDOSE:
Si j'étais Obama, j'éliminerai ce pays de la carte mondiale.
Ou accessoirement les chinois.
Putain' Marco Senna ! Je me rappelle de lui en 6 lors de cette Euro, il était tout simplement énorme !
Par contre, on l'a vite oublié avec l’émergence de Busquets et ça c'est moche.
Et ouais, voir un black costaud jouait avec l'Espagne, et sous Aragones en plus c'était grand !
Pas sure, que ça se reproduise de si tôt...
Cette Espagne a été ( est ? ) impressionante,avec certains joueurs monstrueux, une vrai machine à gagner des trophées c'est clair et net . Est ce que ça ne manque pas de folie, d'amour, d'actions de folies dont ont se souviendra dans 40 ans ( cf le brésil de 82 ou la chevauchée walkyrienne de Maradona ) ?

Que je sache les sélections considérées jusqu'ici comme faisant partie des plus belles que ce magnifique sport nous est donné ont tjrs réussi à créer un engouement autour d'elle et minimiser le nombre de haters par l'alliage de beauté et de résultat (ou pas cf Pays-Bas 1974)..

Je sais pas, le côté jouissif est quand même super important dans ce sport
Scholes453 Niveau : CFA
Note : 1
Quel jouer c'était ce marcos senna. Je ne le regrette pas vraiment tant j'aime Busquets dans le jeu, mais mon dieu qu'il était fort. Dommage qu'il ait quitté villareal avant leur remontée en premier div cette année, ca aurait été bon de le revoir.
2008, l'année ou l'Espagne a commencé à produire du melon en masse
cantona-forever Niveau : Loisir
Message posté par JuizDeFora
Cette Espagne a été ( est ? ) impressionante,avec certains joueurs monstrueux, une vrai machine à gagner des trophées c'est clair et net . Est ce que ça ne manque pas de folie, d'amour, d'actions de folies dont ont se souviendra dans 40 ans ( cf le brésil de 82 ou la chevauchée walkyrienne de Maradona ) ?

Que je sache les sélections considérées jusqu'ici comme faisant partie des plus belles que ce magnifique sport nous est donné ont tjrs réussi à créer un engouement autour d'elle et minimiser le nombre de haters par l'alliage de beauté et de résultat (ou pas cf Pays-Bas 1974)..

Je sais pas, le côté jouissif est quand même super important dans ce sport


ou alors chacun a sa manière d'apprécier ce sport, tout ne passe pas forcément par l'exploit ou le spectaculaire ! société du spectacle...

On peut aussi trouver ça génial de voir un collectif aussi huilé, même si ça fait la passe a dix diront certains... ok mais il faut aussi respecter ceux a qui ça plait.
Je déteste le kick and rush, c'est pas pour autant que j'essayerai de faire ce point de vue un truc purement objectif et universel...
Par ailleurs, Casillas est à deux endroits diffrents sur la photo!
Depuis,une alerte enlèvement a été lancé pour retrouver le Torres de l'Euro 2008...
LaPaillade91 Niveau : Loisir
A mes yeux, Carlos Marchena reste le défenseur central le plus complet de la décennie, qui plus est il y a toujours du plaisir à le voir jouer

Jeu aérien excellent, pugnacité et ruse sans égal dans les duels, très adroit et efficace dans ses relances, une technique très supérieure à Nesta ou Carvalho, il transmet sa sérénité à l'équipe, grand leader, vraiment la classe.

Quand Piqué lui passe devant en 2010, del Bosque fait quand même entrer Marchena pour les 5 dernières minutes de chaque match, si ça c'est pas un signe fort.

Avec lui, l'Espagne a retrouvé une assise défensive d'où le jeu peut partir, une exception puisque la Liga donnait surtout des centraux athlétiques où les qualités athlétiques et le jeu de tête primaient sur le reste.

Dans un match où il avait plus de liberté, il se permettait des gestes d'attaquants parfaitement exécutés (qques golazos)

Et cette équipe d'Espagne a eu pour colonne vertébrale les juniors champions du monde en 99 : Casillas le castillan, Xavi le catalan, Marchena l'andalou.

Elu dans l'équipe type de l'Eruo 2008, évidemment.
cerveau-gauche Niveau : Loisir
j'aurais tellement voulu qu'aragones prenne raul, pour qu'ils ne gagnent pas l'euro, puis donc pas 2010 ni 2012 et qu'ils arrêtent de nous les briser avec leur roja inexistante avant 2008
C'est la passion que la beauté du jeu peut suscitée Canto, la société du spectacle bande devant des choses super aseptisée rien à voir avec les équipes auxquelles j'ai fait référence !!!!
"Casillas soulevant la coupe d'Europe 2006"? C'était sur Ramos le coup de tête?
Merengue_Celeste Niveau : DHR
Je ne sais pas si l'Espagne de 2008 à 2012 avec ses changements et l'équipe la plus forte qu'on est jamais vu, ni la plus belle, ni la plus brillante. Par contre pour moi elle est la plus complète que j'ai vu. Le meilleur gardien, la charnière centrale la plus sereine, les latéraux les plus complets (Arbeloa est bon quoi qu'on peut en penser à part l'année 2013 qui a été catastrophique son unique défaut est qu'il n'est pas aussi explosif qu'un Alba ou technique qu'un Ramos/Capdevilla), le milieu de terrain le plus fort du monde (Alonso-Busquet-Xavi-Iniesta venaient les chercher quand ils sont en formes). Alors après oui le 9 n'est pas du niveau d'un Raul, Henry quoi que Villa de 2008 à 2010 c'est du haut niveau et le meilleur 9 de l'époque à mon avis dans ces années là. Torres a chuté avec son transfert à Chelsea avant ça il était bon et décisif quand Villa ne l'était pas.

Maintenant j'espère que cette équipe aura un bon final, ça serait tellement beau de finir avec une belle prestation au Brésil, je demande pas la victoire même si je la désire et que je pense qu'ils sont au dessus de la majorité des équipes qui y participeront mais au moins toucher le dernier carré.
Je me rappelle de cette très belle équipe pas encore lobotomisée.. et avec encore (un peu) de folie.
ça parait loin de ce temps là
Coach Mouzone Niveau : CFA
Et dire qu'il y a eu un noir qui a porté le maillot de la Roja et en plus de ça il était monstrueux. À quand le prochain ?
InspectorNorse Niveau : Ligue 2
Ave Markus Kaufmann ton plus grand lecteur te salue...
Les articles de ce mec sont géniaux, toujours justes, détaillés, sensibles...
YEAH
"Aujourd’hui, on analyse l’Espagne (et toutes ses copies) avec lassitude : la possession de balle est devenue un indicateur dégoûtant. On a vu passer de telles statistiques… On pense avoir tout vu, et le monde demande du changement. C’est naturel, le nouveau semble toujours mieux."

Tellement ça. Dans les relations hommes/femmes, on a l'habitude de dire que le plus souvent, l'amour dure 3 ans. Je reste persuadé que certains d'entre nous on aimé l'Espagne de 2008, puis on véritablement craché sur celle de 2012. Par pure lassitude et ennui.

Je resterai toujours un inconditionnel de l'Equipe de France, et je porterai avec fierté ce maillot, quoi qu'il se passe. Mais force est de constater que le jeu de l'Espagne depuis cet Euro 2008, en terme d'esthétique, est le plus parfait que j'ai jamais eu l'occasion de voir. Et je suis heureux d'avoir vu jouer une équipe comme ça de mes propres yeux, et asseoir une domination si forte, piqûres de produits dopants ou pas dans les veines (parce que d'un côté, c'est pas mon corps !).
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