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« Comme le coach avait perdu, on lui a allumé les fesses »

L’un a connu galère sur galère et traînait il y a encore quatre ans ses grands compas à Sainte-Geneviève-des-Bois, en D5. L’autre a fini champion d’Europe avec les moins de 19 ans aux côtés de Clément Grenier et Antoine Griezmann en 2010. Bilel Mohsni et Sébastien Faure ont des trajectoires différentes, mais sont aujourd’hui animés par la même ambition : redonner aux Glasgow Rangers leur splendeur d’antan. Rétrogradés en D4 écossaise en 2012, les Light Blues ont depuis amorcé leur retour vers l’élite. Assurés de jouer en deuxième division la saison prochaine, ils peuvent compter sur le soutien indéfectible de leurs supporters, malgré de fortes turbulences dans les hautes sphères du club. Interview croisée de deux Français qui connaissent à la fois la ferveur galvanisante d’Ibrox et l’ambiance champêtre des stades de Scottish League One.

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Comment vous êtes-vous retrouvés à jouer pour les Glasgow Rangers ?
Sébastien Faure : Les Rangers se trouvaient en D4 quand je suis arrivé en 2012, c’était donc forcément une décision importante de les rejoindre. J’étais en fin de contrat avec l’OL après ma première année en tant que professionnel. Je voulais voir autre chose, partir à l’étranger. Et principalement en Angleterre ou en Écosse. J’ai fait un essai d’une semaine à Leeds United mi-juillet. Ça s’était bien passé, ils étaient satisfaits de moi, mais m’ont dit qu’ils avaient déjà un profil similaire au mien et ne pouvaient pas me signer un contrat. Je suis rentré en France, puis quinze jours après, début août, mon agent m’a contacté et m’a dit que les Rangers étaient intéressés. J’ai fait un essai pendant trois jours. Ensuite, le manager Ally McCoist m’a demandé de revenir pour disputer un match amical. Comme il était satisfait, il m’a proposé un contrat de trois ans.
Bilel Mohsni : Par où commencer ? J’ai tellement galéré avant d’arriver là. À la fin de ma troisième et dernière année de contrat avec Southend United, je devais signer à West Ham. J’ai fait un essai, l’entraîneur me voulait et il n’y avait plus qu’à négocier le transfert. Les Hammers jouaient contre Manchester leur premier match en plus… Le rêve, quoi. Mais lors de la dernière semaine de préparation physique, on devait aller à Braga pour jouer un match amical, mais seulement les joueurs sous contrat pouvaient s’y rendre. Comme j’étais assez proche du président de Southend, je lui ai demandé d’accélérer les choses. Sauf que le coach de West Ham me prévient quelque temps après que celui-ci a demandé trop d’argent. J’étais vraiment dégoûté, je me suis dit que je ne rejouerais plus dans ce club-là, d’autant qu’ils avaient déjà refusé une offre de Blackpool auparavant. Ils ne m’ont pas respecté. J’ai alors demandé à mon agent de me trouver un prêt sinon j’arrêtais le foot. Je vais ensuite en essai à Ipswich, mais je n’ai pas forcément eu un comportement exemplaire. Je n’étais pas vraiment professionnel. Pour te dire à quel point j’étais éloigné des exigences du haut niveau, quand je jouais à Sainte-Geneviève-des-Bois, je mangeais un grec avant un match. Puis, comme je suis une personne qui arrive souvent en retard, je me suis mangé amende sur amende. Il me fallait un peu de temps pour changer. Le coach m’a vu plusieurs fois jouer, mais ne m’a jamais rien proposé, c’était un peu du foutage de gueule.

T'as une belle collection d'essais on dirait...
B.M : Ouais car après, j’ai aussi eu un essai à Birmingham. Mais ils devaient prêter un joueur, car ils n’avaient pas de budget pour me payer. Ça a duré plusieurs semaines, je n’étais pas payé, donc j’ai fini par ne plus avoir d’argent. Tellement j’étais en galère, je comptais sur une année de contrat pour vivre, car j’avais acheté une maison pour ma famille avec tout l’argent que j’avais mis de côté… Il devait me rester quelque chose comme 3 pounds sur mon compte. Heureusement que le club me payait à manger et les hôtels. Cette pression qui pesait sur mon quotidien, je l’ai déversée lors d'un match avec la réserve. Je me suis embrouillé avec un jeune de 16-17 piges qui était dans mon équipe et ne respectait pas son poste. On s’est embrouillés, il m’a insulté à plusieurs reprises et j’ai pété les plombs. Un truc de fou. Je lui ai dit que j’allais le défoncer à la fin du match. Honnêtement, j’ai craqué. Je pensais avoir grillé ma dernière carte, mais mon agent ne voulait pas que je lâche. Ipswich m’a quand même rappelé et le coach en place m’a peu à peu donné du temps de jeu, 5, 10, 20 minutes. Puis le jour où j’étais pressenti pour être titulaire, il se fait virer… Nick McCarthy, son remplaçant, voulait qu’on pratique du kick and rush, que je ne passe pas la balle au numéro 6, ce que j’ai refusé de faire. Il s’est amusé par la suite à me détruire parce que je lui avais soi-disant manqué de respect. Pour te dire combien il était mauvais, il me prenait dans le groupe pour m’envoyer dans les tribunes. J’ai fait les stades de Bolton, de Wolverhampton et d’autres encore, je peux te dire que les places sont chaudes et très confortables. Mais la pelouse, j’en sais rien. Le coach de Southend m’a rappelé en me disant qu’il avait besoin de moi, donc je suis venu. Sauf que j’ai fait que des vieux matchs, on s’est donc arrangé pour que je parte avec le club. L’été venu, je suis parti en vacances en Tunisie et je m’entraînais avec le club Africa. Le coach des Rangers Ally McCoist m’a alors appelé. Avec un mélange de français et d’anglais, il m’a dit de venir voir les installations du club. Arrivé en Écosse, je n’ai fait que des « wow, wow, wow » en voyant leur centre d’entraînement. On a mis trois semaines à négocier mon transfert avant de signer le 3 juillet un contrat de deux ans. J’ai repris goût au football à partir de ce moment-là. Dès le début de saison, premier match, premier but. Deuxième match, deuxième but. Troisième match, troisième but. Quatrième match, quatrième but. Cinquième match, cinquième but. Mais, bon, fallait que ça s’arrête à un moment, sinon le Barça m’aurait appelé pour jouer la Champions League (rires).

La culture football très ancrée là-bas et la culture écossaise elle-même vous ont-elles influencés dans votre choix ?
S.F : Sincèrement, au début, comme je savais que le club était descendu en quatrième division, je me posais pas mal de questions : « J’y vais ? Je n’y vais pas ? » Mais dès que j’ai découvert le centre d’entraînement, le stade, tout ce qu’il y avait autour… C’était assez impressionnant. Je n’ai donc pas hésité. Je savais, aussi, qu’on devait logiquement remonter les saisons suivantes. C’est ce qui se passe d’ailleurs pour l’instant.
B.M : Tu as tout dit. Quand tu joues à Bristol City en match amical et que les trois quarts du stade sont remplis de supporters des Rangers… Tu te dis qu’ils sont malades ! En voiture, c’est à cinq, six heures de Glasgow. On va en Allemagne, pareil. Aux Pays-Bas, pareil. Ce club-là, les fans sont derrière, ils aiment ce club. Mon premier match à Ibrox, 45 000 spectateurs. Ça aide à signer dans un club, c’est sûr. T’imagines, je passe de Sainte-Geneviève-des-Bois où il y a avait peut-être 100 personnes. Et encore, c’étaient les amis, la famille des joueurs.

Même si le club traverse l’une des pires périodes de son histoire, les radios, les journaux, les chaînes de télévision continuent de parler des Light Blues. Cet engouement intact, le ressentez-vous au quotidien ?
S.F : C’est impressionnant. Dans les journaux sportifs, tu as toujours une, deux, trois, voire quatre pages entières consacrées aux Rangers. Même quand on ne joue pas ! Ils parlent tout le temps de nous. Beaucoup de journalistes viennent pour les conférences de presse d’avant-match. On passe une fois sur deux sur Sky Sports ou ESPN, c’est comme si on passait sur Canal ou beIN en France, alors que nous sommes en troisième division. L’équipe est descendue, mais l’aura du club reste intacte. Au Royaume-Uni, et surtout en Écosse, c’est vraiment l’un des clubs mythiques. On en parle sans cesse.
B.M : Tu sens que c’est un gros club. Tu ne réalises pas quand tu n’es pas dans le club. C’est un club du même standing que Chelsea ou Manchester United. Tout le monde parle de ce club, que ce soit en bien ou mal. C’est fantastique.

Grâce à une saison quasiment parfaite en Scottish League One (30 victoires et 2 nuls en 32 matchs), Glasgow est assuré de remonter en Scottish Football League First Division (D2 écossaise). Ally McCoist a notamment réussi un savant mélange entre des jeunes et des joueurs expérimentés, mais qu’est-ce que valent les Rangers actuellement ?
S.F : En 2012, puis surtout l’année dernière, le club a beaucoup recruté des joueurs de Scottish Premier League (D1 écossaise) et qui étaient les meilleurs de leur équipe. On a donc largement les moyens pour évoluer dans l’élite et être performant. Les résultats de cette saison le prouvent d’ailleurs, on possède une très bonne équipe.
B.M : Actuellement, quand on est top, on peut rivaliser avec n’importe quelle équipe d’Écosse. Vraiment. Lee McCulloch a joué en Champions League, Richard Foster également. Et Lee Wallace, franchement, je le verrais comme le remplaçant de Patrice Évra à Manchester United. S’ils doivent acheter un arrière gauche, je te garantis que Lee a toutes les qualités pour le remplacer : il est rapide, costaud, technique avec une belle patte gauche. Seb a joué à Lyon, Nicky Law et Ian Black en première division. Les mecs savent gérer la pression. Comme Jon Daly, un joueur expérimenté qui a joué à Dundee United notamment. Puis il y a des jeunes issus du centre de formation. J’ai un ami qui joue en Premier League écossaise, je suis allé voir plusieurs matchs et, honnêtement, je n’ai pas du tout peur de les affronter. J’ai vraiment confiance en notre équipe. Tout le mérite revient à notre entraîneur Ally McCoist. C’est lui qui a construit cette équipe. Tout le monde se battrait pour lui. Il est tellement proche de nous. J’ai rencontré des coachs avec qui tu ne peux pas parler, alors qu’ils n’avaient pas la carrière de notre entraîneur. Quand tu vois qu’il a été deux fois Soulier d’or, joué plus de 400 matchs pour les Rangers et marqué plus de 200 buts… Il ne s’est jamais montré arrogant. Je vais te donner un exemple. On fait un jeu tous les jeudis, c’est un contre un et tu dois marquer à l’entrée de la surface. En ce moment, on n’arrête pas de marquer, donc le coach veut tout le temps jouer désormais. Mais le coach perd souvent car le gardien sort des arrêts magnifiques face à lui. À chaque fois, le perdant du jeu doit avoir une sanction. Il doit baisser son short, aller dans les cages, se mettre sur la ligne de but et on doit tous allumer ses fesses. La première fois qu’il a perdu, j’ai regardé Seb et je lui ai dit : « Jamais de la vie il va baisser son froc, c’est un grand coach. » Mais si, il l’a fait. Il a baissé son froc pour qu’on lui allume les fesses. Quel entraîneur britannique ferait ça ? Lui rigole et est proche de nous, c’est génial. Comme il dit, nous sommes une famille.

Malgré la rétrogradation en D4 en 2012, l’Ibrox Stadium affiche en moyenne 43 000 spectateurs. Et à l’extérieur, c’est environ 2 000 supporters qui se déplacent à chaque fois…
S.F : Quand je vois Ibrox, même en D4 la saison dernière, on n’a pas la sensation d’être en troisième division. On a vraiment l’impression qu’on joue un match de Premier League ou de Ligue 1 tant il y a du monde au stade. Même quand on se déplace et que les stades ont une bonne capacité, ce sont parfois 4 000, 6 000 supporters qui viennent nous encourager. Tout autour de ces stades, la couleur bleue est arborée. Les trois quarts des fans soutiennent les Rangers (rires). C’est juste… À domicile, c’était encore mieux la saison dernière, on tournait à une moyenne de 47 000 spectateurs. Mais je ne pense pas qu’en France si un club de Ligue 1 descendait aussi bas, il y aurait autant de spectateurs qui viendraient au stade. Déjà qu’il n’y a pas 45 000 personnes en première division…
B.M : Pour un club de D3, on est la septième affluence dans les stades au Royaume-Uni. Et les autres, c’est Chelsea, etc, tu imagines ? Tu te dis que c’est un truc de fou. Tu regardes n’importe quelle troisième division dans le monde, tu n’auras pas ça. Et pourquoi seulement 2 000 supporters à l’extérieur ? Parce que les stades où on joue, ils sont trop petits ! (rires). Ils ne peuvent pas accueillir plus. Je te donne un exemple, quand on va jouer chez Stenhousemuir, il n’y a qu’une seule tribune. Tu mets 500 personnes et ça y est il n’y a plus de place. Et encore, 500 personnes, je suis gentil… Quand tu as un stade aussi beau que Ibrox et autant de supporters, tu n’as qu’une envie : donner le meilleur de toi-même.

Se rendre dans des stades bucoliques comme Gayfield Park ou Station Park, ça doit être de sacrées péripéties pour vous…
S.F : On passe de l’Ibrox Stadium, une superbe enceinte, à des stades de CFA. Ce n’est forcément pas la même chose… Mais, désormais, on a l’habitude ! (rires). Une fois toutes les deux semaines, on joue dans des stades comme ça. J’ai joué quatre ans en CFA avec Lyon dans des stades similaires. Je connais ces stades où il y a, en gros, une grande tribune, puis, après, que des rambardes ou des barrières. C’est surtout au niveau de l’état du terrain que c’est compliqué. Sur les deux, trois derniers matchs qu’on a joués, on ne pouvait pas jouer au foot. Quand le ballon arrive, tu ne sais pas s’il va rebondir ou non, c’est vraiment pas évident. En plus, il y avait du vent…
B.M : C’est certain, mais j’ai aussi connu ça ces dernières années. À Ipswich, je jouais devant déjà moins de monde, environ 20 000 personnes. Puis à Southend United, c’était 4 000, 5 000 spectateurs en moyenne. C’est le genre d’équipes où j’évoluais auparavant. Ça ne me dérange donc pas du tout. J’ai grandi comme ça, je n’ai connu que des petites équipes où il n’y avait pas de supporters. Ma victoire, elle est lorsque je joue à Ibrox. Mais pour les autres joueurs, c’est sûrement tout nouveau. Ce qui est difficile à gérer, c’est la qualité des pelouses, car les équipes ont de faibles budgets. Les autres clubs donnent quand même leur vie contre nous parce qu’elles ne sont pas certaines de nous affronter plus tard.

Les fans, justement, appellent régulièrement à la démission de l’équipe dirigeante actuelle, qu’ils accusent notamment de contracter des prêts douteux, en hypothéquant les actifs du club. Au sein même du club, sentez-vous cette crispation qui règne autour ?
S.F : C’est vrai que les supporters sont encore plus énervés contre le board que contre nous. On sent que le club n’est pas à sa place. Nous, les joueurs, on fait tout pour essayer de le faire remonter là où il doit être. Après, ce qui se passe en haut, on ne peut rien faire, on est juste spectateurs. La seule chose qui importe pour nous est de ramener le club à sa place. On ne sait pas trop ce qui se passe autour, on regarde, on écoute… Mais c’est le côté sportif qui prime avant tout.
B.M : Personnellement, je ne lis pas trop les journaux. Au moment de venir, je me suis dit que si je commençais à prendre en compte tout ce que j’entendais, j’allais trop me prendre la tête. Je me suis davantage basé sur le sportif en venant ici. Je sais qu’il y a des problèmes dans ce club. Je suis simplement venu pour jouer au football. Mon objectif est de l’aider à revenir en première division. Quand ce sera le cas, je pourrais dire que j’ai fait mon taff. Tout ce qui concerne le secteur financier, je ne peux rien faire. C’est au-dessus de mes moyens. C’est juste dommage pour un club d’une telle envergure. On devrait se concentrer pour construire et kiffer. Juste kiffer.

En dépit de vos excellents résultats, les supporters ne sont pas tendres avec vous…
S.F : C’est compliqué pour nous, les joueurs, d’en parler. Pour les supporters, qui ont vu le club 140 ans dans l’élite, et comme on s’appelle les Rangers, ils pensent qu’on est encore une équipe de Scottish Premier League. On devrait donc toujours gagner 6-0, jouer comme le Barça ou le Bayern. Mais ce n’est pas possible. On n’est ni le Barça ni Manchester. On ne s’appelle pas Messi. Puis jouer sur des terrains de merde, car c’est la vérité, ce n’est franchement pas évident. J’en parlais avec Bilel, tu mets n’importe quelle équipe de première division en Scottish League One, hormis le Celtic, elle aurait déjà perdu trois ou quatre matchs. Surtout quand les équipes qui jouent contre nous veulent à tout prix nous battre. C’est comme si on avait des matchs de coupe tous les week-ends. Les supporters estiment qu’on ne devrait pas faire plus de une ou deux touches de balle, mais non, ce n’est pas possible. Déjà ce qu’on fait, c’est hallucinant. On est en reconstruction, plein de choses entrent en compte, donc c’est vrai que les fans sont un peu durs. Mais ils ont toujours été comme ça, on s’y est habitués.
B.M : Ils sont vraiment exigeants. On a quelques fois gagné 2-1, 3-2 et ils nous tombaient dessus. Les fans ne comprennent pas qu’un moment… Bien sûr, on doit être plus forts que nos adversaires, il n’y a pas de problème. Mais il faut prendre en compte la fatigue. On joue plus que les mecs qu’on affronte. Certes, ils ne sont pas professionnels, mais eux, à la différence de nous, ils préparent leur semaine pour nous jouer. Avant de les affronter, on fait des séances vidéo où on regarde leur dernier match disputé le week-end dernier. Mais tu te dis : « C’est quoi cette équipe ? T’as envie de dormir en les voyant jouer ! » Et quand ils jouent contre nous, c’est tout le contraire. Tu as l’impression que c’étaient leurs cousins qui jouaient le week-end dernier. Les autres équipes sont toujours motivées et veulent nous détruire, encore plus depuis qu’on est assurés de monter à l’échelon supérieur. Ce n’est pas facile tous les week-ends. Elles ne font que défendre alors que nous, on essaye de jouer. Les deux derniers matchs, on a joué à l’extérieur, mon dieu… C’est du vrai jeu anglais. Tu mets des têtes, tu dégages. Puis vu les terrains, tu ne peux même pas contrôler, donc vaut mieux dégager. Parce qu’allez-y, vous, jouer le mardi soir quand il y énormément de vent, il pleut, il fait froid et sur un terrain tout petit. Parfois, on joue dans des stades près de la mer et quand tu dégages le ballon, il revient sur toi directement ! Il en faut pour aller gagner des matchs là-bas. Ce qui est beau, c’est que lors des 8es de finale de la Cup, il y avait peut-être quatre ou cinq équipes de notre championnat. Il ne faut donc pas nous manquer de respect. Je pense sincèrement que des équipes de première division écossaise n’auraient pas pu faire ce qu’on a réalisé.

Vivre dans l’ombre du Celtic, qui vient d’enchaîner avec un troisième titre de champion d’affilée, n’est-ce pas trop frustrant au sein même du club ?
S.F : Non, pas trop. Leur troisième titre est logique parce qu’ils n’ont pas de concurrence. C’est la vérité. Comme nous en championnat, tu es tellement au-dessus des autres équipes techniquement, physiquement et tactiquement que ça tourne toujours en ta faveur. C’est pareil pour le Celtic. Ils ont la meilleure équipe en Écosse avec quelques étrangers. Puis ils disputent la Ligue des champions… Ils gagnent, c’est bien pour eux, mais tout le monde attend que les Rangers reviennent.
B.M : Il n’y a pas de frustration. Pour l’instant, le but est vraiment d’arriver au top. Quand on sera arrivés là, on verra alors qui sont les meilleurs. C’est plus dans cette optique que le club raisonne actuellement. On ne peut de toute façon rien faire de plus. Le Celtic domine la Scottish Premier League, il n’y a pas de soucis. On n’a pas joué contre eux encore. Quand on sera remontés la saison prochaine j’espère, là on pourra commencer à lancer les hostilités.

Et le Old Firm, c’est forcément quelque chose que vous espérez vivre…
S.F : C’est sûr. Ça me ferait chier de partir des Rangers sans l’avoir joué. On espère les rencontrer la saison prochaine en Coupe de la Ligue, puisqu’ils ont été éliminés de la Cup cette année. L’ambiance lors du Old Firm est juste hallucinante. C’est pfiouuu… Un match vraiment pas comme les autres.
B.M : Je n’attends que ça, si tu savais à quel point. Quand ils se sont fait éliminer de la Cup, j’ai presque pleuré. Je me suis dit non… Le pire, c’est qu’il y avait peut-être une chance qu’on se rencontre en quarts de finale. Mais le Celtic est tombé sur Aberdeen. Dommage. Mais la saison prochaine, on va essayer d’aller le plus loin en Cup et Coupe de la Ligue pour les affronter. Tous les joueurs le disent, tous ceux qui l’ont joué, c’est un truc de fou. C’est à vivre et je suis impatient de pouvoir connaître ça. À ce que j’ai pu voir, il y a minimum un carton rouge par match. Des fois, il y en a deux dans chaque équipe, voire trois même. C’est un match à part et tendu. Comme ils ne me connaissent pas, je n’ai pas cette rancœur contre les Celtics. Il y aura évidemment cette pression. Je n’ai pas grandi avec ces derbys-là. Je serai donc sans doute un peu plus calme que les autres joueurs (rires). Des deux côtés, il y a des joueurs qui ne s’aiment pas. Ils seront déjà plus occupés entre eux.

L’occasion d’écrire une nouvelle page de l’histoire du club, de faire partie de ceux qui le ramèneront sur le devant de la scène, c’est peut-être ce qu’il y a de plus beau, non ?
S.F : Quoi qu’il arrive, pour les joueurs qui auront participé aux trois années de remontée, ce sera historique. Tout le monde s’en rappellera. Si aucun joueur de bon niveau n'était venu, le club serait resté en quatrième division pendant de très longues années. Donc, oui, c’est une formidable aventure de pouvoir participer à cela. Ça laissera une trace indélébile.
B.M : Personne ne t’oubliera, en fait. Tous les joueurs cherchent la reconnaissance. Quand je suis arrivé ici, je me suis dit que ce serait bien de faire partie de l’histoire d’un club. En plus, ici, tu viens pour aider le club à remonter, c’est une expérience géniale. Tu fais partie de l’épopée. Seb, il a commencé depuis le début, en D4. Lee Wallace est resté aussi. Ces joueurs auraient pu partir, mais non. De toute façon, à partir du moment où tu as joué un match avec ce club, tu fais déjà partie de l’histoire. C’est ça qui est génial. J’ai rencontré plein de joueurs qui jouaient auparavant aux Rangers. Et tout le monde s’accorde à le dire, ici c’est fantastique. Si un jour, tu as le temps de venir voir un match, n’hésite surtout pas. Je te filerai des bonnes places.


Propos recueillis par Romain Duchâteau
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