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Clodoaldo : « Pelé est incomparable »

Régulateur de l'entrejeu du Brésil 70, alors qu'il n'avait que 21 ans, Clodoaldo a également côtoyé Pelé au quotidien pendant huit ans, à Santos. Depuis le « mémorial des conquêtes » de Santos, l'ex-milieu de terrain revient sur la genèse du meilleur Brésil de tous les temps et évalue la Seleção de Neymar.

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Comment jugez-vous le premier tour du Brésil ?
La Seleção s'améliore à chaque match. Contre le Cameroun, ce fut le meilleur match, même si le Cameroun était déjà éliminé. L'entrée en jeu de Fernandinho pour Paulinho a été fondamentale. Je pense que Fernandinho donne davantage de vitesse à l'équipe dans la transition attaque-milieu.

Que pensez-vous des critiques dont fait l'objet la Seleção ?
Le supporter brésilien est très exigeant. Même si la Seleção ne présente pas un football très convaincant, ce qui importe dans un Mondial, c'est le résultat. Après, il est vrai qu'on se repose avant tout sur Neymar. Tous les buts viennent de lui, de ses inspirations. Contre le Mexique, il n'a pas marqué et le Brésil a fait un nul.

Vous avez été coéquipier de Pelé, mais vous avez aussi vu grandir Neymar à Santos. Sont-ils comparables ?
Neymar, dès ses 15, 16 ans, on percevait qu'il était au-dessus des autres joueurs. Comme Robinho, avant lui. Pour moi, la différence entre les deux derniers grands produits de Santos, c'est la capacité de Neymar à être décisif. Contrairement à Robinho, Neymar excelle dans le dernier geste, même si Messi est encore meilleur que lui dans ce domaine. Pour répondre à la question, je crois que Neymar peut égaler Pelé en terme de titres, ou même de buts inscrits, mais pas comme joueur. Pelé était un joueur incomparable, le meilleur de tous les temps. C'était un athlète complet, il avait les deux pieds, le jeu de tête, une détente hors norme, une grande frappe de balle. Je n'ai jamais rien vu de comparable, même Maradona ou Messi.

Pourquoi Santos produit-il autant de grands joueurs ?
En fait, c'est une question d'opportunités. À un moment de son histoire, Santos a eu besoin de moins dépenser et le club s'est rendu compte qu'il y avait beaucoup de talents ici, à proximité. Depuis, c'est devenu une politique du club, alors que beaucoup d'autres préfèrent acheter un joueur qui a déjà fait ses preuves. Enfin, même Santos a pris ce chemin ces derniers mois en achetant Leandro Damião. Aujourd'hui, dans la ville, il y a moins d'espace pour jouer au foot, notamment à cause de la croissance immobilière, mais Santos ne recrute pas seulement à domicile, et fait aujourd'hui des détections dans tout le Brésil.

Comment était-ce de s'entraîner chaque jour aux côtés de Pelé ?
C'était un bonheur. Pour moi, c'est gratifiant d'avoir participé à l'histoire de Pelé. Il m'a fait progresser. Il me demandait notamment de mieux anticiper. Évidemment, je ne pouvais pas voir les choses aussi vite que lui, mais je me suis amélioré dans ce domaine grâce à lui. Comme coéquipier, Pelé était humble. Aujourd'hui, je ne pense pas qu'il se sente comme quelqu'un à part, comme un Dieu vivant, en tout cas il ne le laisse pas transparaître.

Vous étiez titulaire dans une sélection considérée par beaucoup comme la meilleure de tous les temps. Comment s'est passé la préparation de ce Mondial 70 ?
Ça a été dur. On a beaucoup travaillé physiquement. On s'est basé sur ce que faisait la sélection anglaise à l'époque. On s'est aussi préparé pour jouer en altitude. Physiquement, on était au moins au niveau des meilleurs. La préparation a duré quatre mois. Notre groupe était très uni. Mario Zagallo nous a aussi bien préparés tactiquement, notamment défensivement. Offensivement, on pouvait compter sur cinq joueurs extraordinaires : Tostão, Gerson, Rivelino, Jarizinho et Pelé. Moi, je devais tout le temps rester devant mes quatre défenseurs. Je suis sorti de ma position une seule fois face à l'Uruguay quand j'ai marqué et que Gerson a pris ma position. Notre football était moderne. À part Jairzinho, tous nos attaquants revenaient pour défendre. Pour moi, le Brésil 70 peut encore constituer un modèle pour le football d'aujourd'hui.

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Quelques mois avant le Mondial, l'équipe avait pourtant été secouée par le licenciement du sélectionneur, João Saldanha ...
Ce fut une décision prise pour des raisons politiques (nda : Saldanha était militant du parti communiste). Ce fut une grande surprise. On venait de gagner un amical à Rio de Janeiro et des dirigeants nous ont réunis pour nous informer que l'entraîneur serait Mario Zagallo. On a accepté cette décision, car on avait une bonne opinion de Zagallo. L'équipe était en formation quand Saldanha a été viré. Zagallo a fait quelques choix forts, comme de jouer avec Rivelino à gauche plutôt qu'avec Edu et Paulo César qui étaient de grands joueurs de l'époque.

Que ressentiez-vous face à la récupération politique de vos succès par le régime militaire ?
Nous, on faisait notre métier, on jouait le Mondial, on savait ce qu'était le régime militaire, mais on jouait avant tout pour le peuple qui était derrière nous. Au final, je ne crois pas que le régime se soit beaucoup mêlé de la vie de la sélection.

Clodaldo à l'origine du mythique but de Carlos Alberto :
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En 1971, Pelé prend sa retraite internationale. Comment aviez-vous accueilli cette annonce ?
On était tristes. Pour nous, Pelé était encore trop jeune pour faire cela. Étant donné sa condition physique, il aurait pu jouer sans problème le Mondial 1974. Mais à cette époque, à 30, 32 ans, on était considéré comme un vétéran, et peut-être que Pelé a senti alors que la fin de sa carrière était proche. Pour nous, il devait continuer, il aurait encore pu rendre de grands services au football brésilien.

Pour terminer, comment évaluez-vous ce Mondial au terme du premier tour ?
Le niveau est très bon. Deux sélections m'ont particulièrement plu : le Costa Rica, qui s'entraîne ici à Santos, et la Colombie, qui joue un grand football. Mais les équipes qui peuvent arriver en finale se comptent sur le doigt d'une main : Brésil, Argentine, Hollande, France et Allemagne. Pour moi, le seul outsider qui peut arriver en finale, c'est la Colombie, mais ce serait une immense surprise. Évidemment, j'espère qu'on va être champions du monde, qu'on va obtenir ce sixième titre. Ce qui est certain, c'est que personne ne veut rencontrer le Brésil.


Propos recueillis par Thomas Goubin
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Super d'interviewer ce joueur qui était extraordinaire de classe en 70,formant avec Gerson une paire de milieux redoutable. En finale il humilie trois italiens au départ de l'action du 4ème but.

Et ça fait du bien de lire un peu des trucs sympas sur Pelé sur sofoot, il est vrai qu'il donne souvent le bâton pour se faire battre quand il intervient publiquement, mais quand on se souvient que la rédac l'a mis derrière Ronaldo dans son classement des joueurs (certes volontairement subjectif, mais bon...) ça fait un peu mal.
Contre le Chili ?!

Superbe joueur, trop méconnu dans cette dream tram de 70. Footballeur élégant, régulateur d'un milieu brésilien hyper offensif, défendant debout. Un Redondo avant l'heure. Il marquera le but décisif face à l'Uruguay, petite revanche du maracanazo.
Avoir la possibilité de préparer une compétition mondiale pendant quatre mois; chose impensable de nos jours.
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