Claude Puel éjectable...

La porte s'est entr'ouverte... Jean-Michel Aulas a été explicite : « Tout entraîneur, sans forcément être menacé, est menaçable. Si au bout de dix matches, les résultats ne sont pas bons, il faut bien changer quelque chose » . La défaite à Bordeaux (0-2) a précipité Claude Puel dans la tourmente. Le point sur l'affaire...

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A l'heure qu'il est, la décision de se séparer de Claude Puel est peut-être déjà prise. Une impression née des images TV assez cruelles, lors de Bordeaux-Lyon de dimanche soir (2-0). Claude Puel, enfoncé dans son siège, désemparé, incapable d'effectuer un coaching décisif alors que l'OL n'est mené que 1-0. L'autre image, c'est le duo Lacombe-Aulas, en tribune : à la fin du match, alors que Jussiê a planté le second but bordelais, tous deux sont accablés mais avec le regard clair. Ils viennent de prendre acte de la situation de crise, désormais bien installée. Petit détail : Aulas a enlevé ses lunettes. Il n'est plus du tout dans le match. Il est dans “l'après”, dans l'analyse... C'est tout le sens de ses déclarations de dimanche soir et de lundi. L'agenda qu'il a fixé constitue la trame essentielle des événements à venir.


Le calendrier à venir


JM Aulas a donc imposé à son entraîneur ce qu'on pourrait qualifier d'ultimatum ouvert : « Nous n'avons que cinq points actuellement. Nous sommes à huit longueurs du leader, Saint-Étienne. Fin octobre, après le match d'Arles, on aura joué dix matches de championnat, trois de Ligue des champions, je serai en mesure de dire aux supporters s'ils ont une intuition pertinente » . Petit détail : Aulas parle à la fois du match contre Arles et de « fin octobre » . Or, le match contre Arles est le 23 octobre et « fin octobre » , le 30, c'est la réception de Sochaux, puis le 2 novembre, match retour de C1 à Lisbonne, contre le Benfica. Le signe qu'Aulas accorde une chance réelle à Puel de redresser la barre ou bien est-ce qu'il cherche simplement à gagner du temps, afin de mieux choisir son nouveau coach ? Toujours est-il que le calendrier est plutôt globalement favorable à Claude Puel. A priori... D'abord derby à la maison contre St-Étienne : là, c'est clair en cas de défaite, le sort de Puel serait quasi scellé. Mais c'est un match “gagnable”. Pareil pour les rencontres d'après : déplacements à Tel Aviv, contre l'Hapoël à sa portée (en C1), puis déplacement à Nancy (mal en point à domicile), puis réception de Lille (pas évident mais jouable, le Losc n'étant toujours pas brillant depuis le début de saison), puis réception du Benfica (pour l'instant l'OL sait toujours se mettre en mode Ligue des Champions, et puis un nul ne serait pas franchement éliminatoire), et enfin voyage en Arles-Avignon, lanterne rouge et en crise chronique. Faut-il rajouter aussi, donc, ensuite, la réception de Sochaux et le retour à Lisbonne ? A voir...


Puel soutenu par ses joueurs ?


Donc, globalement, avec un Lyon juste performant et plus efficace, le coup est jouable pour Puel. Après tout, l'OL a eu quelques vraies bonnes occases à Chaban... Autre indice favorable, justement rappelé par Aulas et qui a certainement sauvé Puel : les clubs concurrents sont eux aussi à la peine. Lyon n'a que 8 points de retard sur l'ASSE et TFC, formations dont on peut penser qu'elles ne tiendront pas la distance sur le long terme (à voir, évidemment !). A 7 points de Rennes, à 5 de Lille et seulement à 3 de l'OM et du PSG. La 17ème place actuelle des Gones revêt donc un aspect purement “virtuel”, vu qu'une série de 3 victoires remettrait les Gones en selle. Problème : est-ce que les joueurs adhèrent toujours au discours du coach, condition sine qua non pour la suite ? Visiblement Lisandro ne se satisfait plus de son isolement en pointe (cf. voir tous ses décrochages contre Schalke) et digère mal les entraînements “à la dure”, qui sont de plus en plus souvent pointés comme cause des nombreuses blessures qui ont atteint une bonne partie de l'effectif... Le pari de Puel sera aussi de récupérer les cadres blessés (Cris, Delgado, etc.) pour redécoller. Problème : Lisandro est out pour deux à trois semaines, ce qui constitue un handicap dans la course contre la montre du sauvetage puélien... Mais le plus grave, ce sont toutes ces périodes de “flottement” observées en matchs de L1, notamment à Bordeaux : apathie et résignation pendant de longues minutes. Ou pire, des joueurs qui “se cachent” : Bastos pas mauvais mais faussement “volontaire” à Chaban, Gourcuff qui balance systématiquement sur Briand en deuxième période, Makoun moins saignant dans les contacts, incapable d'orienter correctement devant ou d'apporter le surnombre... Bref, le sort de Puel est aussi entre les mains des joueurs. Dans leurs têtes, consciemment ou non, le choix de “sauver” leur coach est en train de maturer.

Qui à la place de Puel ?


C'est la solution facile et très confortable pour tous les supporters mécontents du monde entier : “L'équipe n'est pas bonne ? Virons l'entraîneur et tout ira mieux !” Le fameux déclic. Ben, voyons !... Si Aulas n'a pas encore tranché dans le vif (à moins, bien sûr, qu'un éventuel successeur soit déjà “dans les tuyaux”), c'est que les solutions de remplacement ne sont pas légion. On parle avec insistance de la fameuse solution interne : Rémi Garde. Il est le responsable actuel du centre de formation et Aulas l'avait déjà pressenti en 2007 pour succéder à Houllier. Rémi Garde avait refusé. Aujourd'hui, à 44 ans, il serait en pole. Un choix à double tranchant : ça passe ou ça casse. Parce que Lyon, ce sont de très hautes ambitions immédiates en L1 et en C1 : ici on ne débarque pas dans un club moyen pour l'aider à “bien finir la saison”. L'obligation de résultats n'attend pas à l'OL : Rémi Garde serait-il prêt illico ?... Qui d'autre ? En France, pas beaucoup de candidats : les “meilleurs” (Blanc chez les Bleus, Houllier à Aston Villa, Deschamps à l'OM, Tigana à Bordeaux, Fernandez est bien planté à l'AJA, Wenger impossible à débaucher d'Arsenal) sont tous installés. Rolland Courbis ? Pas trop le genre de la maison lyonnaise. Troussier ? Henri Michel ? Coach Vahid ? Hum, ...Gourcuff père, toujours marqué par son échec dans un gros club (Rennes) ?

La vérité, c'est qu'à travers la crise de l'OL, c'est une autre crise qui émerge plus globalement dans le foot français : le manque de très bons entraîneurs. Regardons la réalité en face : de toute la génération nouvelle de coachs des années 2000, seuls Rudi Garcia (pour l'instant a priori “pas dispo” pour l'OL) et Alain Perrin (il a déjà donné et dirige actuellement le club qatari d'AL-Kohr) ont vraiment fait leurs preuves. Les Furlan, Hantz sont passés à la trappe, quand les Montanier, Gillot, Wallemme, Casanova, Galtier ne sont pas encore arrivés à pleine maturité... Reste les pistes d'entraîneurs étrangers. Encore faut-il que pour un grand club comme Lyon un technicien francophone se détache. Ce fut longtemps une exigence d'Aulas, sauf à recruter un crack d'exception. Or, les ténors du banc sont très chers, peu disponibles et pas plus motivés que ça de venir bosser en France. La piste Gerets a été évoquée ? Un ancien coach très emblématique de l'OM, sélectionneur actuel du Maroc ? Et le Brésilien Ricardo ? Mouais...


Voilà. Aulas a laissé sa chance à Puel. Hormis Guy Stephan, il a toujours laissé ses entraîneurs aller au bout de leur contrat. La situation actuelle incline à penser que JM Aulas faisait vraiment confiance à Claude Puel. Dans le cas contraire, il n'aurait pas hésité à trancher dans le vif dès cet été, soucieux de ne pas revivre un autre début de saison difficile. Les chances pour Puel de rester sont donc minimes mais elles existent. Les joueurs tiennent le sort de leur coach entre leurs mains, ou du moins au bout de leurs crampons. Claude Puel a aussi sa carte à jouer : un mois c'est court, mais ce sont aussi quelques matchs à bien négocier. Au vu du jeu proposé jusque-là, on a des doutes sur l'amélioration du contenu des rencontres (voir l'article Lettre ouverte à l'OL du 14 septembre, sofoot.com). L'heure n'est pas encore aux bilans, on les fera plus tard. Il faut attendre. On a parlé du coach, des joueurs, du président. Reste le public, les supporters, juges ultimes d'un derby contre les Verts que Claude Puel n'a pas le droit de perdre...

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Si je puis me permettre, je rajouterais à la liste Paul Le guen, libre, connaît l'ol et a laissé un bon souvenir, et peut-être leonardo, bon gros hic il est marqué psg mais ce serait pas mal pour lui.
Et outre Garde, l'autre solution pompier interne: Bats ou Lacombe..?
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