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City, un baril d'ambitions

Un titre, une C1 et de l'envie. Dépucelés après trente-cinq années de disette, les joueurs de Manchester City n'ont qu'une envie : montrer au monde et à Manchester United que cette saison n'était pas un feu de paille, mais le commencement d'une ère. Pourquoi pas ?

Trois ans. Il n'a fallu que trois petites saisons pour que le Cheikh Mansour, à coups de millions de dollars, fasse de Manchester City une équipe qui gagne autant qu'elle dérange. A une heure où les pétrodollars et le football business posent problème, l'homme d'affaires qatari, fort de son puissant or noir, est en passe de prouver au monde entier que l'argent peut bel et bien faire le bonheur. Depuis son arrivée à la tête du club en 2008, et le début de l'effritement de son éléphantesque compte en banque, le nouvel homme fort du football anglais a commis une flopée d'erreurs et connu quelques déceptions. Pourtant, il récolte aujourd'hui les fruits de son investissement. S'il n'a pas remboursé les 400 millions d'euros consacrés aux juteux transferts depuis sa prise de pouvoir, l'ivresse des sommets et la genèse d'une certaine renommée pansent les plaies les plus douloureuses. Forts d'une troisième place en Premier League et d'une victoire en FA Cup, les Citizens, ex-losers, ont pris goût à la gagne, et comptent bien remettre ça en 2012. Un joli pied-de-nez aux nombreux détracteurs de la victoire par l'argent. Enfin sous le feu des projecteurs, attendus la saison prochaine, les “autres Mancuniens” ne peuvent plus se cacher. Mais à l'aube d'une saison nouvelle, le prix du baril d'ambitions pourrait flamber. Et en cas de tohubohu estival, il n'y a pas grand-chose que l'épais portefeuille du Cheikh Mansour ne puisse faire.


Le ménage avant tout


La victoire en demi-finale de FA Cup face à l'ennemi United (1-0) a permis d'effacer le spectre du retourné acrobatique de Wayne Rooney, quelques semaines plus tôt, à Old Trafford. Celle en finale, à Wembley contre Stoke City (1-0), fut un véritable déclic. Une véritable consécration après trente-cinq ans de lose et de poisse. La galerie des trophées enfin dépoussiérée, le City de Mancini, Tevez et Mansour peut se consacrer à sa vraie quête, celle du Big Four. Membres indéboulonnables du fameux Grand Quatre depuis la cinquième journée, les Mancuniens vont prendre un malin plaisir à jouer les trouble-fêtes. Auteurs d'une fin de saison canon avec six victoires lors des sept derniers matches, les méchants Citizens mettent un coup de canon aux gentils Gunners, écrasent la hype Tottenham d'un coup de crampons et finissent l'exercice 2010-2011 a égalité de points avec Chelsea.

Le résultat est probant, la politique sportive du club obscure. Des forces mancuniennes, le fan de football lambda retient l'argent, l'argent et encore l'argent. A tort, mais aussi à raison. Si City va mieux, les maux dus aux erreurs de début du mandat de Mansour continuent à faire désordre. Les joueurs sous contrat sont trop nombreux, les prêts abondants et les salaires trop onéreux. La rançon de la gloire pour un club qui n'attirait autrefois que par l'argent, sans doute. Aujourd'hui, le club nourrit des ambitions légitimes et par conséquent attire sans que le big boss n'ait besoin de dégainer le chéquier. Exit donc, les folies Kolarov, Robinho ou Jo, l'heure est au ménage. Cependant, faire du propre a un prix. Vendre à perte est une chose, se suicider financièrement en est une autre. Les indésirables sont invités à partir, les cadres, à prolonger. Outsiders légitimes pour le titre la saison prochaine, les Citizens veulent y croire. Et comme souvent, ils se donnent les moyens de leurs ambitions.



De la solidité et du génie



La clé de la réussite du club bling-bling par excellence est étonnante de modestie : la défense. Meilleure arrière-garde de Premier League en compagnie de Chelsea (33 buts encaissés, moins d'un par journée), la défense de Manchester City se repose sur deux des meilleurs éléments du club. Fraîchement élu meilleur joueur de l'équipe de l'année par les supporters, le défenseur belge Vincent Kompany est l'une des clés de la belle saison mancunienne. Étonnant de maturité, le défenseur de 24 ans est accompagné dans sa réussite exponentielle par son gardien Joe Hart, meilleur portier anglais depuis un bon bout de temps. Solide derrière, l'escouade de Roberto Mancini souffre d'un clair manque de liant devant. Si cette saison est sans aucun doute la plus aboutie de l'ère Mansour, le jeu offensif des Citizens est encore un brin stéréotypé. Majoritairement basé sur le génie de ses artistes d'assaillants que sont Carlos Tevez ou David Silva, le jeu d'attaque des partenaires de Gareth Barry manque de spontanéité. Au vrai, le public attend beaucoup plus des Johnson, Dzeko et Balotelli. Entre autres. Bref, un mal auquel l'argent ne peut pas grand chose, si ce n'est quelques blagues, du genre « Manchester City souhaite recruter Hamsik, Lavezzi et Cavani » , bref, des joueurs qui savent jouer ensemble et auxquels Mancini n'aura nul besoin d'inculquer des vertus collectives. Le genre de rumeurs insistantes qui tendent à rappeler que Manchester City n'est pas encore guéri.



«  On s'ennuie beaucoup à Manchester »



Personne ne sait si le bleu azur porte la poisse, mais l'été Citizen s'annonce aussi bouillant qu'un été marseillais. Roberto Mancini ne sait pas de quoi est fait son avenir, Edin Dzeko est l'incarnation même des possibilités de rechute qui entourent la politique de transferts du club et, last but not least, l'icône du club, Carlos Tevez, veut plier bagage et changer de tipi. Dans une interview accordée à Marca, l'Apache n'a pas épargné sa ville : « Je ne veux pas retourner dans cette ville, même pas en vacances. On s'ennuie beaucoup à Manchester » . Il paraît que l'ancien de United compte venir à bout de ses trois ans de contrat, mais un jour sur deux, l'Argentin souffre du mal du pays. La vérité dans tout ça, c'est que le club de City est un loser récidiviste qui, cette année, a goûté pour la première fois à la liberté conditionnelle. Après analyse, les joueurs de Roberto Mancini ont de bonnes chances de ne pas retomber dans leurs travers, mais dans un club aussi instable que celui-là, mieux vaut ne jamais dire jamais...

Swann Borsellino

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