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Ciccolini, l'île aux enfants

Plus de dix ans après un premier passage sans lendemain sur un banc de Ligue 1, François Ciccolini est de retour du côté du Sporting. La formation aux chevilles et la barbe fournie.

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Il y a des têtes connues. Il est un peu moins de 20h sur Saint-Denis et le vestiaire du Stade de France est devenu un lieu de fête. On y voit le capitaine d'une génération, Dennis Appiah, mais aussi Layvin Kurzawa, Jessy Pi, Valentin Eysseric, Yannick Ferreira Carrasco ou encore Terence Makengo. Ce soir de mai 2011, l'AS Monaco vient de remporter son premier trophée chez les jeunes depuis trente-neuf ans. Une Gambardella soulevée avec une génération dorée face au Sainté de Kurt Zouma après une séance de tirs au but. Dans le vestiaire, la réaction est unanime : « Merci François, merci François » . L'homme en question est François Ciccolini. Une figure progressive de la formation à la française qui a pris du poids dans la première décennie des années 2000. Via un championnat de France U16 remporté avec Bastia en 2002 et une finale U19 avec l'ASM en 2011, mais aussi pour son passage remarqué à la tête du centre bastiais il y a une dizaine d'années. « Le Sporting, c'est son club, celui d'une île, donc forcément il te le faisait sentir » , plante son ancien joueur, Sébastien Piocelle.

L'épreuve d'immunité


François Ciccolini est un homme de l'ombre. Ces derniers mois, sa barbe blanche était rangée derrière l'épaule de Ghislain Printant, sur le banc de l'équipe première du Sporting. Il en était l'adjoint jusqu'à une brusque nuit de janvier où l'éviction de Printant a été annoncée. C'était le 28 janvier dernier, très tôt, avant que le président bastiais, Pierre-Marie Geronimi, ne prenne la parole pour annoncer la nomination de Ciccolini à la place de son pote Ghislain. « Sincèrement, je ne sais pas si c'était judicieux d'enlever Printant à ce moment de la saison, mais prendre Ciccolini est la meilleure solution » , précise Piocelle. Car l'homme a le sang bleu. Bastia est son club de toujours. Dès sa première conférence de presse, Ciccolini a assumé être lui aussi « responsable de cette situation et du rendement de l'équipe. (…) Ghislain Printant était un homme avec énormément de qualités, mais peut-être trop gentil. Cela ne veut pas dire que je vais être le méchant du club, mais nous avions perdu une certaine ligne de conduite. On s'est embourgeoisés ! (…) Il va falloir mettre les mains dans le cambouis. Une situation d'urgence, on y fait face et on la combat. »


Un tacle glissé et une remontée à la quatorzième place. Voilà où en est le Sporting qui a donc récupéré le pompier Ciccolini un peu plus de dix ans après une première expérience professionnelle, déjà à Bastia, traversée avec fracas. « Le truc, c'est que c'est quelqu'un d'entier, explique Youssouf Hadji, à la pointe de l'attaque corse lors de la première ère Ciccolini. J'en garde un super souvenir, car il avait la capacité de nous transmettre un message, sa passion. Il nous faisait passer sa rage et une fois sur le terrain, il se transformait. Il devenait une personne un peu hystérique. Mais c'était avant tout un gros connaisseur du monde du foot. » Cette saison-là, en 2004-05, François Ciccolini ne fera pourtant que dix mois sur le banc bastiais, et le Sporting coulera en Ligue 2 en fin de saison. Ciccolini, lui, se fera également remarquer pour une prise de bec avec Lorik Cana lors d'un PSG-Sporting. Le tout avant de s'engouffrer dans de multiples expériences difficiles, du Red Star, où il est accusé de « manque de respect » , à Neuchâtel où il ne fera que deux matchs de championnat avant de prendre la porte. Comme s'il devait retrouver Bastia, toujours, pour sortir de nouveau sa tête au haut niveau.

« L'esprit et le jeu »


Car avant toute chose, François Ciccolini veut faire briller son île. Une Corse où il aura passé la quasi-intégralité de sa carrière de joueur, à Ajaccio et à Bastia, et où il aura débuté sa reconversion vers le banc. Du côté de Porto Vecchio entre 1997 et 2000. Un moment commun revient au moment d'évoquer ses débuts. Un soir de février 2000 où l'ASPV disputera un 16e de Coupe de France contre les Girondins de Bordeaux (1-4). Seul buteur du soir, Cyril Arbaud se souvient « d'une belle aventure humaine avec un coach qui donnait tout pour ses joueurs. Quand tu as quelqu'un comme lui, qui utilise des mots durs pour te mettre face à tes réalités, tu as envie de lui rendre cette rage interne sur le terrain. » Ciccolini est un homme de vestiaire avant toute chose, à une période où le Sporting se cherche un renouveau de caractère. Mais c'est aussi un méthodique, un amoureux de la préparation, un coach de « l'esprit et du jeu » selon Piocelle. Un patron dans une mission commando où Bastia est entré depuis maintenant plusieurs semaines. Pour sa survie, mais aussi la reconnaissance de Ciccolini. En barbe et en rage.

Par Maxime Brigand
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