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Chucky sort de sa boîte

S'il est surnommé Chucky, aucun rapport avec d'éventuels cheveux roux ou son visage poupon. Voyez-y plutôt une forte propension à terrifier les défenses adverses, et ses propres coéquipiers dans le lot. Ailier virevoltant, meilleur buteur d'Eredivisie, Hirving Lozano est la plus belle promesse du football mexicain depuis son arrivée en Europe en juin dernier. À condition qu'il résiste aux sirènes de Premier League.

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Il est super bien caché, comme d’habitude. Les yeux dans le noir et le sourire aux lèvres, Chucky va encore frapper. Cette fois-ci, la scène se passe dans le bus, ce qui complique légèrement l’opération. Il n’attend qu’une chose, que les joueurs du Pachuca, bercés par le doux roulis du véhicule, rejoignent leurs couchettes pour passer la nuit. Lui est caché sous l’une d’entre elles, les pupilles rondes et la respiration calme. Chucky. C’est étrange quand on y pense, il n’a pas les cheveux carotte ni de profondes entailles sur le visage, déteste les poupées et encore plus les salopettes, mais c’est ainsi qu’on le surnomme depuis tout petit. Il adore faire peur, soit. Alors il fera peur, toujours selon le même procédé, surgissant de sous le plumard en hurlant à la mort. C’est une question de secondes avant que l’un de ses coéquipiers ne pousse la porte de la chambre, il le sait. Mais là, tout de suite, il est pris de fatigue. Ses yeux sont mi-clos. Son corps épouse avec douceur les courbes du bitume mexicain qui défile sous son ventre. Et c’est ainsi, le menton lové sur ses bras, que Hirving Lozano s’est mis à rêver de sa vie cette nuit-là.

Trente-sept blessures en une saison


Enfant, il aurait par exemple pu rêver de son début de saison actuel. Mais difficile d’atteindre ce niveau de perfection, même en songes. C’est simple, depuis que l’oiseau a quitté son nid à la faveur d’un transfert pour huit millions d’euros de Pachuca au PSV Eindhoven, Chucky est devenu Charles Lee Ray. Passé de poupée prometteuse à tueur en série en cavale sur les terrains hollandais, aussi bon planteur couteau en main que balle au pied. Le bonhomme est aujourd’hui co-meilleur buteur d’Eredivisie avec neuf buts en neuf matchs (et cinq passes décisives), et l’on évoque déjà son nom pour remplacer Alexis Sánchez à Arsenal cet hiver... Car, à l’instar de celui qui est amené à devenir son modèle de comparaison, la vie de ce jeune enfant de Mexico a débuté par un contre-pied. Peu habitué aux prénoms d’inspiration anglaise, un employé de mairie chargé d’enregistrer le gamin au registre civil mexicain se trompe dans le recopiage et ajoute une lettre à son prénom. Il vivra désormais avec un « H » aspiré, histoire de lui donner un (presque) point commun avec Chicharito Hernandez, son idole. Prénom : H.I.R.V.I.N.G. Nom : L.O.Z.A.N.O.


La naissance de l’homme ayant connu un twist inattendu, il fallait maintenir la qualité du scénario pour la naissance du footballeur. Le 9 février 2014, dix jours seulement après ses débuts en pro lors d’un match de Coupe du Mexique, le droitier se dépucelle en championnat face au mythique Club América. Lorsqu’il pose le pied sur le terrain, il reste sept minutes à jouer. Et c’est là, au cœur d’un stade Azteca rempli de 87 000 personnes, que Lozano, 17 ans, arrache un but à la 88e minute pour une victoire 0-1. Le simple gamin du centre de formation est devenu espoir. « J’y tiens à mon gamin, dira plus tard à son propos Enrique Meza, coach de Pachuca lors de la saison 2013-2014. Il a un énorme talent et je le constate à chaque fois sur le terrain. » Droitier préférant jouer à gauche pour rentrer sur son bon pied, Lozano se démarquera surtout en trois saisons par son inventivité technique, qualité soulignant parfois son principal défaut : son péché d’orgueil. Et forcément, lorsqu'un type qui n’a pas encore de poils au menton est capable de pourrir l’ensemble des latéraux du championnat, il ne s’en sort pas toujours indemne.


Au sortir d’un match contre le Club Tijuana qui lui occasionne cette blessure, le vice-président du club, Andres Fassi, pousse un coup de gueule : « C’est insupportable, nous sommes fatigués de dire aux arbitres de prendre soin de Chucky, qui est le joueur qui a subi le plus de fautes ces deux dernières années. » De fait, la poupée est fragile. Tom Marshall, journaliste pour ESPN FC s’était même amusé à compter le nombre de (mini) blessures essuyées par le gamin sur la seule saison 2016-2017 : trente-sept.

Thomas Lemar peut s'inquiéter


« Sa grande force, c’est que c’est quelqu’un de très discret, qui fait profil bas, très terre à terre, confiait l’an dernier Juan Carlos Osorio, sélectionneur du Mexique. Il n’est pas seulement un très bon joueur qui a le potentiel pour devenir exceptionnel, c’est aussi quelqu’un de très bien. » Papa à deux reprises alors qu’il n’a que 22 ans, Lozano a su dire non aux sirènes des grands clubs étrangers qui voulaient récupérer son scalp après avoir terminé meilleur buteur de la Ligue des champions CONCACAF 2017, compétition remportée en finale face aux Tigres de Gignac. Pisté par Jim Lowlor, scout de Manchester United qui avait justement attiré Chicharito en Angleterre, le transfert a même été confirmé en juin 2016 par le beau-père d’Hirving : « Tout est réglé, il manque juste quelques détails, mais après les Jeux olympiques, le deal sera officialisé » , disait-il à l’époque dans les colonnes de Futbol Entre Lineas. Le petiot devait dans la foulée être prêté au PSV pour deux saisons. Sauf qu’une banane plus tard, le gamin filait directement aux Pays-Bas au nez et à la barbe des deux Manchester, signant pour six ans chez le très bien nommé Phillip Cocu. Avec en tête Andrès Guardado, Héctor Moreno ou Carlos Salcido, qui avaient porté ces même couleurs, et le désir de préserver son corps de la rudesse de la Premier League. Avant de repartir dans la foulée ?



En devenant le premier joueur de l’histoire de l’Eredivisie à marquer sept buts lors de ses huit premiers matchs de championnat, Chucky a fait de ses accélérations une solution de rechange crédible à Alexis Sánchez, qu’Arsène Wenger souhaiterait « possiblement » vendre cet hiver avant la fin de son contrat en juin prochain. Sa clause libératoire ? Vingt-six millions d’euros. Quatre fois moins cher que Thomas Lemar. Ce serait peut-être oublier un peu vite que la poupée fonctionne sur piles, et que ces dernières s’épuiseront un jour. Lozano a passé l’été en Coupe des confédérations, et connaîtra logiquement une période de moins bien début 2018. En attendant, l'heure approche. Et la nuit tombée, comme lorsqu'il était enfant, il se cachera sur le terrain face à la Belgique. Juste histoire de hurler au moment voulu pour faire peur à Eden Hazard.



Par Théo Denmat
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