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Chronique d'un drame annoncé ?

24 heures après le mitraillage des cars togolais et la mort, pour l'instant de trois membres de la délégation des Eperviers, l'annonce du retrait du Togo de la CAN 2010 semble vouloir se décider, malgré les pressions les enjoignant de rester. La confusion règne : Manchester City annonce le retour imminent d'Adebayor en Angleterre et Moustapha Salifou, d'Aston Villa, affirme que la décision de quitter l'Angola a été pris par l'ensemble des joueurs. En attendant le dénouement (retrait ou non), retour sur un drame pas si imprévisible que ça.

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Babylone by bus... Pourquoi repenser à Bob Marley et ses Wailers ? Peut-être parce que le « bus » , le « car » c'est l'Afrique. C'est comme ça qu'on voyage là-bas. Bob possédait donc un peu de cette « africanité » quand il partait en tournée : le groupe, l'équipe (Bob et les Wailers étaient des mordus de foot), la famille. Comme l'équipe du Togo, une famille aussi, regroupée autour du capitaine « Manu » Adébayor. Une bande de potes partis défendre les couleurs, en Angola. Avant que tout tourne à l'horreur. Comme Bob, victime lui aussi d'un attentat politique, par balles, qui le blessa mais sans le tuer. Trois membres du team togolais n'ont pas eu cette chance : le chauffeur du bus (dont on ignore le nom), l'attaché de presse Stanislas Ocloo et l'entraîneur-adjoint Abalo Amétélé. Le gardien remplaçant Kodjovi Obilalé, entre la vie et la mort, a été évacué vers un hôpital d'Afrique du Sud. D'autres ont été blessés, plus ou moins gravement. On est très inquiet pour le directeur technique de l'équipe, Kodjo Lanou Elitsa, toujours dans un état grave, et le médecin de la sélection.

Pourquoi Bob Marley et les Wailers ? Peut-être aussi parce que Bob croyait en l'Afrique, un continent aussi meurtri que son île jamaïcaine. Le reggae était vecteur de paix, de fête et d'amitié entre les peuples. Comme la CAN, censée rassembler autour du foot tout le Continent Noir. Une compétition bisannuelle où à la fin tout le monde célèbre les finalistes, le vainqueur comme le vaincu. Voilà la CAN endeuillée avant même d'avoir commencé. Avant de se replonger dans les « contingences » journalistiques, on se permettra de dédier aux défunts une chanson des Wailers, le céleste Rastaman Chant, comme oraison funèbre : «  One bright morning / When my work is over / I will fly away home » ...

Le drame. Imaginez que la Russie organise le prochain Euro 2012 et qu'elle décide d'y faire jouer quelques matchs en Tchétchénie (territoire russe), au stade de Grozny. Sans préjuger des intentions malfaisantes ou non des indépendantistes tchétchènes, on peut admettre que de leur part la tentation de réaliser une « opération » pour médiatiser leur cause serait grande. Une opération pas forcément violente, mais « un coup » qui marque les esprits. Par sécurité, on aurait donc sûrement prié les autorités russes de trouver une région moins « exposée » . Ceci afin de ne pas faire prendre de risques aux délégations étrangères. Dans un contexte un peu équivalent (au niveau des risques encourus !), l'Angola avait pourtant décidé de faire jouer les équipes du Groupe B (Côte d'Ivoire, Togo, Burkina Faso et Ghana) sur le territoire de Cabinda. Situé au nord de l'Angola, enclavé entre RDC et RDC, le Cabinda est le théâtre de tensions entre un mouvement séparatiste, les Forces de libération de l'Etat de Cabinda (FLEC/PM), opposé au parti au pouvoir, le MPLA. Le Cabinda regorge de pétrole... Ce sont les « rebelles » du FLEC/PM qui ont mitraillé les deux cars togolais.

Se pose donc la question de la responsabilité d'avoir organisé des matchs en « zone de danger » . Les autorités sportives et politiques angolaises devront donc répondre de leurs actes et de leurs décisions. Idem pour la CAF (confédération africaine), chargée de chapeauter l'organisation de la CAN : ses dirigeants devront aussi s'expliquer, eux si prompts à avoir proclamé que la compétition devait normalement se poursuivre. The show must go on... Enfin la FIFA devra aussi assumer ses responsabilités. A sa mollesse après les incidents du Caire d'avant Egypte-Algérie (bus algérien “seulement” caillassé), s'ajoute un autre drame auquel elle aura elle aussi à répondre.

Bien sûr, on objectera que les organisateurs angolais avaient expressément spécifié que les trajets des délégations étrangères devaient s'effectuer par avion, avec date, horaire, trajet et numéros de passeports des membres. Une consigne que la fédé togolaise n'a pas respecté. La voici donc elle aussi soumise à l'examen critique de ses actes. L'ignorance de la dangerosité de la région exonèrerait en partie les dirigeants togolais. Reste qu'on n'a seulement découvert hier que le site de la CAN de Cabinda était un site hautement « sous protection » , forces militaires à l'appui. Preuve que le danger existait bien. Les autorités angolaises ont reconnu avoir « peut-être sous-estimé » la menace posée par les séparatistes de Cabinda...

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