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« J'étais encore sélectionneur il y a quelques mois... »

La saison n'a pas encore repris, mais Christian Gourcuff est déjà les mains dans la pâte à Rennes. Entre une interview avec la presse locale et une réunion de travail avec son président René Ruello, il s'est posé devant un café et nous a livré sa vision de l'Euro 2016, où il voit la France favorite. Et en place une pour Éric Cantona, même s'il aurait lui aussi mis Ben Arfa dans sa liste des 23...

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Comment vous sentez l'équipe de France, dans un contexte pas forcément favorable ?
Le contexte du foot européen actuel fait qu'il n'y a pas de tête d'affiche, il y a une hiérarchie qui reste à trouver. On voit l'Allemagne qui a de grosses difficultés depuis le Mondial, c'est une fin de cycle. L'Espagne aussi, ce n'est pas parfait. Il n'y a aucune hiérarchie, donc dans ce contexte, l'équipe de France est favorite. Elle joue à domicile, avec de la qualité individuelle : Pogba, Griezmann, Payet... Même si ce n'est pas une équipe qui donne toutes les garanties, je les mets favoris.

En 1984, l'équipe de France était portée par Michel Platini et son milieu de terrain, mais en 1998 et 2000, le succès s'est construit à partir d'une base défensive extrêmement solide. En 2016, la défense a perdu Varane, Sakho, Zouma...
(Il coupe) Sakho, ce n'est pas normal. Sur le plan moral, c'est quand même désolant. Ils auraient dû lui mettre un sursis plutôt qu'une suspension provisoire. La présomption d'innocence n'a pas été respectée...

Son remplaçant, et le remplaçant de son remplaçant sont forfaits. Adil Rami est de retour, on a une défense qui n'est pas foncièrement mauvaise, mais n'a pas beaucoup travaillé ensemble...
Il y a quand même moyen de travailler à l'entraînement, même si cela aurait été un avantage d'avoir plus de matchs pour préparer la charnière. C'est sûr, perdre de bons joueurs est handicapant. Mais on n'a pas de joueurs qui se détachent dans ce secteur comme dans le passé. Donc c'est un handicap certes, mais pas un handicap insurmontable. Cela ne pénalisera pas énormément l'équipe de France, car on a beaucoup de joueurs qui se tiennent derrière.

Le forfait de Lassana Diarra est plus pénalisant ?
Surtout dans l'orientation du jeu, mais N'Golo Kanté peut apporter de la fraîcheur. La clé, cela va être la récupération dans ce secteur. Mais avec Pogba, Matuidi et Kanté, dans l'activité et le pressing, on a ce qu'il faut pour soulager la ligne défensive. Si ce milieu-là est présent dans le harcèlement, cela va soulager défensivement et permettre d'utiliser les qualités de vitesse dans les attaques rapides.

« Ben Arfa serait un plus pour la créativité de l'équipe de France, il peut faire la différence. »

L'attaque justement, c'est le point fort. Mais en 2002 aussi, cela l'était, avec trois meilleurs buteurs de championnats européens. Et finalement, on n'avait pas marqué un seul but au Mondial...
Il y a de la vitesse, avec des joueurs capables de faire la différence individuellement. Et puis Griezmann ou Payet, dans d'autres registres, peuvent aussi être décisifs. Après, il faudra trouver la complémentarité. Didier Deschamps a fait ses choix. Avec Olivier Giroud et André-Pierre Gignac, le schéma est clair, il a doublé les postes et il a deux joueurs pour aider à faire monter le bloc. (Il réfléchit) Ce sont des choix techniques, moi personnellement, j'aurais préféré plus de mobilité devant.

L'absence d'Hatem Ben Arfa est citée par certains comme un scandale, d'autres sont plus mesurés et disent que cela se défend. Personnellement, vous en pensez quoi ?
J'étais encore sélectionneur il y a quelques mois, je sais très bien que les choix doivent être faits. J'ai tellement souffert de discussions primaires et puériles que je ne veux pas rentrer dedans. Ben Arfa serait un plus pour la créativité de l'équipe de France, il peut faire la différence. Après, si Deschamps ne le prend pas, il a des raisons à lui, notamment de cohésion collective. Cela peut être technique, ou autre. Mais cela appartient au sélectionneur. Les choix sont toujours discutables, ce qui est sûr, c'est que Ben Arfa aurait été intéressant pour créer la différence.

On peut penser que Payet et Coman ont été choisis à sa place... Il n'aurait pas été avant-centre à la place de Giroud ou Gignac ?
De par les choix tactiques de Deschamps. Les choix se font par rapport au projet de jeu.

Mais Payet a su saisir sa chance contre les Pays-Bas et la Russie contrairement à Ben Arfa contre l'Angleterre...
Comme toujours, avant une compétition, on est dépendant des derniers matchs. Mais les prestations en club comptent aussi. Payet a brillé avec West Ham. Coman s'est crédibilisé avec sa performance en Ligue des champions contre la Juventus, c'est possible aussi. Mais il ne faut pas se dire que c'était Payet ou Ben Arfa, c'était une liste de 23. Il a pesé le pour et le contre en fonction de sa propre logique.

Écarter le meilleur joueur d'une sélection, c'est vieux comme le foot. En 1996, Aimé Jacquet écarte David Ginola et Éric Cantona de l'Euro 1996...
Toutes les sélections sont confrontées à cela. Dans un rassemblement qui dure un mois, les aspects humains sont essentiels. Il faut créer une équipe qui peut vivre ensemble, c'est la première chose pour espérer créer une osmose tactique sur le terrain.


« C'est Cantona qui est le plus irresponsable, car le concernant, il est hors contexte, hors sujet et déraisonnable, complètement. »

Qu'avez-vous pensé de l'affaire Benzema ou des propos d'Éric Cantona ?
Cela dépasse le cadre technique. On est dans un monde où cela va très vite, il y a des interprétations, et certains ne saisissent pas toujours la portée de ce qu'ils disent. Au Journal du Dimanche, j'avais dit que le fonctionnement de Laurent Blanc, ce n'était pas quelque chose dans quoi je me reconnaissais, et cela a été transformé en « Laurent Blanc n'est pas un entraîneur » . Il y a toute une interprétation de ce que l'on dit, il faut être vigilant. Il faut réfléchir à ce que l'on dit. Pour Benzema, c'est sensible et cela dépasse le cadre du foot. C'était irresponsable de la part de Karim Benzema de parler de racisme, mais pour Éric Cantona, c'est pire. Benzema, j'imagine bien le contexte, et il fait un raisonnement trop primaire, trop simpliste. On peut concevoir qu'il n'accepte pas sa non-sélection de gaieté de cœur et qu'il ait une frustration. On peut l'imaginer. Mais dans cette affaire de la sextape, j'ai du mal à être catégorique, car on ne connaît pas les tenants et aboutissants. Une instruction est en cours... Cette affaire est à l'origine de tout.

Benzema se pose en victime du racisme, or il est surtout victime de l'utilisation des médias par certains avocats qui font sortir des éléments d'enquête dans la presse pour influencer des procès... Il se trompe de cible ?
Je pense, c'est une parole malheureuse. Et ce n'est pas responsable dans le contexte actuel, car cela nourrit les extrêmes. Mais pour moi, c'est Cantona qui est le plus irresponsable, car le concernant, il est hors contexte, hors sujet et déraisonnable, complètement.

C'est la première fois que l'on va avoir un Euro à 24 équipes. Augmenter le nombre d'équipes en phase finale, c'est une bonne chose ?
Il y a trop de compétitions, trop de matchs. Avant l'Euro, j'ai réfléchi sur les dernières éditions, et je me suis rendu compte que je n'avais plus trop de souvenirs. Autant en Coupe du monde, je m'intéresse au foot depuis 1966, je suis en mesure de citer toutes les équipes, les forces en présence de chaque édition. Les Euros, mes derniers souvenirs concrets concernent l'Euro 2000 parce que c'était la meilleure équipe de France de l'histoire. Mais après... Il faut que je cherche, cela manque d'émotion, la qualité de la compétition... À cause de la surcharge, on prend le risque que cela se liquéfie, se banalise. Autant une Coupe du monde change le contexte, un Euro, c'est dans la continuité de la saison. Là, 24 équipes, cela accroît le flou, car le premier tour n'offre pas que des matchs inoubliables. Cela va devenir intéressant après... On rajoute des matchs à une saison très longue, c'est pour cela qu'on a autant de blessés.

C'est positif surtout pour les petits pays ?
Une participation à l'Euro ? Peut-être que sur le plan économique, c'est bien, cela amène plus de supporters et concerne plus de pays sur le tournoi. Je trouve cela sympa sur une Coupe du monde, mais quand même moins sur un Euro, cela a moins d'intérêt.

Par Nicolas Jucha
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